Le modèle alimentaire occidental épuise les ressources planétaires au détriment des pays du Sud. Les choix que nous faisons ici restreignent drastiquement ceux des habitants de l’autre hémisphère. Manger végétarien est aussi un acte de solidarité.

Depuis 1945, une transformation radicale des schémas alimentaires

Dans la période qui suit la Seconde Guerre mondiale, l’agriculture s’industrialise fortement dans les pays occidentaux [1]. Les produits animaux, qui constituaient jusque là une part minime de l’alimentation, deviennent la pièce centrale des repas, autour de laquelle tout s’organise. Cette évolution transforme radicalement les méthodes de production, mais aussi les échanges commerciaux à l’échelle de la planète.

La vache du riche affame le monde

Les terres agricoles des pays riches ne suffisent pas à y produire la nourriture (céréales, soja) consommée par les animaux d’élevage. Les pays du Nord importent donc en très grande quantité des aliments produits dans les pays du Sud, qui empiètent sur leurs surfaces agricoles et compromettent leur possibilité de souveraineté alimentaire. L’Europe utilise ainsi 7 fois sa superficie agricole en terres des pays du Sud pour nourrir son bétail [2] ! Dans les pays du Sud, la culture d’aliments pour le bétail profite à de très gros propriétaires terriens, tandis que les petits paysans sont les victimes du modèle productiviste, par exemple en Amérique du Sud, où la culture du soja est un désastre écologique et social.

Les ravages de la pêche européenne

L’accroissement de la consommation d’animaux marins est également très préjudiciable aux pays du Sud. Alors que les populations de poissons sont pratiquement épuisées au large de l’Europe, les chalutiers européens ratissent les fonds marins d’Afrique occidentale pour répondre à la demande européenne en poisson. Leurs moyens sont sans commune mesure avec les bateaux de pêche africains : plus de cent fois plus puissants ! Ils menacent la pêche traditionnelle dans les pays concernés, notamment au Sénégal, et compromettent la possibilité pour ces pays de répondre à leurs besoins alimentaires. Les accords commerciaux entre Europe et Afrique ne bénéficient qu’aux dirigeants africains et ruinent les habitants du Sud [3].

Manger végétarien, un choix responsable à l’échelle planétaire

Le choix végétarien permet d’économiser les ressources en eau, les émissions de gaz à effet de serre et d’éviter la déforestation. C’est donc un choix responsable à l’échelle planétaire, dans un contexte où les problèmes écologiques sont globaux et nuisent avant tout aux habitants des pays pauvres.
Par ailleurs, la production de protéines animales est très consommatrice de terres agricoles puisque pour produire 1 calorie animale, il faut produire en moyenne 7 calories végétales !

Le choix végétarien permet donc de diminuer l’emprise sur les sols des pays du Sud, un préalable à une réappropriation de ces sols. Il rend possible la souveraineté alimentaire dans chaque région du monde.

[1] Pour comprendre cette transformation dans le cas de l’élevage, lire par exemple Fabrice Nicolino, Bidoche – l’industrie de la viande ravage le monde, LLL (2009).
[2] Aileen Kwa, Agriculture in Developing Countries: Which Way Forward? South Centre, Occasional paper series, paper n° 4, chapter IV, The Social and Ecological Costs of Industrial Agriculture. June 2001.
[3] Site SOS Océans de Greenpeace France.