Écrire ou manger comme un cochon, un car­ac­tère, une tête, un tra­vail de cochon… autant d’expressions élo­quentes asso­ciées à cet ani­mal pour­tant si sym­pa­thique. Mais qu’en est-il vrai­ment ? Les cochons sont-ils si sales que ça ? Ont-ils mau­vais car­ac­tère ? Com­ment vit un cochon d’abord ?

Par Clé­men­tine Griveaud — Arti­cle paru dans Alter­na­tives végé­tari­ennes n°117 — 2014-09-19.
Dessin: Alem Alquier.

Un ani­mal domes­tique tou­jours sauvage
Le porc domes­tique (Sus scro­fa domes­ti­ca) est une sous-espèce du cochon sauvage ou san­gli­er (Sus scro­fa). Suite aux sélec­tions suc­ces­sives pour l’élevage, l’aspect et la phys­i­olo­gie du porc domes­tique dif­fèrent un peu de ceux du porc sauvage, mais tous deux gar­dent la plu­part des mêmes car­ac­téris­tiques com­porte­men­tales et peu­vent tou­jours se repro­duire entre eux.

Leur envi­ron­nement préféré est la forêt. Vifs et curieux de nature, ce sont des ani­maux fouis­seurs. Leur odor­at très dévelop­pé leur per­met de trou­ver leur nour­ri­t­ure dans les sous-bois ou les prairies. Ils l’aiment var­iée, com­posée en grande majorité de végé­taux (trèfle, racines, glands, tuber­cules, baies, châ­taignes…), de champignons, ain­si que par­fois de petits ani­maux (vers de terre, escar­gots, insectes, petits rongeurs…). Ils savent ain­si par­faite­ment adapter leur ali­men­ta­tion aux change­ments de sai­son. Ils passent une grande par­tie de la journée à se nour­rir, puis se reposent. Ils peu­vent dormir jusqu’à douze heures par jour. Con­traire­ment aux humains ou aux chiens, les cochons ne man­gent jamais plus qu’ils n’en ont besoin.
Dans la nature, les cochons peu­vent marcher des dizaines de kilo­mètres par jour. Ils sont rapi­des, peu­vent courir jusqu’à 45 km/h et savent très bien nag­er. À ce sujet lisez l’histoire extra­or­di­naire de ces cochons aban­don­nés par un marin sur une île déserte des Bahamas (Big Major Cay) et qui sur­vivent grâce aux touristes !

Mon­sieur Pro­pre
Con­traire­ment aux idées reçues, les cochons sont des ani­maux très pro­pres : dès l’âge de 5 jours, les petits font leurs besoins en dehors de leur lieu de couchage. Avant de s’allonger quelque part, ils véri­fient la pro­preté de leur couche et ne s’y allon­gent jamais si les lieux sont souil­lés. De même pour la nour­ri­t­ure : ils man­gent tou­jours loin de leur lieu d’aisances. Pour­tant ils « se roulent dans la fange », non ? En fait, les cochons aiment se cou­vrir de boue pour deux raisons : pour pro­téger leur peau très frag­ile à la fois des par­a­sites et du soleil, et  pour se rafraîchir. En effet ils ne tran­spirent pas ; en cas de grosse chaleur ils peu­vent mal­gré tout faire descen­dre leur tem­péra­ture cor­porelle en se baig­nant dans la boue. Rien de sale là-dedans !

Le sens de la famille
Les cochons vivent en groupe avec une hiérar­chie bien définie et beau­coup de coopéra­tion. Les tru­ies met­tent au monde une portée de porcelets par an. Avant la nais­sance, la tru­ie s’éloigne du groupe et con­stru­it con­scien­cieuse­ment un nid pour ses petits avec de la paille ou des végé­taux. Elle restera avec eux qua­si­ment tout le temps pen­dant deux semaines sauf lorsqu’elle s’absente pour aller chercher de la nour­ri­t­ure.

Les liens for­més entre les porcelets sont très forts. Ils com­mu­niquent par un lan­gage com­plexe com­posé de cris, de couine­ments et de grogne­ments. Au bout de deux semaines, la petite famille rejoint le groupe pour for­mer une grande famille à activ­ité sociale très intense, où les petits jouent entre eux et les mères se parta­gent les tâch­es.

Intel­li­gence
Les études sur les cochons sont nom­breuses et les con­clu­sions vont toutes dans le même sens : les cochons sont par­mi les ani­maux les plus intel­li­gents de la planète, poten­tielle­ment loin devant les chiens !

Miroir ô mon beau miroir. Une équipe de chercheurs du Cen­tre pour le bien-être ani­mal de Cam­bridge (Grande-Bre­tagne), dirigée par le pro­fesseur Broom, a mon­tré la capac­ité des cochons à se recon­naître dans un miroir. Jusqu’alors, les cochons ne prê­taient pas beau­coup d’attention à leur reflet. Jusqu’à ce que les chercheurs aient eu l’idée d’introduire de la nour­ri­t­ure dans l’expérience ! Ils ont ain­si con­fron­té huit porcs à leur pro­pre reflet, avec un bol de nour­ri­t­ure, vis­i­ble dans le reflet, instal­lé der­rière une bar­rière. Sept d’entre eux ont réus­si à attein­dre le bol en moins de 23 sec­on­des, en con­tour­nant l’’obstacle, prou­vant qu’’ils s’étaient bien recon­nus dans le miroir. Pour les chercheurs, ce test démon­tre «  un cer­tain degré de con­science de soi ».

Un tour de cochon. Des expéri­ences réal­isées par des chercheurs de l’université de Bris­tol ont mon­tré que les cochons avaient recours à la tromperie. Pour cela, les chercheurs ont mon­tré à un pre­mier cochon où se cachait de la nour­ri­t­ure. Dans un deux­ième temps, un sec­ond cochon a été intro­duit, et n’a pas tardé à suiv­re le pre­mier qui con­nais­sait la cachette de la nour­ri­t­ure. Par la suite, celui-ci a fait sem­blant de ne pas la trou­ver pour ne pas être suivi. Il n’est allé chercher sa nour­ri­t­ure que lorsque l’autre cochon s’est éloigné dans une autre direc­tion. Cela mon­tre que les cochons ont une con­science d’eux-mêmes, des autres, et une capac­ité à adapter de leur com­porte­ment en fonc­tion de leur entourage (évite­ment d’un mâle dom­i­nant).

Geeks. Pour éval­uer les capac­ités cog­ni­tives des cochons, le pro­fesseur Cur­tis et son équipe, de l’université d’État de Penn­syl­vanie, ont appris à un cer­tain nom­bre d’individus à jouer à des jeux vidéo sur ordi­na­teur, à l’aide de joy­sticks adap­tés à leurs groins. Ils devaient déplac­er le curseur sur un écran jusqu’à une icône afin d’obtenir une frian­dise, avec un degré de dif­fi­culté crois­sant. Les cochons ont passé avec suc­cès tous les tests, con­traire­ment aux chiens. Ceci a per­mis aux chercheurs d’étudier les images que les cochons éla­borent de leurs con­génères et d’eux-mêmes, ain­si que leur créa­tiv­ité et leur capac­ité d’anticipation.
Tous ces chercheurs sont d’accord pour con­clure que les cochons font la preuve d’une habileté indé­ni­able à résoudre des prob­lèmes, pos­sè­dent une grande capac­ité de con­cen­tra­tion et une excel­lente mémoire.

Saints cochons
Les cochons se révè­lent être des ani­maux de com­pag­nie très agréables, si la taille de votre mai­son le per­met ! Très attachants et très attachés à leur maître, cer­tains sont mêmes devenus des héros ! En 1984, Priscil­la, une jeune tru­ie apprivoisée, est dev­enue célèbre aux États-Unis pour avoir sauvé un enfant de la noy­ade. Au pays de Galles, en 2000, un jeune porcelet de 4 mois nom­mé « Pru » (diminu­tif de Pru­dence), a sauvé sa maîtresse en l’aidant avec une corde à s’extirper de la boue d’un marécage dans laque­lle elle s’était empêtrée. Mais l’exemple le plus con­nu reste cer­taine­ment celui de Lulu, un cochon nain du Viet­nam, qui, en 1999, a sauvé la vie de sa maîtresse à Pitts­burg (É.-U.). Un jour où celle-ci a été vic­time d’un malaise car­diaque et s’est effon­drée sur le sol de la cui­sine, Lulu est sor­ti de la mai­son pour chercher de l’aide. Il s’est couché sur la route pour attir­er l’attention jusqu’à ce qu’une voiture s’arrête, inter­pelée. Lulu a alors guidé le con­duc­teur vers la mai­son et sa maîtresse a pu être emmenée aux urgences.

Les cochons ont tout bon
Les cochons sont donc des ani­maux intel­li­gents, socia­bles et très sen­si­bles, mais mal­heureuse­ment tou­jours vic­times d’une mau­vaise répu­ta­tion. Les sci­en­tifiques com­par­ent pour­tant aisé­ment leurs capac­ités cog­ni­tives à celles des éléphants, dauphins et grands singes. Leurs grandes simil­i­tudes phys­i­ologiques et émo­tion­nelles avec nous les ren­dent… presque humains. Alors chas­sons les idées reçues, et chas­sons-les de notre menu, ils n’ont absol­u­ment rien à faire dans nos assi­ettes !

Références bib­li­ographiques: voir Alter­na­tives végé­tari­ennes n°117, p. 12.