Peut-on fertiliser les sols sans fumier ni engrais chimiques ?

La question de la fertilisation des sols en agriculture est souvent présentée comme mettant en échec la possibilité d’une société végane. En effet, le fumier est érigé en fertilisant suprême, incontournable, qui serait une véritable alternative écologique et traditionnelle aux engrais chimiques.
Le système de polyculture-élevage est ainsi souvent présenté comme le plus adapté à l’agriculture biologique dans le cadre d’une complémentarité entre productions animales et végétales reposant sur la fertilisation. La mention Nature et Progrès, par exemple, défend la position « pas d’agroécologie sans élevage ». Plutôt que de fétichiser le fumier (ou le lisier)1, revenons aux bases agronomiques. À quoi sert la fertilisation, que signifient les trois lettres « NPK » répétées en chœur par tous les apprentis agronomes ? La fertilisation permet d’apporter de l’azote (« N »), du phosphore (« P »), du potassium (« K »), afin de nourrir les cultures (en apportant ce qui a été perdu dans le cycle naturel de l’azote, par exemple, et ce qui a été perdu par le fait de récolter les plantes), et d’améliorer la structure et donc la qualité du sol. Elle peut se faire par des engrais minéraux (essentiellement chimiques) ou organiques (c’est-à-dire issus du végétal, d’excréments animaux – le fameux fumier ou le lisier, ou d’excréments humains).
Le fumier (ou le lisier) n’est donc qu’une des possibilités existantes pour fertiliser un sol. Il a ses avantages (le fumier est riche en azote, potassium et phosphore) et ses inconvénients (en plus des enjeux éthiques posés par l’élevage, le fumier en trop grosse quantité pollue le sol, l’eau et l’air – comme tous les engrais en général). Surtout, il faut d’emblée préciser que les animaux n’ont pas la capacité de fixer l’azote, contrairement aux légumineuses par exemple, et qu’ils re-dirigent seulement un flux, c’est-à-dire la nourriture consommée, qui se transforme en excréments puis en fumier une fois mélangés à de la paille ou du fourrage. Ils peuvent ainsi être comparés à des composteurs sur pattes ! Mais la question de l’efficacité d’une telle opération se pose puisque les animaux sont des composteurs très énergivores.
Des alternatives existent, chacune ayant des propriétés différentes (taux de matière sèche, de matière organique, quantité d’azote, pH, etc.), des avantages et des inconvénients (facilité de mise en œuvre, d’assimilation par les plantes…). On peut ainsi distinguer les sources primaires de nutriments (naturellement présents dans l’air et dans le sol) et les sources secondaires (issus d’une transformation suite à un apport en sources primaires de nutriments, tels que les excréments, le compostage de matières végétales, le broyat de branches ou de feuilles…).
D’une manière générale, il est vrai que les excréments animaux et humains combinent des apports en azote, potassium et phosphore, là où, pour une fertilisation d’origine végétale, il faudra organiser cette combinatoire en utilisant du compost ou en ajoutant des légumineuses (pour l’azote) à des amendements organiques d’origine végétale (pour les autres minéraux, potassium et phosphore en particulier).
Les principales alternatives au fumier et aux engrais chimiques sont2 :
Ainsi, l’agriculture végane constitue certes un défi, dans la mesure où il faut imaginer se passer de fertilisants animaux (qui prennent de la fertilité d’un lieu pour la rediriger vers un autre). Mais outre cet élément, elle partage avec l’agriculture biologique la contrainte de créer un modèle agricole circulaire, ou plutôt que d’extraire ou de fabriquer des nutriments, on réutilise les sources secondaires de nutriments par l’utilisation d’excréments et de compost, en combinaison avec l’introduction de légumineuses dans les rotations de cultures.