Le climat, premier facteur de santé mondiale

Un article d'Isabelle Richaud paru dans ViraGe n°20.

Le réchauffement du climat global est en marche, et se poursuivra jusqu’à atteindre au moins 2°C par rapport à la fin du XIXe siècle. D’ici à 2100, ce réchauffement pourrait atteindre 3 à 6 °C. En plus de la montée progressive du thermomètre, il faut s’attendre à une intensification continue des phénomènes climatiques extrêmes : canicules, sécheresses, incendies de forêt, fortes précipitations, cyclones, inondations. Avec des conséquences dramatiques sur la santé humaine et animale et sur les écosystèmes.

Santé humaine

Au cours des cinquante dernières années, 12 000 catastrophes causées par des phénomènes climatiques ont entraîné 2 millions de décès humains, dont 90 % dans les pays en développement¹.
Les canicules meurtrières comme celle de 2003 (15 000 décès liés à la chaleur en France) ou celle de 2022 (62 000 décès en Europe), vont devenir courantes d’ici à la fin du siècle, et seront même fréquemment surpassées en termes d’intensité.
À ces effets directs s’ajoutent les conséquences indirectes de la montée moyenne des températures et de l’humidité sur le développement des insectes vecteurs de maladies et la dispersion des agents pathogènes et des polluants.

Biodiversité

Le réchauffement climatique accélère le déclin des espèces animales et végétales sauvages, en modifiant leurs conditions de vie – souvent trop rapidement pour qu’elles puissent s’adapter. Il contribue à accroître les multiples pressions qui pèsent déjà sur la biodiversité, par la raréfaction des ressources en eau et en nourriture. Pour survivre, les espèces peuvent être contraintes de se déplacer, ce qui provoque des déséquilibres dans les chaînes alimentaires.
Certains milieux et écosystèmes sont particulièrement vulnérables. Les récifs coralliens en sont un exemple emblématique : 99 % d’entre eux pourraient disparaître à +2 °C de réchauffement mondial².
Localement, le climat peut devenir plus adapté aux espèces exotiques envahissantes, qui viennent alors remplacer les espèces locales. C’est le cas pour les pollinisateurs, dont la production agricole dépend étroitement. Autre enjeu de taille pour l’agriculture : l’érosion de la biodiversité des sols en raison des variations du taux d’humidité.

Les migrations forcées des espèces : les espèces peuvent être obligées de se déplacer pour survivre, atteindre des altitudes plus élevées, des eaux plus profondes…
Le changement climatique peut aussi désynchroniser les cycles entre une proie et son prédateur, une plante et son pollinisateur, une espèce animale et la plante dont il se nourrit.
Milieux particulièrement vulnérables :
Montagne : les animaux et les végétaux sont obligés de monter en altitude au risque d’entraîner la disparition définitive de certaines espèces endémiques, dépourvues de refuges climatiques.
Mer : la hausse de température des océans, ajoutée à leur acidification fait blanchir les coraux qui tombent malades alors qu’ils sont le socle même de la vie maritime.
Littoral : les mangroves sont menacées par la montée des eaux. Elles reculent alors à l’intérieur des terres faisant ainsi augmenter la salinité de ces espaces. En cascade, ce sont les écosystèmes d’eau douce en arrière mangrove qui sont menacés.
Fragilisés, les écosystèmes sont moins à même de jouer leur fonction de régulateur du climat, à travers la séquestration du carbone, notamment.

L’agriculture et les animaux d’élevage

Les effets délétères du changement climatique sur les productions agricoles sont nombreux, à tel point que la sécurité alimentaire est gravement menacée dans de nombreuses régions du monde, surtout celles qui sont déjà les plus arides et les plus pauvres. L’augmentation de la température, la raréfaction de la ressource en eau et l’intensification des pluies sont les défis les plus visibles. Le déclin des pollinisateurs et la multiplication des bio-agresseurs, sous l’effet du dérèglement climatique, concourent également à une baisse des rendements : ce constat laisse craindre un recours croissant à l’usage des pesticides et des engrais de synthèse, pour tenter de pallier les déficits.

Les animaux d’élevage sont peu adaptés aux canicules, notamment parce qu’ils transpirent très peu et donc évacuent difficilement la chaleur. En France, ils doivent être protégés des conditions climatiques extrêmes, et le transport routier d’animaux d’élevage vivants est interdit l’après-midi durant les épisodes caniculaires. Mais ces réglementations restent insuffisantes et trop peu appliquées.

Le métabolisme des vaches se réduit en cas de stress thermique. Une vague de chaleur modérée de cinq jours à plus de 30 °C peut ainsi entraîner une baisse de 20 à 30 % de la production journalière de lait³. Le stress thermique peut entraîner la mort des animaux et accroît les risques de maladies, en particulier dans les élevages à forte densité. Dans certaines régions, lors de la canicule de 2019, les demandes journalières d’enlèvement de cadavres auprès des services d’équarrissage ont augmenté de 40 %4. Les catastrophes naturelles (inondations, incendies, tempêtes) peuvent elles aussi causer la mort de cheptels entiers, faute de temps ou de moyens pour les secourir.

Les sécheresses engendrent des difficultés d’accès à l’eau et au fourrage, font baisser la production des prairies comme celle des cultures, et peuvent aussi compliquer la logistique des travaux agricoles, faisant une gageure du travail des éleveurs et de la survie de leurs animaux.

Adapter notre alimentation et notre agriculture au changement climatique

Comme toute activité humaine, notre système agro-alimentaire doit limiter ses émissions de gaz à effet de serre, mais il doit aussi s’adapter à un climat qui change, et donc devenir plus résilient face aux fortes chaleurs, aux sécheresses et aux précipitations extrêmes. Pour répondre à la baisse des ressources en eau en saison estivale, il est nécessaire de sélectionner les cultures les plus résistantes à la sécheresse. Par exemple, une culture comme celle du maïs, nécessitant d’être irriguée l’été, n’a que peu d’avenir sous le climat attendu en France d’ici à la fin du siècle. Au contraire, les légumineuses sont des plantes peu consommatrices d’eau, qui permettent le maintien de la matière organique des sols et donc l’infiltration et la rétention de l’eau pluviale.

Parmi toutes les formes de production agricole, l’élevage s’avère particulièrement vulnérable au changement climatique en raison de sa dépendance aux ressources en eau, en terre et en fourrage (dont le maïs), et aux risques induits pour la santé des animaux. Réduire la production carnée et végétaliser notre alimentation contribuerait donc sous bien des aspects au défi de l’adaptation au changement climatique.

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