L’INRAE est une institution publique de recherche sur l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. Elle est née en janvier 2020 de la fusion de l’INRA, spécialisé depuis 1946 dans la recherche en agronomie et notamment sur les modes d’élevage, et de l’IRSTEA qui est plus axée sur l’environnement. En décembre dernier cette institution publiait un texte intitulé « Quelques idées fausses sur la viande et l’élevage »  qui a fait vivement réagir la branche INRAE du syndicat SUD. L’article s’affiche comme une revue critique de la véracité scientifique de plusieurs affirmations portant notamment sur l’impact environnemental de l’élevage. Dans un communiqué publié le 25 février, le syndicat accuse cependant le texte de faire preuve de partialité trompeuse en utilisant des « simplifications, raccourcis et omissions » et en sélectionnant systématiquement des arguments favorables à l’élevage. Le texte de l’INRAE insiste par exemple sur le fait que « 86% de l’alimentation animale n’est pas consommable par l’homme »… en oubliant au passage que, comme le souligne SUD-recherche, « cette nourriture est pour une part importante issue de plantes cultivées spécifiquement pour l’alimentation animale » comme le maïs et le soja, avec les conséquences environnementales que l’on connaît. L’argumentation développée par l’INRAE ne reflète pas le large consensus scientifique sur le fait que l’élevage génère des dommages écologiques importants (perte de biodiversité, pollution des eaux et de l’air, changement climatique etc.) et semble au contraire chercher à insuffler le doute. À tel point que, d’après SUD-recherche, cet article « s’apparente moins à un éclairage des citoyens qu’aux stratégies de “manufacture du doute” souvent reprochées aux industriels. » Malgré une telle accusation loin d’être anodine envers une institution de recherche publique, le texte controversé est toujours diffusé par le site de l’INRAE. L’affaire semble cruellement souligner le problème récurrent de l’influence des intérêts du secteur de l’élevage et la viande, et ce d’autant plus que le texte incriminé provient en grande partie d’un article publié en 2016 dans des revues affiliées à ce secteur.

Jérôme Guilet, membre de la commission Écologie de l’AVF.