Un article d’Alain Le Roux-Marini, paru dans la revue Alternatives végétariennes n° 126.

« Bien conçue, une ali­men­ta­tion végé­tari­enne, y com­pris végé­tal­i­enne, est saine, adap­tée au plan nutri­tion­nel et peut pro­cur­er des avan­tages pour la préven­tion et le traite­ment de cer­taines mal­adies. Elle est appro­priée à toutes les péri­odes de la vie, en par­ti­c­uli­er la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance, l’adolescence, le troisième âge, ain­si que pour les ath­lètes. »

C’est en ces ter­mes que la plus grande organ­i­sa­tion de spé­cial­istes de la nutri­tion et de la diété­tique, l’Acad­e­my of Nutri­tion and Dietet­ics, a pris posi­tion sur l’alimentation végé­tari­enne dans le numéro de décem­bre 2016 de sa revue[1]. Très atten­du, ce doc­u­ment actu­alise, dans un texte plus con­den­sé, la précé­dente posi­tion de 2009[2], en fonc­tion des don­nées actuelles de la sci­ence.

Des risques de carence ?

Dans ce doc­u­ment, l’AND bat en brèche cer­taines idées reçues et attire l’attention sur des risques de carence. Elle rap­pelle que l’alimentation végé­tari­enne, y com­pris végane, four­nit, voire excède les apports recom­mandés en pro­téines, à tous les âges de la vie, pour les ath­lètes y com­pris.

Les apports des végé­tariens en acides gras, par­ti­c­ulière­ment l’acide alpha-linolénique[3] (un omé­ga 3) doivent être aug­men­tés chez les végé­tariens. Il est recom­mandé aux femmes enceintes ou allai­tantes et à cer­tains malades (hyper­tendus, dia­bé­tiques) de se sup­plé­menter en DHA extrait d’algues.

En ce qui con­cerne le zinc et le fer, le risque de carence est jugé peu impor­tant et il est noté pour ce dernier que l’organisme s’adapte en aug­men­tant l’absorption du fer d’origine végé­tale et en réduisant les pertes.

Il est estimé que les véganes qui ne con­som­ment pas de sources d’iode, telles que le sel iodé ou les algues ont un risque de carence. L’académie recom­mande aux femmes véganes en âge d’avoir des enfants de se sup­plé­menter en iode.

Les végé­tariens qui con­som­ment des œufs et du lait ont des apports suff­isants en cal­ci­um, alors que ceux-ci peu­vent par­fois être insuff­isants chez les véganes. La con­som­ma­tion d’aliments rich­es en cal­ci­um haute­ment biodisponible[4] est recom­mandée, voire une sup­plé­men­ta­tion à faible dose dans cer­tains cas.

Depuis quelques années, on sait que le rôle de la vit­a­mine D en matière de san­té va bien au-delà du seul métab­o­lisme osseux. Le doc­u­ment recom­mande donc, si l’exposition solaire est insuff­isante, une sup­plé­men­ta­tion, de préférence en vit­a­mine D3, mieux absorbée par l’organisme.

L’académie recom­mande, non seule­ment aux véganes, mais à la plu­part des végé­tariens une sup­plé­men­ta­tion en vit­a­mine B12. Elle con­sid­ère que les ali­ments fer­men­tés et les algues ne sont pas des sources fiables de cette vit­a­mine.

Se pré­mu­nir et se traiter con­tre les mal­adies chroniques

L’AND estime que l’alimentation végé­tari­enne per­met un meilleur con­trôle du poids cor­porel et des pertes de poids plus impor­tantes et plus durables. Elle pro­tège de la mal­adie car­diaque ischémique (infarc­tus du myocarde) en dimin­u­ant les fac­teurs de risque (hyper­ten­sion artérielle, hyper­c­holestérolémie, obésité abdom­i­nale, hyper­gly­cémie).

Les véganes ont le risque de dia­bète de type 2 le plus faible. L’alimentation riche en céréales com­plètes, fruits, légumes, légu­mineuses, graines et oléagineux, d’un côté, et pau­vre en céréales raf­finées, viande rouge, char­cu­terie et bois­sons sucrées d’autre part, réduit le risque de dia­bète. L’alimentation végé­tari­enne ou végane peut aus­si jouer un grand rôle dans le traite­ment du dia­bète de type 2.

Une ali­men­ta­tion végé­tal­i­enne paraît con­fér­er une plus grande pro­tec­tion con­tre tous les types de can­cers, com­parée à tout autre type d’alimentation.

Les véganes qui ont un apport en cal­ci­um suff­isant (plus de 525 mg par jour) ont un risque de frac­ture lié à l’ostéo­porose iden­tique à celui de non-véganes. La san­té osseuse est liée à des apports adap­tés, par­ti­c­ulière­ment en cal­ci­um, vit­a­mine D, vit­a­mine B12 et pro­téines.

Végé­tarisme et envi­ron­nement

La grande nou­veauté de la posi­tion de l’AND par rap­port au végé­tarisme de cette édi­tion 2016 est de rap­pel­er que cette ali­men­ta­tion basée sur les plantes est plus souten­able au plan envi­ron­nemen­tal car elle utilise moins de ressources naturelles et est asso­ciée à moins de dégâts de l’environnement.

Notes
[1]
  http://dx.doi.org/10.1016/j.jand.2016.09.025
[2] Une version, publiée en 2015, a été retirée ensuite, en raison « d’inexactitudes et d’omissions importantes » relevées par des « experts respectés dans le domaine de la nutrition végétarienne ».
[3] On le trouve principalement dans les graines (lin, chia, colza, cameline, chanvre), les noix et leurs huiles.
[4] Notamment chou kale, feuilles de navet, chou chinois, bok choi, tofu enrichi en calcium, laits de plantes enrichis en calcium, et lait de vache.

L’Acad­e­my of Nutri­tion and Dietet­ics

Forte de plus de 100 000 mem­bres (il y a 8500 diététi­ciens en France), prin­ci­pale­ment aux États-Unis, l’Acad­e­my of Nutri­tion and Dietet­ics (www.eatright.org), fondée en 1917, vise à « opti­miser la san­té par l’alimentation et la nutri­tion ». Les deux tiers de ses mem­bres sont des diététi­ciens, mais elle compte aus­si étu­di­ants, enseignants et chercheurs, dont la plu­part ont un haut niveau de diplôme. Elle édicte chaque année des posi­tions sur des sujets divers, au tra­vers de sa revue, le Jour­nal of the Acad­e­my of Nutri­tion and Dietet­ics.

Elle est financée prin­ci­pale­ment par les coti­sa­tions de ses adhérents et reçoit des fonds et col­la­bore avec l’industrie agroal­i­men­taire, notam­ment laitière, mais aus­si phar­ma­ceu­tique.