Un article paru dans la revue Alternatives végétariennes n°124 — juillet 2016.

À la radio, à la télévision, sur les planches et sur les réseaux sociaux, on les voit partout ! De plus en plus populaires, Guillaume Meurice et Laura Domenge sont parmi les humoristes qui affichent volontiers leur régime végétarien (non, ils ne sont pas les seuls !). Deux artistes talentueux et engagés rencontrés par Sophie Choquet. Portraits croisés.

Guillaume Meurice

Son deuxième spectacle Que demande le peuple ? affiche complet au Café de la Gare à Paris et partout en France ; impossible donc d’y assister avant de rencontrer l’humoriste. J’aurais quand même bien aimé le découvrir dans son personnage de Xavier, ambitieux communicant de Manuel Valls. Mais ouf, le spectacle continue sa tournée à la rentrée et, les élections présidentielles approchant, j’imagine que Guillaume Meurice va encore s’en donner à cœur joie.

Rendez-vous est donc pris à la sortie de la Maison de la Radio, après l’émission Si tu écoutes, j’annule tout de France Inter, où il présente sa chronique, Le moment Meurice. Chaque jour, j’y savoure son sens de la repartie et sa maîtrise de la maïeutique, cet art antique qu’il a dépoussiéré et renommé « aïkido sémantique » : posant des questions faussement naïves, il s’appuie sur la logique de ses interlocuteurs et l’exploite pour mieux l’invalider, faisant surgir inconsistances, paradoxes et absurdités. Une technique héritée de son père qu’il a affûtée longtemps…

Autant dire que je n’en mène pas large au début de l’entretien. Et si, les rôles s’inversant subrepticement, je me laissais piéger à propos d’improbables expériences de pensée antispécistes ou sur des difficultés pratiques du véganisme auxquelles je n’aurais pas réfléchi ?… L’exercice serait intéressant, mais notre maître maïeuticien préfère encore dézinguer les politiques, la finance, les lobbys, de façon générale les oppresseurs, les intégrismes, et par dessus tout, faire rire.

guillaume-2Faisons mieux connaissance : une formation de comédien au cours Florent, des caméras cachées sur internet, un ouvrage, Guillaume Meurice chronique la société, deux one-man-shows et des chroniques sur France Inter depuis 2012. « Beaucoup de travail – non, pardon, de plaisir à faire l’amuseur – et des heures de sommeil en retard… ». Côté personnel : 35 ans, une éducation familiale soixante-huitarde et une étiquette de « gauchiste-écolo-humaniste-féministe » qu’il assume franchement. Des engagements concrets : changement de banque pour un établissement de finance solidaire, d’un Fairphone (un téléphone équitable et recyclable) et… d’un régime végétarien, depuis l’hiver 2015. C’est lors d’un reportage au Salon de l’agriculture qu’il s’est décidé : « Une petite fille caressait une vache. Je lui ai demandé si elle aimait les vaches et voilà, je suis allé au bout de l’idée, comme d’habitude… Si je voulais publier l’enregistrement, il fallait être cohérent et montrer l’exemple ». Ses convictions se sont ensuite renforcées au contact d’une petite amie végé et avec la découverte du film Cowspiracy. « Mon régime est mentionné sur la fiche technique de ma tournée. J’ai donc un plat spécial, qui est en général meilleur que ceux de mon régisseur et de mon producteur. Alors maintenant, ils mangent comme moi ! ».

Très accessible, chaleureux, badin, Guillaume Meurice m’invite à faire un bout de chemin avec lui dans les rues de Paris ce soir-là. Prêt à dégainer enregistreur et micro de sa sacoche, il a en tête un sujet possible pour le lendemain : l’Euro démarre. Je me réjouis de le voir à l’œuvre, témoin complice d’un micro-trottoir. Un beau « moment Meurice »…

www.guillaumemeurice.fr

PORTRAIT CHINOIS
Guillaume Meurice, si vous étiez…
Un plat
: Un clafoutis aux pruneaux pour l’effet laxatif comparable à un discours de Jean-Marc Ayrault.
Un légume : un navet, mais pas « Camping 3 ».
Un animal : un pigeon, mais qui ne revoterait pas François Hollande en 2017.
Une personne publique : N’importe quel sénateur pour pouvoir dormir plus souvent.
Un personnage : Dieu, pour connaître la sensation de ne pas exister.
Une maxime : « On ne joue pas Hamlet sans casser des œufs ».

Laura Domengelaura-2

Rendez-vous un mercredi soir, dans la petite loge du théâtre du Point Virgule à Paris, après une représentation de son spectacle Laura Domenge en personne(s). Débriefons d’abord. J’ai beaucoup ri avec cette galerie de personnages improbables et truculents : une prof de yoga pas zen, une niçoise sexagénaire, une « nounou caillera », une titi parisienne d’un autre temps… J’apprécie toute la palette de ses talents : imitation d’accents, improvisation, chant, danse, sans oublier l’écriture (elle a coécrit les textes avec Christian Lucas, son metteur en scène). Des talents déjà récompensés par de multiples prix lors de festivals : Humour en Seine 2014, Rire en Seine 2015, Dinard Comedy Festival 2016, Cavaillon 2016…

À 29 ans, la pétillante Laura a déjà du métier : elle a commencé le théâtre à 10 ans dans la célèbre troupe des Sales gosses, puis joué dans de nombreuses pièces et web séries, écrit et mis en scène pour le théâtre, et elle donne des cours de jeu théâtral. Le public a pu la découvrir en tant qu’humoriste chroniqueuse à la télévision comme dans l’émission Le Ce soir Show, l’entendre brosser des portraits d’invités sur Rire et chansons, la voir régulièrement sur la chaîne Youtube Lolywood. Bref, Laura Domenge est partout, on n’a pas fini d’en entendre parler.

On retrace ensemble son parcours, mais il se fait déjà tard et on a un petit creux. C’est le moment de sortir du sac mes muffins véganes préférés. Dommage, Laura préfère le salé. « Ah, mon truc, c’est les pâtes, on peut les décliner à toutes les sauces, ce n’est jamais rébarbatif !… Et la tarte aux champignons de ma maman ! C’est ma madeleine de Proust, un plat qu’elle peut encore me préparer quand on se retrouve, maintenant que je suis végé… ».

Justement, pourquoi ce changement d’alimentation ? Aveu terrible : elle avait essayé le régime Dukan auparavant : « Un non-sens total. Je n’avais plus aucun plaisir à manger de la viande, j’étais dégoûtée. Et je suis depuis longtemps sensibilisée aux questions environnementales, à la malbouffe industrielle, et suis outrée par l’élevage de masse. Je suis devenue végé il y a près de trois ans, après un séjour de trois semaines en Israël. C’est très facile de manger sans viande là-bas, j’ai pu voir que cela ne me manquait pas, et j’ai continué ».

Laura assume publiquement son choix d’être végétarienne, en toute décontraction, mais ne fait pas de prosélytisme. Chacun son chemin. « Bien sûr, on a toujours envie de promouvoir les causes auxquelles on est sensibilisé. Mais les gens qui viennent à mes spectacles ont envie de rire, pas qu’on leur dise comment ils doivent penser. On peut sensibiliser au végétarisme, mais pas de manière frontale : avec humour et dérision, par petites touches… ». Comme dans ce sketch où elle incarne une « caille-ra » qui mange un « kebiob », sandwich kebab bio et végétarien (Ce soir show du 21/12).

> http://lauradomenge.com

Laura Domenge s’engage avec Le Recho
Dix jeunes femmes dont Laura Domenge mènent ce projet solidaire qui vise à créer du lien et favoriser l’insertion dans les camps de réfugiés. Dans l’équipe, quatre chefs, professionnelles de la restauration, cuisineront avec et pour les réfugiés environ 500 repas végétariens par jour. Elles animeront des ateliers de cuisine pour favoriser un échange entre les cultures et offrir une ouverture vers des formations professionnalisantes.
L’équipe « allumera son Recho » à partir du 15 août sur le camp de la Linière près de Dunkerque, à bord d’un food-truck itinérant aménagé. Elle poursuivra ensuite sa route à travers l’Europe, en Belgique, Allemagne, Danemark, Grèce, Angleterre… Pour financer son food-truck, Le Recho a lancé une collecte, ouverte jusqu’au 17 juillet (www.kisskissbankbank.com/le-recho). Vous pouvez suivre leur aventure sur le site https://lerecho.com.

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