Un article paru dans la revue Alternatives végétariennes n°129 — automne 2017. Propos recueillis par Mélanie Cordial.

Médecin, auteur et con­férenci­er de renom­mée inter­na­tionale, Michael Greger a fondé le très pop­u­laire site NutritionFacts.org, dans lequel des mil­liers d’articles et de cour­tes vidéos vul­garisent les dernières avancées sci­en­tifiques en matière de nutri­tion. Son best-sell­er How not to die est paru en français en avril dernier, sous le titre Com­ment ne pas mourir. Michael Greger nous fait l’honneur de nous accorder cette inter­view.

 

Dr Greger, quel est le régime idéal pour préserv­er sa san­té aujourd’hui ?

Les preuves sci­en­tifiques les plus objec­tives dont nous dis­posons actuelle­ment indiquent qu’une ali­men­ta­tion devrait com­porter le moins pos­si­ble de vian­des, d’œufs, de pro­duits laitiers, de pro­duits trans­for­més, et le plus pos­si­ble de fruits, de légumes, de légu­mineuses, de céréales com­plètes, d’oléagineux, de champignons, d’herbes et d’épices. C’est-à-dire tout sim­ple­ment con­som­mer ce qui pousse de nos sols. Ce sont les options les plus saines à adopter.

Une bonne ali­men­ta­tion per­met-elle de com­penser l’effet d’une géné­tique défa­vor­able ? Est-ce que tout le monde peut béné­fici­er d’une ali­men­ta­tion bien pen­sée ?

Les meilleures études sci­en­tifiques sug­gèrent que jusqu’à 80 % des mal­adies chroniques seraient attribuables à des habi­tudes liées à nos modes de vie, y com­pris l’alimentation. Il est essen­tiel de faire pass­er l’information sur l’importance d’une ali­men­ta­tion saine. Ce que je trou­ve inspi­rant dans ce pour­cent­age est que, même si vous avez un pronos­tic géné­tique défa­vor­able, vous pou­vez rebat­tre les cartes grâce à vos habi­tudes ali­men­taires. Nos gènes n’écrivent donc pas notre des­tin.

Peut-on dire que pour être en bonne san­té l’alimentation joue un rôle aus­si impor­tant que d’autres fac­teurs tels que l’activité physique ou le fait de s’abstenir d’alcool et de tabac ?

Cette ques­tion reviendrait à vouloir com­par­er les légumes verts à feuilles aux légu­mineuses. Tous deux vont dans le sens de la pro­mo­tion de votre san­té ! Cepen­dant, les études sug­gèrent que les indi­vidus qui ont la meilleure san­té suiv­ent une ali­men­ta­tion végé­tale non-trans­for­mée et pra­tiquent 90 min­utes d’activité physique à inten­sité mod­érée par jour. Si l’on veut entr­er dans les détails, on a pu mon­tr­er qu’une ali­men­ta­tion végé­tal­i­enne serait légère­ment plus béné­fique pour l’organisme que de l’exercice seul. Par ailleurs, les ali­ments con­som­més au quo­ti­di­en seraient au moins aus­si impor­tants que le fait d’éviter le tabac et l’alcool. D’après la Glob­al Bur­den of Dis­ease Study (Étude du poids des mal­adies à l’échelle mon­di­ale), la pre­mière cause de hand­i­cap et de décès dans le monde est le régime ali­men­taire. Aux États-Unis, la cig­a­rette tue 500 000 Améri­cains chaque année, mais l’alimentation tuerait des cen­taines de mil­liers d’individus en plus.

Quels sont les ali­ments les plus béné­fiques, qu’il faudrait con­som­mer chaque jour ?

J’ai juste­ment créé une appli­ca­tion gra­tu­ite dont le but est de rap­pel­er les ali­ments les plus sains et les plus béné­fiques à con­som­mer chaque jour. Y fig­ure « La douzaine quo­ti­di­enne du Dr Greger » (Dr Greger’s dai­ly dozen). N’hésitez pas à la con­sul­ter, elle est disponible sur IPhone et Android (en anglais seule­ment, pour le moment).

Que sait-on de la san­té des pop­u­la­tions tra­di­tion­nelle­ment végé­tari­ennes, comme les adven­tistes du 7e jour ou les hin­douistes ?

De solides études de pop­u­la­tion à long terme nous en appren­nent beau­coup sur la ques­tion de la longévité. On sait que de mul­ti­ples com­porte­ments asso­ciés per­me­t­tent un allonge­ment de l’espérance de vie. Par­mi eux ont été iden­ti­fiés une ali­men­ta­tion essen­tielle­ment végé­tal­i­enne non-trans­for­mée, de l’exercice quo­ti­di­en, l’absence de con­som­ma­tion de tabac, une faible con­som­ma­tion d’alcool, et le fait d’appartenir à une com­mu­nauté. Ce qui sur­prend, c’est la masse de con­clu­sions indi­quant que le fac­teur le plus lié à la longévité est l’alimentation. Dans une étude, les femmes sem­blaient avoir les mêmes béné­fices que 4 heures de jog­ging heb­do­madaires, en con­som­mant seule­ment deux poignées de noix par semaine. Les végé­tariens adven­tistes du 7e jour de Cal­i­fornie sont la pop­u­la­tion offi­cielle­ment étudiée qui vit le plus longtemps dans le monde.

Quels sont actuelle­ment les grands sujets de con­tro­verse sur le lien entre ali­men­ta­tion et san­té ?

Au sein de la com­mu­nauté sci­en­tifique, il n’y a pas de con­tro­verse. En revanche, dans la cul­ture pop­u­laire, on observe des réac­tions néga­tives envers les légu­mineuses. Mais qu’ont en com­mun les peu­ples qui jouis­sent d’une longévité impor­tante ? Les Japon­ais con­som­ment du soja, les Sué­dois con­som­ment des hari­cots rouges et des petits pois, les peu­ples méditer­ranéens se nour­ris­sent de lentilles, de pois chich­es et de hari­cots blancs… La seule expli­ca­tion plau­si­ble, cohérente et sta­tis­tique­ment sig­ni­fica­tive retrou­vée dans les don­nées de toutes ces pop­u­la­tions est l’apport de légu­mineuses. Une aug­men­ta­tion de 20 g par jour de la con­som­ma­tion de légu­mineuses (soit l’équivalent de deux cuil­lères à soupe) serait asso­ciée à une diminu­tion de 8% du risque de décès. Peut-être qu’en mangeant une con­serve de légu­mineuses par jour, vous pour­riez vivre éter­nelle­ment ? Décou­vrons-le ensem­ble !

Votre livre porte un titre un peu provo­cant : Com­ment ne pas mourir. Aujourd’hui con­sid­érez-vous qu’un mode de vie bien choisi per­met d’éviter les mal­adies ?

Au cours des vingt dernières années, on a com­mencé à com­pren­dre le con­cept d’épigénétique, ce qui a com­plète­ment boulever­sé l’approche sci­en­tifique d’aujourd’hui. L’épigénétique est l’étude de l’influence des choix de mode de vie et d’environnement d’un indi­vidu sur l’expression de ses gènes. Qu’est-ce que cela sig­ni­fie ? Que nous sommes ce que nous man­geons ! Une ali­men­ta­tion non équili­brée peut altér­er nos gènes, et entraîn­er une cas­cade de réac­tions ampli­fi­ant ces effets délétères sur notre san­té, en provo­quant notam­ment mal­adies car­diaques, dia­bètes, hyper­ten­sion artérielle et cer­tains types de can­cers. C’est une très bonne nou­velle car, même si vous êtes géné­tique­ment défa­vorisé, grâce à l’alimentation vous avez mal­gré tout le pou­voir, de vous pro­téger con­tre cer­taines mal­adies ou con­tre une mort pré­maturée.

Votre livre est un best-sell­er inter­na­tion­al, pensez-vous qu’il ait influ­encé la manière de se nour­rir à grande échelle ?

C’est dans cette inten­tion que je l’ai écrit. Je ne suis pas sûr d’avoir con­staté un change­ment glob­al, mais il me sem­ble que nous sommes à un moment clé de l’évolution vers un mode de vie sain, et c’est d’ailleurs ce que relèvent les réseaux soci­aux. Les dix prochaines années promet­tent d’être exci­tantes !

Si vous aviez quelques con­seils à don­ner à des végé­tariens et végé­tal­iens débu­tants, afin d’éviter les erreurs les plus courantes, quels seraient-ils ?

La pre­mière erreur serait de ne pas se sup­plé­menter en vit­a­mine B12 (cyanocobal­amine). Je con­seillerais égale­ment de rejoin­dre un groupe de sou­tien ou une com­mu­nauté. Si votre famille et vos amis con­som­ment tous char­cu­terie et fro­mages, venir avec votre salade de chou kale vous con­duit davan­tage à un sen­ti­ment d’isolement. Essayez de vous faire des amis qui peu­vent ren­forcer votre choix d’une con­som­ma­tion éclairée.

Et vous, qu’est-ce qui vous a con­duit à pro­mou­voir l’alimentation végé­tal­i­enne ?

Pour de nom­breux enfants, la voca­tion de médecin vient d’avoir eu à vivre la mal­adie ou la mort d’un proche. Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère avait déjà eu plusieurs inter­ven­tions chirur­gi­cales de pon­tage coro­nar­ien à cœur ouvert, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’artères disponibles pour une nou­velle opéra­tion. Elle a enten­du par­ler du pro­gramme de Nathan Pri­tikin, un pro­gramme de soins de quelques semaines en étab­lisse­ment basé sur une ali­men­ta­tion méditer­ranéenne essen­tielle­ment végé­tal­i­enne. Elle y est entrée en fau­teuil roulant et elle en est ressor­tie en marchant. Les médecins lui avaient prédit qu’elle ne vivrait pas au-delà de 65 ans, mais grâce à une ali­men­ta­tion saine et équili­brée, elle a pu prof­iter de 28 années sup­plé­men­taires, avec sa famille à ses côtés.

Bien que cela m’ait incité à pour­suiv­re une car­rière en médecine, je suis longtemps resté scep­tique… jusqu’à l’étude mar­quante de Dean Ornish, pub­liée en 1990 dans The Lancet[1], qui a fourni un nom­bre suff­isant de preuves sci­en­tifiques pour me faire chang­er mon ali­men­ta­tion pour tou­jours.

Com­ment ne pas mourir, Michael Greger et Gene Stone, trad. Véronique Gour­don, éd. Bel­fond, coll. « L’esprit d’ouverture », 576 pages, avril 2017.

 

 


[1] « Can lifestyle changes reverse coronary heart diseases ? », Dean Ornish et alli, The Lancet, vol. 336, no 8708, 1990, http://bit.ly/2eMUnTB.

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