En quoi consiste l’agriculture végane ?

Anna Labarre

S’inspirer des meilleures techniques agricoles, de la permaculture à l’agriculture biologique en passant par l’agroforesterie, tout en rejetant fermement toute exploitation animale issue de l’élevage ainsi que les fertilisants qui en résultent : l’agriculture végane crée de nouveaux horizons, éthiques et écologiques.

Comment définir l’agriculture végane ? Les premières publications françaises1 à traiter de ce sujet sont une brochure hors-série de l’AVF parue en 2013, et un article des Cahiers antispécistes de 20142. Suivant les définitions utilisées dans le monde anglo-saxon, la veganic agriculture se base sur trois points essentiels : l’absence d’élevage et d’intrants d’origine animale (comme le fumier), un mode de production respectueux de l’environnement, et la prise en compte des animaux sauvages.

L’absence d’élevage est l’aspect le plus évident de l’agriculture végane. Le refus de fertilisants d’origine animale est moins connu. Ce sont le fumier, le lisier, mais aussi la farine de sang, de poisson, de viande, de plumes, la poudre d’os ou de corne, etc. Ces fertilisants, issus des élevages et des abattoirs, sont utilisés comme engrais ou amendements.

L’agriculture végane exclut donc non seulement l’élevage mais aussi ses sous-produits que sont les fertilisants d’origine animale. En cela, elle se différencie fortement de l’agriculture biologique. En effet, le label bio peut être appliqué à toutes les productions animales telles que la viande, le lait ou les œufs. Même si le cahier des charges européen de l’agriculture biologique comprend un certain nombre de points à respecter concernant les animaux élevés (comme un accès à un parcours extérieur, par exemple), le sort de l’animal destiné à l’abattoir, lui, reste le même.

Qu’en est-il de la permaculture ? Ce terme, issu de la contraction des mots anglais permanent et agriculture, fait référence à une approche globale permettant de concevoir et de mettre en place des systèmes résilients en imitant les stratégies de la nature. La permaculture s’appuie sur trois principes : prendre soin de la Terre, des humains et partager équitablement. En France, dans les cours certifiés de permaculture, une partie de la formation est généralement dédiée aux animaux d’élevage. On y enseigne par exemple que détenir des poules présente des avantages tels que la réduction des déchets et l’utilisation des fientes comme fertilisant, sans compter la consommation des œufs et des poules.

Malgré ces différences, l’agriculture végane s’inspire des méthodes de l’agriculture biologique et de la permaculture. Le terme anglais veganic, contraction de vegan et organic (biologique), rend bien compte de l’aspect environnemental de l’agriculture végane. En effet, l’agriculture végane est à la recherche de durabilité, d’un sol vivant. Entretenir la fertilité du sol avec des engrais verts produits localement en fait partie. Les pratiques promues par l’agriculture végane peuvent être les rotations de culture, la présence de couverts végétaux riches en légumineuses, d’arbres, l’utilisation de variétés rustiques… La fertilisation vient des végétaux directement, sans transiter par des animaux (voir article p. 26).

Enfin, les animaux sauvages. Car un des contresens fréquent est de considérer que l’agriculture végane pourrait s’envisager sans les animaux. Or, sur une parcelle agricole, il peut s’en trouver une multitude : oiseaux, mammifères,  sans oublier l’extraordinaire faune du sol (nématodes, arthropodes dont font partie les insectes). L’agriculture végane n’a pas pour but de se déconnecter du monde vivant mais de limiter, autant que possible, l’exploitation animale et les souffrances infligées. Son objectif est de produire une alimentation végétale suffisante tout en limitant l’impact que toute vie humaine, surtout depuis la modernisation de l’agriculture, fait peser sur l’environnement et sur les animaux. Il ne s’agit évidemment pas de cultiver sans oiseaux, sans vers de terre, sans bourdons, qui sont libres de leurs mouvements, et dont la présence volontaire rend de nombreux services, de l’aération du sol à la pollinisation des fleurs. La production agricole dépend fortement de leur présence, et leur disparition dramatique ces dernières décennies est particulièrement préoccupante. La prise en compte de la faune sauvage se traduit par la présence de haies, de surfaces non cultivées, d’habitats variés dédiés aux animaux sauvages.

Qu’en est-il des animaux qui occasionnent des dégâts sur les cultures et entrent alors en compétition avec la production agricole ? L’agriculture végane met l’accent sur la prévention, qu’elle passe par la protection de la biodiversité et donc des prédateurs, l’utilisation de barrières physiques comme des clôtures ou des voiles de protection, ou encore par la diversification des cultures, ce qui réduit la menace et répartit le risque.

Fig 1. Comment distinguer les systèmes agricoles ? 
Agriculture végane Agriculture bio Permaculture Polyculture-élevage
Cultures végétales uniquement
Refus d’intrants d’origine animale (fumier, lisier…)
Respect de l’environnement 
Prise en compte des animaux sauvages

Réseaux et ressources

L’agriculture végane est réfléchie et pratiquée à l’échelle internationale. Le réseau le plus connu est le Vegan Organic Network3 (ou VON, Réseau bio végane). Il a inspiré la création du Réseau d’agriculture véganique4 (ou Veganic Agriculture Network) en Amérique du Nord. En Allemagne, l’étude et la promotion de l’agriculture bio végane sont portées par le réseau BioVegaN5  (Biologisch-Veganes Netzwerk für Garten – und Landbau). Aux États-Unis, l’association Seed the commons, spécialisée dans les systèmes alimentaires durables sans exploitation animale, a lancé en 2016 le site internet https://veganic.world. Celui-ci met en avant les fermes états-uniennes pratiquant l’agriculture bio végane,  par la présentation d’une carte qui les répertorie, une liste des fermes par État, ainsi que des descriptions détaillées de certaines d’entre elles.

Au Canada, les fondateurs du Veganic Agriculture Network Stéphane Groleau et Meghan Kelly dispensent des cours de jardinage végane en ligne à destination des particuliers6. Depuis 2006, Stéphane s’occupe aussi de la maintenance du site francophone vegeculture.net où il présente ses jardins véganes et des ressources sur le sujet, ainsi que ses premiers articles sur l’agriculture végane, parus en 2004.

Véritable ouvrage de référence de l’agriculture bio végane, Growing Green développe, précise et approfondit le cahier des charges du label Stockfree Organic. Sa traduction française, Sans fumier ! Manuel d’agriculture biologique sans intrant d’élevage est en cours, pour une diffusion courant 2021 par l’association Carpelle.

Enfin, deux livres de Graham Burnett reprennent les fondamentaux de la permaculture, comme les étapes de création du design d’un potager, tout en respectant l’éthique végane : The Vegan Book of Permaculture, et Permaculture : a beginner’s guide (traduction française disponible sur goveganic.net).

 

Notes

  1. Mais pas les premières publications francophones – voir références bibliographiques à la fin du dossier, p. 32.
  2. www.vegetarisme.fr/boutique/agriculture-vegane, www.cahiers-antispecistes.org/agriculture-vegane.
  3. https://veganorganic.net
  4. https://goveganic.net
  5. www.biovegan.org
  6. https://learnveganic.com
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