Un article paru dans la revue Alternatives végétariennes n°126 (hiver 2016-2017). Par Sébastien Demange, interne en médecine générale.

 

La flore intestinale, aussi appelée microbiote intestinal, est composée d’environ 100 000 milliards de micro-organismes (bactéries, virus et champignons). Pour se représenter ce chiffre, il faut avoir à l’esprit que nous avons dix fois plus de bactéries dans nos intestins que de cellules qui composent notre corps. Les connaissances scientifiques sur le microbiote intestinal sont assez récentes et encore partielles, mais il est certain que celui-ci joue un rôle prépondérant sur la santé[1]. Observe-t-on des différences de microbiote entre un régime traditionnel et un régime végéta*ien ? Adopter une alimentation plus végétale modifie-t-il le microbiote, et apporte-t-il des bénéfices ?

Les intestins, en bref

Cette partie de l’appareil digestif, composé de l’intestin grêle et du gros intestin, contribue à la digestion des aliments et au passage des nutriments vers le sang. C’est dans ces organes très riches en vaisseaux sanguins que l’interaction entre le milieu intérieur et le milieu extérieur est la plus forte. Les intestins, barrières contre certains microbes, sont aussi les pièces maîtresses du système immunitaire de l’organisme. Enfin, les intestins possèdent leur propre système nerveux (le système nerveux entérique), ce qui leur vaut parfois l’appellation de deuxième cerveau. Il est bien établi qu’il existe une communication bilatérale entre le cerveau et les intestins[2].

De l’enfant à l’adulte

La composition de la flore intestinale commence dès la vie in utero. Pendant l’accouchement par voie basse, le nourrisson absorbe les bactéries de la flore anale et vaginale de la mère, qui créent un terrain favorable à la colonisation de son propre tube digestif. L’allaitement et l’alimentation des premières années jouent un rôle essentiel pour la constitution de la flore intestinale. L’allaitement prépare le microbiote à l’alimentation familiale. La composition de la flore intestinale se stabilise vers 2 ans. Dans les années qui suivent, le mode de vie, l’alimentation et certains médicaments comme les antibiotiques engendrent des variations dans sa composition.

Le régime alimentaire influe-t-il sur la flore intestinale ?

La composition de la flore intestinale dépend du régime alimentaire. La différence est plus marquée entre régime carné traditionnel et régime végétarien qu’entre régime végétarien et régime végétalien. Dans un régime plus végétal, les bactéries sont globalement plus abondantes, ne relèvent pas des mêmes espèces, et n’ont pas la même fonction[3] En effet, un régime carné nécessite plus de sécrétion d’acide biliaire par exemple, et par conséquent des bactéries plus adaptées à ce milieu riche en sels biliaires. De plus, la digestion de la viande par la flore intestinale entraîne notamment un surplus d’acides aminés et d’acides gras saturés qui suscitent une inflammation locale. L’intestin devient alors plus poreux et l’inflammation peut gagner divers endroits du corps. Dans ce milieu, des bactéries potentiellement pathogènes se développent, qui ne sont pas présentes avec un régime végéta*ien. L’inflammation locale favorise le passage de ces bactéries dans le sang[4].

Dans le cadre d’une transition vers un régime plus végétal, la modification de la flore intestinale peut commencer dès les premières 24 heures, surtout si le changement est radical. Elle se poursuit sur deux à quatre mois[5]. L’accroissement de l’apport en fibres suscite une accélération du transit intestinal qui est d’environ 64 heures pour les omnivores et 40 heures pour les végéta*iens[6].

Quels bénéfices pour une alimentation végétarienne ?

Ces modifications du microbiote ont des conséquences sur notre santé. Une alimentation végétarienne est protectrice par rapport au cancer du côlon[7], aux risques cardio-vasculaires, au diabète de type II ou au syndrome métabolique[8][9], mais aussi aux maladies inflammatoires intestinales comme la maladie de Crohn[10].

Voie d’avenir

Ainsi, notre corps vit en symbiose avec le microbiote intestinal, et celui-ci est profondément modifié par notre alimentation. Sa connaissance permet de développer de nouvelles voies thérapeutiques, telle que la transplantation de microbiote fécal, qui consiste à administrer des échantillons de selles d’un individu sain à un individu malade pour rétablir une flore intestinale correcte. Son utilisation, encadrée par l’agence nationale du médicament, a pour objectif de traiter de multiples pathologies : maladies propres aux intestins comme une infection récidivante à Clostridium difficile, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique…), troubles fonctionnels intestinaux ou maladies systémiques telles que l’obésité, maladies métaboliques et auto-immunes ou encore certains désordres neuro-psychiatriques[11]. Cependant, tous les bénéfices attendus avec une transplantation fécale peuvent être plus simplement obtenus en adoptant un régime végétarien ou végétalien.

Sources
[1] Lewis JD, « Analysis of the human gut microbiome and association with disease ». Clin Gastroenterolhepatol. 2013 ; 11 : 774.
[2] Clara Seira Oriach, Ruairi C. Robertson, Catherine Stanton, Jon F. Cryan, Timothy G. Dinan, « Food for thought : the role of nutrition in the microbiota-gut-brain axis », Clinical Nutrition Experimental 6 (2016) 25-38.
[3] Marian Glick-Bauer, Ming-Chin Yeh, « The health advantage of a vegan diet : exploring the gut microbiota connection». Nutrients 2014, 6, 4822-4838.
[4] Bischoff SC, Barbara G, Buurnman W, Ockhuizen T, SchulzkeJ-D, Serino M, et al. « Intestinal permeability – a new target for disease prevention and therapy ». BMC Gastroenterol, 2014 ; 14(1) :189.
[5] David L, Maurice C ., Carmody R., Gootenberg D, et al. « Diet rapidly and reproducibly alters the human gut microbiome ». Nature, 2014 January 23 ;505(7484) :559-563.
[6] Gear J.S.S., Brodribb A.J.M., Ware A., Mann J.J., « Fibre and bowel transit times », Br. J. Nutr. (1981) 45,77.
[7] Hayashi H, Sakamoto M, Benno Y, «Fecalmicrobial diversity in a strict vegetarian as determined by molecular analysis and cultivation ». Microbiol. Immunol., 46(12), 819-831, 2002.
[8] Le syndrome métabolique est une association de facteurs de risques de maladies cardio-vasculaires : il comporte l’obésité abdominale, un taux d’insuline plus élevé, une hyperglycémie, une hypercholestérolémie et l’hypertension artérielle.
[9] Wong MW J., « Gut microbiota and cardiometabolic outcomes : influence of dietary patterns and thier associated components ». Am J Clin Nutr, 2014 ;100(sippl) :369S-77S.
[10] Hwang C., Ross V., Mahadevan U., « Popular exclusionary diets for inflammatory bowel disease : the search for dietary culprit ». Inflamm Bowel Dis., 2014 ;20 :732-741.
[11] ANSM, « La transplantation de microbiote fécal et son encadrement dans les essais cliniques » – Point d’information, 20/03/2014, [en ligne] http://ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/La-transplantation-de-microbiote-fecal-et-son-encadrement-dans-les-essais-cliniques-Point-d-information. Consulté le 05/10/2016.

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