Extrait et adapté de l’article « Dix conseils pour faire accepter votre végétarisme », par Julie Lescieux, paru dans la revue Alternatives végétariennes n°116, été 2014.

Vous voilà végé. Vous êtes désormais le rabat-joie du groupe, celui qu’on hésite à inviter, car votre seule présence à table leur rappellera que oui, « c’est mal » de manger de la viande, du poisson, et même le sacro-saint fromage si cher aux français. Vous avez compris la nécessité de vous documenter sur votre propre décision, face aux moqueries et contre-arguments de votre entourage. Un exemple impayable auquel tout végétarien a droit : l’hypothétique souffrance des végétaux. Voyons les réponses et les attitudes que nous pouvons apporter face à ce sempiternel « cri de la carotte ». Dix conseils utiles pour défendre votre végétarisme.

1 – Donnez raison !

Bien entendu il ne s’agit pas de cesser d’être végétarien, mais vous pouvez choisir d’accepter l’argument, d’aller dans le sens de votre interlocuteur… au départ. « C’est vrai, peut-être que la carotte souffre quand on l’arrache de terre… ». Tout expert en communication vous le confirmera, c’est la meilleure façon de ne pas braquer la personne et permettre une ouverture de dialogue : vous choisissez de vous excuser vis-à-vis des végétaux et expliquez que vous tentez juste d’éliminer toute souffrance inutile pour vous nourrir, que si vous pouviez vous contenter de sucer des cailloux pour vivre, vous le feriez ; que la démarche des fruitariens (qui ne consomment que les fruits mûrs ou les graines tombées de la plante-mère) vous paraît trop compliquée à mener au quotidien, mais que vous prenez plus de plaisir à croquer une pomme tombée de l’arbre plutôt qu’une carotte arrachée de terre… En développant l’idée de départ, vos interlocuteurs en verront eux-mêmes les limites.

2 – Un peu d’humour

Si l’humeur s’y prête, vous pouvez expliquer que c’est justement parce que vous haïssez les légumes que vous prenez un malin plaisir à les arracher, les éplucher, les découper en rondelles, et autres verbes sanglants, d’autant plus qu’ils ne peuvent pas crier ! À l’inverse, vous confirmez qu’effectivement c’est très triste… particulièrement les oignons pour lesquels vous pleurez à chaque fois.
L’humour est, dans bien des cas, la meilleure des armes pour s’en sortir, mais veillez à toujours l’utiliser avec respect. Se moquer de son interlocuteur peut être tentant, surtout lorsque l’argument nous paraît complètement ridicule. N’oubliez jamais que, malheureusement, c’est vous qui n’êtes actuellement pas dans la norme, et pouvez donc paraître déraisonnable à première vue. Acceptez la critique, prenez les devants en déclarant que vous n’êtes pas parfait. Un peu d’autodérision vous sauvera de bien des attaques.

3 – De la pédagogie

Bon, les carottes souffrent. Les omnivores mangent aussi des légumes, non ? Par ailleurs, si vous connaissez vos arguments, vous pouvez sortir quelques chiffres, par exemple en apprenant à votre interlocuteur qu’un mangeur de viande consomme bien plus de végétaux, de façon indirecte, qu’un végétalien ! Ce type de discussion peut aussi ouvrir un débat intéressant sur la différence entre êtres vivants et êtres sensibles, sur l’instinct de survie des plantes et l’intelligence des bêtes. La culture est votre deuxième arme contre les attaques. Elle vous sera particulièrement utile sur des sujets sensibles tels que les carences.

4 – Prenez au piège

Ce cri de la carotte est l’occasion rêvée de renverser la situation. Vous pouvez encourager votre interlocuteur dans son respect de la carotte, et faire remarquer que s’il est capable d’être sensible à la souffrance d’êtres vivants dépourvus de système nerveux, il doit donc être facile pour lui de ressentir la souffrance de mammifères très proches de nous, tels que le cochon ou la vache.
Ne nous leurrons pas, beaucoup de personnes auront pour réflexe de sortir leur carapace imperméable à toute souffrance non humaine, pourvu qu’on ne leur retire pas leur morceau de viande. Dans ce cas, rassurez-les en leur rappelant que vous ne forcez personne à vous suivre, qu’il s’agit du choix de chacun et que vous restez ouvert à la discussion. Vous avez d’ailleurs quelques livres ou vidéos à conseiller pour ceux intéressés par la question.

5 – Demandez un soutien

Si vous vous sentez blessé par les moqueries, rappelez alors que le végétarisme est une conviction importante pour vous, que vous avez besoin du soutien de l’entourage au quotidien, que vous êtes déçu par cette agressivité, cette recherche à vous ridiculiser. Expliquez que les repas familiaux se transforment toujours en calvaire pour vous car, malgré votre discrétion, vous attirez toujours les moqueries. Vous devriez alors passer le reste du repas tranquille.

6- Montrez votre plaisir

Les repas devraient être l’occasion de mettre en avant le plaisir de l’alimentation végétarienne. Généralement, il vaut mieux ne pas compter sur l’hôte pour vous préparer un repas digne de vos papilles. Ne lui en voulez pas, rappelez-vous combien il peut être difficile d’imaginer un repas sans viande quand on ne connaît pas la question. Alors, à vous de jouer ! Proposez de ramener un plat, et retroussez vos manches pour concocter quelque délice végétal appétissant pour tous : beau, bon, et consistant. Une fois posé sur la table des convives, déclarez bien fort que ce n’est pas RÉSERVÉ aux végétariens, et sous-entendez qu’il serait impoli de ne pas y goûter. À vous de les conquérir, par le plaisir. Après l’humour et la culture, voilà votre troisième arme de combat.
Car oui, si vous souhaitez vivre fièrement votre végétarisme, il va falloir apprendre à cuisiner ! Soyez curieux des nouvelles saveurs, rapprochez-vous d’autres végétariens pour un partage d’expériences culinaires, et testez régulièrement de nouvelles recettes (ndrl : allez donc par exemple faire un tour sur 1,2,3Veggie, et donner le lien à vos amis omnis !).

7 – Ramenez vos potes !

Vous êtes l’extraterrestre du groupe ? Changez le regard de votre entourage en leur montrant que vous n’êtes pas un cas isolé, et que vous avez de plus en plus d’amis végés ! Quand vous le pouvez, présentez à vos proches un ou plusieurs de vos nouveaux potes ! Montrez que votre mode de vie ne vous empêche pas d’avoir une vie sociale. Et proposez à vos proches de vous accompagner à un diner entre végétariens. Permettez leur de relativiser leur impression de marginalité vous concernant, de prendre du recul sur les normes sociales, et de se familiariser avec les codes végés (ah, que c’est bon de renverser la situation, de ne plus se sentir minoritaire !).
Cela dit, on n’a pas toujours un compère végé sous le coude à chaque sortie. Lorsque vous vous sentez seul et que vos réserves de tolérance s’affaiblissent, alors n’hésitez pas : une connexion rapide, via votre superbe smartphone, vous permet de rejoindre la communauté végé sur vos réseaux sociaux préférés.

8 – Restez à l’écoute

 Toujours avec diplomatie, tâchez de comprendre le malaise ambiant. Si malgré votre humour, le ton est encore à l’agression, analysez les nœuds qui persistent. Votre père est peut-être blessé de vous voir remettre en cause l’éducation qu’il vous a apporté. Votre mère s’inquiète sûrement pour votre santé, puisqu’à la télé, on nous répète qu’il faut bien manger de la viande et des produits laitiers chaque jour ! Vos frères et sœurs ou vos amis sont-ils déçus de ce fossé qui se creuse entre vous, après toutes ces années de complicité ? Il est parfois bon de mettre les choses à plat.

9 – Variez vos sujets

Parfois, il faut le reconnaître, certains végétariens ne parlent que de « ça » ! La souffrance animale par ci, l’écologie par là, alors que la plupart des gens qui nous entourent n’ont aucune envie de se « prendre la tête » avec de telles problématiques. Il est alors parfois plus stratégique de lâcher prise de temps à autres et d’aborder des sujets qui intéresseront vos interlocuteurs… un moment de répit pour eux, en somme ! Ils vous en seront très reconnaissants. De toute façon, vous le remarquerez bien assez tôt, il est inutile de venir parler de végétarisme, votre entourage s’en chargera. Laissez venir les questions, il suffit d’incarner le changement pour éveiller les curiosités.

10 – Soyez heureux !

Que vous le vouliez ou non, vous voilà le représentant d’un mode de vie, et qui plus est, LE mode de vie que vous percevez comme le plus salutaire pour la planète. Cette décision a été la meilleure de votre vie ? Le changement a été positif pour votre bien-être ? Montrez-le ! Offrez donc un peu de bonheur à votre entourage. Les gens sont très sensibles à l’humeur des autres gens, paraît-il même que c’est contagieux. Alors imaginez comment un simple sourire peut faire des ravages !

Illustrations: Alem Alquier.