Éthique et végéta*isme

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Le refus de l’exploitation animale est un positionnement philosophique qui s’appuie sur une argumentation solide. Les deux courants dominants en philosophie morale, le conséquentialisme et le déontologisme, vont dans le même sens à ce sujet. Le positionnement végane apparaît le plus cohérent, mais le végétarisme est déjà un choix qui réduit efficacement la souffrance des animaux.

Le végétarisme éthique, motivé par la volonté de ne pas faire souffrir les animaux, s’exprime pour la première fois sous la plume des philosophes des Lumières, et en particulier Voltaire et Rousseau. Au milieu du XIXe siècle, la première organisation consacrée à ce mode de vie est créée en Angleterre. Il s’agit de la Vegetarian Society. À l’époque, le végétarisme est associé à d’autres tendances, comme l’anti-alcoolisme, ou l’hygiénisme. Ce n’est pas encore un positionnement clairement délimité, et fondé sur des bases morales. Il faut attendre le XXe siècle pour que se structure une véritable pensée philosophique qui condamne la consommation de la chair animale.

Conséquentialisme et déontologisme, même combat  !

La philosophie morale est structurée en plusieurs courants, dont le conséquentialisme et le déontologisme sont les plus importants. Pour le premier courant, les choix que nous avons à accomplir doivent être faits en fonction de leurs conséquences. Ils peuvent donc varier selon les circonstances. La démarche utilitariste relève de ce premier courant. Pour les utilitaristes, il convient d’évaluer les différentes conséquences d’un choix, à la fois en matière de bien-être et de souffrance des êtres concernés. Peter Singer est un éminent représentant de l’utilitarisme. Il est l’auteur de La libération animale (édition originale 1975) et de Questions d’éthique pratique (édition originale 1979), le premier ouvrage utilitariste à poser les bases d’un végétarisme éthique  : si on considère toute la souffrance qui est générée par l’exploitation et la mise à mort des animaux, et d’un autre côté le caractère limité du plaisir qui découle de la consommation de leur chair, pour les humains, alors il est clair que nous devons nous abstenir de consommer cette chair. Pour le courant déontologiste, qui qualifie les actes en fonction de leur conformité à certains devoirs, et qui est représenté par le philosophe Tom Regan, auteur des Droits des animaux (édition originale 2004), nous ne devons pas tuer les animaux pour répondre à notre bon plaisir, puisque les animaux sont “sujets d’une vie”, et qu’il n’est pas moralement acceptable de les tuer pour les manger. Ainsi, qu’on adopte un point de vue conséquentialiste ou déontologiste, les conclusions sont les mêmes. Il faut noter toutefois que ce positionnement, qui est très majoritaire dans le monde anglo-saxon, n’est pas toujours partagé par les philosophes français, lesquels usent parfois de raisonnements très compliqués pour justifier notre consommation carnée (voir l’ouvrage de Thomas Lepeltier).

Végétarisme ou véganisme  ?

Les raisons du végétarisme apparaissent claires au grand public, celles du véganisme (l’abstention de la consommation de tout produit d’origine animale) le sont moins. On pourrait croire en effet que la production de lait et d’œufs est anodine pour les animaux. Mais ce n’est pas du tout le cas. La production laitière, en premier lieu, génère une très grande souffrance animale. Les vaches sont inséminées annuellement afin de donner naissance à des petits, ce qui est une condition nécessaire à la production de lait. Les petits sont retirés à la naissance (ce n’est pas toujours le cas des femelles, dont certaines sont utilisées pour renouveler le cheptel), parfois tués directement, éventuellement engraissés puis vendus rapidement à l’abattoir. La séparation des petits génère une grande souffrance chez les vaches, qui ont un fort instinct maternel. Après quelques années de gestations et d’allaitements ininterrompus, elles sont envoyées à l’abattoir et transformées en viande. Le “bœuf”, c’est de la vache, la plupart du temps  ! Les œufs posent des problèmes comparables : dans les couvoirs où on fait éclore les œufs de volailles sélectionnées pour la ponte, il naît autant de mâles que de femelles. Comme cette souche de poulets n’est pas la même que celle utilisée pour la viande, les mâles sont éliminés à la naissance, broyés vivants ou étouffés dans des sacs en plastique. Lorsque les poules pondeuses sont âgées de dix-huit mois en moyenne, elles sont envoyées à l’abattoir. Aujourd’hui, de rares entreprises proposent des œufs qui ne génèrent ni la mise à mort des poussins mâles, ni celle des poules pondeuses. Mais de manière générale, si on veut éviter de contribuer à l’exploitation et à la mise à mort des animaux, le plus sûr est de choisir un mode de vie végane.

Cependant, il apparaît pertinent de considérer le “poids” en souffrance des différents choix alimentaires. Selon l’activiste Nick Cooney, si on considère le nombre de vies animales créées pour répondre à nos désirs alimentaires, une alimentation végétarienne permet d’épargner 94% de ces vies, tandis qu’une alimentation végétalienne permet d’en épargner 100%1. Le choix végétarien est donc un choix très positif pour la condition animale.

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Notes

  1. Nick Cooney, Veganomics, Lantern Books, 2014

Questions-réponses

Mais il y a tout de même des gens bien qui mangent des produits animaux  ?

Il y a des gens très bien qui mangent des produits animaux, bien sûr. Mais attention à ne pas confondre les actes et les personnes  ! Aujourd’hui, nous avons toutes les informations qui peuvent nous aider à faire des choix plus moraux. Nous pouvons incarner le changement  !

 

Comment expliquer que la plupart des philosophes ne condamnent pas l’alimentation carnée  ?

De nombreux philosophes de l’histoire ont condamné la domination humaine sur les animaux, et ont promu une alimentation sans chair animale. Le premier était sans doute Pythagore, qui vivait au 6e siècle avant Jésus-Christ. Mais nous pouvons aussi citer Plutarque, Porphyre, Voltaire, Rousseau…

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