Un article issu du dossier “Cessons de consommer les océans”, du n°124 d’Alternatives végétariennes — été 2016, par Isabelle Richaud.

Surnommé le « pirate des mers », le Cana­di­en Paul Wat­son est l’une des fig­ures au monde les plus con­nues de la lutte pour la préser­va­tion des océans. Il prône égale­ment le végan­isme.

Cap­i­taine Wat­son, pourquoi avez-vous choisi de vous inve­stir avec autant d’énergie pour la préser­va­tion des océans et de ses créa­tures ?

La réponse est très sim­ple : si l’océan meurt, nous mour­rons tous. Réduire la bio­di­ver­sité dans la mer, c’est affaib­lir le sys­tème qui sou­tient la vie sur la planète entière. Donc, si nous nous soucions de l’avenir de l’humanité et de la vie, nous n’avons pas d’autre choix que de faire tout ce que nous pou­vons pour défendre et pro­téger la bio­di­ver­sité marine.

Pou­vez-vous nous expli­quer plus en détail en quoi la préser­va­tion de la bio­di­ver­sité marine con­tribue à soutenir l’ensemble de la vie sur terre ?

L’océan est le sys­tème qui sou­tient la vie sur le vais­seau Terre. Il four­nit de la nour­ri­t­ure, de l’oxygène et il régule le cli­mat. Ce sys­tème est géré par toute une équipe d’êtres vivants. Les humains ne font pas par­tie de l’équipage. Nous sommes de sim­ples pas­sagers qui pas­sons notre temps à nous diver­tir. Nous ne con­tribuons en rien à la ges­tion de ce sys­tème qui per­met la vie. Tout ce que nous faisons est con­tribuer à tuer l’équipage qui s’en occupe, et il suf­fit de tuer peu de mem­bres pour que le sys­tème s’effondre. Détru­isez les baleines et vous détru­isez le phy­to­planc­ton, car les baleines four­nissent du fer, de l’azote et d’autres élé­ments nutri­tifs utiles au phy­to­planc­ton, qui à son tour four­nit de la nour­ri­t­ure pour le zoo­planc­ton, qui en four­nit pour les pois­sons, etc. Pen­dant des cen­taines de mil­lions d’années, l’océan a été la con­di­tion de la vie sur toute la planète. Nous, les humains, détru­isons ce sys­tème à tra­vers la sur­pêche, la pol­lu­tion et une incroy­able et arro­gante igno­rance.

Pensez-vous vrai­ment qu’il s’agit d’ignorance, ou bien de refus de voir la réal­ité écologique en face ?

Les deux à la fois : aujourd’hui, les gens sont volon­taire­ment igno­rants. Ils choi­sis­sent de ne pas voir, de ne pas s’informer. Ils choi­sis­sent de se couper des lois de la nature. Ils veu­lent du luxe mais ils ne veu­lent pas enten­dre par­ler du coût réel de ce luxe. Comme Leonard Cohen l’a écrit, « nous sommes enfer­més dans nos souf­frances et nos plaisirs en sont le sceau ». La plu­part des gens ne veu­lent pas savoir et, plus encore, ils ne veu­lent pas être impliqués.

2012-02-20 Paul Watson - Scott Island - DRMas­sacre des baleines, des pho­ques, des requins, pêche illé­gale… vos luttes sont nom­breuses. Y a-t-il une des cam­pagnes de Sea Shep­herd qui vous tient par­ti­c­ulière­ment à cœur, que vous jugez plus urgente ou plus utile que d’autres ?

Non, car la préser­va­tion de toute vie est impor­tante. Certes, la dis­pari­tion de cer­taines espèces provo­querait directe­ment la nôtre. Depuis 1950, il y a eu une diminu­tion de 40% des pop­u­la­tions de phy­to­planc­ton ; or, le phy­to­planc­ton four­nit plus de 50% de l’oxygène que nous respirons. Mais une pop­u­la­tion de planc­ton en bonne san­té dépend d’une pop­u­la­tion de baleines en bonne san­té, qui dépend d’une pop­u­la­tion de pois­sons en bonne san­té, qui dépend elle-même d’une pop­u­la­tion d’oiseaux et de mam­mifères marins en bonne san­té…

Vous êtes un pirate… végane. En quoi le végan­isme aide les autres caus­es que vous défend­ez ?

Vous ne pou­vez pas être écol­o­giste si vous con­som­mez des pro­duits ani­maux. Manger de la viande pro­duit davan­tage de gaz à effet de serre que l’ensemble du trans­port. Le secteur de la pro­duc­tion carnée est la cause prin­ci­pale de la pol­lu­tion des eaux souter­raines, de l’apparition de zones mortes dans la mer et de la déforesta­tion. Il est aus­si le plus grand con­som­ma­teur d’eau douce de la planète. 40% des pois­sons pêchés dans la mer sont trans­for­més en farine des­tinée à l’alimentation des ani­maux domes­tiques, si bien que même quand vous mangez du poulet ou du bacon, vous con­som­mez aus­si la mer.

Souvenir de la journée de nettoyage des plages co-organisée par l’Association de sensibilisation aux déchets côtiers Les Perles de la côte bleue et la délégation des Bouches-du-Rhône de l’AVF, dimanche 27 septembre 2015 à Marseille, en compagnie de Paul Watson.

Sou­venir de la journée de net­toy­age des plages co-organ­isée par l’Association de sen­si­bil­i­sa­tion aux déchets côtiers Les Per­les de la côte bleue et la délé­ga­tion des Bouch­es-du-Rhône de l’AVF, le 27 sep­tem­bre 2015 à Mar­seille en com­pag­nie de Paul Wat­son.

Sea Shep­herd Con­ser­va­tion Soci­ety

Mil­i­tant depuis les années 1970, le cap­i­taine Paul Wat­son a fondée en 1981 Sea Shep­herd Con­ser­va­tion Soci­ety (SSCS) (lit­térale­ment : société de con­ser­va­tion du « Berg­er de la mer »), une organ­i­sa­tion inter­na­tionale de pro­tec­tion de la faune et la flo­re marines. D’abord engagée pour la pro­tec­tion des mam­mifères, l’association a pro­gres­sive­ment éten­du le champ de ses luttes. Ses équipes mènent des actions de sen­si­bil­i­sa­tion et de recherche, et, grâce à son impor­tante flotte de navires, l’association inter­vient directe­ment en haute mer afin de com­bat­tre les activ­ités illé­gales. L’association s’est d’ailleurs ren­due célèbre par ses méth­odes mus­clées et effi­caces de défense des océans : traque de bra­con­niers, attaques de baleiniers pirates.… Ces méth­odes lui ont aus­si valu de nom­breux sab­o­tages et actions en jus­tice. Le Cos­ta Rica et le Japon ont même émis des man­dats d’arrêt con­tre Paul Wat­son, qui se con­sid­ère comme réfugié poli­tique en France et aux États-Unis, des pays qui n’ont pas recon­nu ces man­dats. En France, SSCS est par­ti­c­ulière­ment active en Méditer­ranée, où elle com­bat notam­ment la pêche au thon rouge.

 


Les arti­cles au som­maire de ce dossier spé­cial sur les ani­maux marins (Alter­na­tives végé­tari­ennes n°124, p.14–27).

- Sur­pêche: une tragédie invis­i­ble

- Le boom de l’aquaculture

- L’Agence des aires marines pro­tégées

- La petite boite de thon appau­vrit les océans et ruine notre san­té

- Entre­tien avec Paul Wat­son, fon­da­teur de l’ONG Sea Shep­herd

- les asso­ci­a­tions au ser­vice des océans

- Sen­tience — immer­sion dans le monde intérieur des ani­maux aqua­tiques

- la diver­sité des formes de con­science chez les espèces aqua­tiques

- San­té — pois­son ou poi­son?

- Quels équiv­a­lents nutri­tion­nels aux ani­maux marins?



D’autres arti­cles parus dans la revue Alter­na­tives végé­tari­ennes sont à lire ici.