Un article paru dans la revue Virage n°1 — printemps 2019. Texte et photos : Christophe Magdelaine (www.notre-planete.info). Tous droits réservés.

Douceur, naturel et produit de qualité… L’image positive qui enveloppe la laine est pourtant en contradiction avec des pratiques de tonte brutales visiblement répandues. Détricotons une idée reçue.

Lanceuse d’alerte, l’association PETA a diffusé depuis 2014 onze enquêtes sur la production de laine, en Europe, en Australie, en Amérique du Nord et en Amérique du Sud[1]. Ses militants se sont infiltrés dans une centaine d’exploitations et ont récupéré, en caméra cachée, des images édifiantes de maltraitances graves et répétées sur des agneaux et des moutons.

Résumons en quelques lignes le contenu de ces vidéos, que beaucoup n’auront naturellement pas envie d’affronter (on pourra aussi sauter ce paragraphe). Des animaux mutilés, frappés, fouettés, piétinés, jetés au sol par les employés ; des castrations brutales sans anesthésie ; des brebis gestantes tout juste rasées, devant affronter des températures hivernales dans le désert, sans abri ; et surtout, la pratique très controversée et encore répandue du mulesing en Australie, qui vise à réduire l’incidence de la myiase, une infestation cutanée des moutons Mérinos par les larves de mouches. On découpe à la cisaille des pans de peau plissée de l’arrière-train du mouton, sans usage obligatoire d’antiseptique ou d’analgésique pendant ou après l’opération.

Des dérapages isolés ?

On voudrait vraiment s’en convaincre. Mais le nombre des maltraitances constatées est conséquent, sur quatre continents, dans des systèmes d’élevages très différents : 27 grands élevages et hangars de tonte en Australie, 15 lieux visités aux États-Unis, 6 en Argentine et, plus proches de nous, 49 exploitations du Royaume-Uni (la dernière enquête date de 2018).

L’Australie est le deuxième producteur de laine dans le monde[2] après la Chine, et le premier exportateur. Et 80 % de la laine exportée part en Chine, pour la transformation et la vente en produits finis. Autrement dit, la grande majorité de nos pulls, bonnets et écharpes sont fabriqués dans ces deux pays.

La demande de laine Mérinos, réputée pour sa finesse et son élasticité, est en hausse depuis 2015. Les 4 000 tondeurs australiens qualifiés sont en sous-effectif[3]. Pour ce travail très physique, ces « champions », qui peuvent tondre 200 à 300 moutons par jour, sont souvent payés au volume. Le bien-être des animaux passe alors après l’effort de productivité. Ceci explique sans doute nombre de violences observées en Australie. En revanche, comment expliquer celles mises à jour dans les enquêtes tournées au Royaume-Uni, ce pays précurseur du bien-être animal – et du véganisme – en Europe… ?

Et la laine française ?

En France, les professionnels interrogés par Notre-Planète.Info sur le chantier de tonte de la Bergerie Nationale en 2015 sont unanimes : les scènes filmées par PETA « sont surprenantes, inacceptables, elles ne correspondent pas à la réalité de la tonte en France[4] ».

Avec le déclin de l’élevage ovin des dernières décennies, la laine est globalement considérée comme un sous-produit difficilement valorisable, pour ne pas dire un déchet. Mais la filière laine est justement en train de renaître, portée par des collectifs sur divers territoires[5]

Photos : tonte de moutons Mérinos à la Bergerie nationale de Rambouillet (2015). Crédit photo : Christophe Magdelaine / Notre-planete.info. Tous droits réservés.
Notes
[1] Voir les vidéos des enquêtes de PETA : http://bit.ly/PetaLaine.
[2] 385 000 tonnes de laine brute estimée pour la saison 2018–2019, la plus faible production de l’Australie depuis 21 ans. En cause : une sécheresse inédite, qui oblige les éleveurs à abattre leurs moutons par manque de pâturages. RFI, 20 décembre 2018, http://bit.ly/2SLtiSs.
[3] Source : Agra, 23 mars 2018, http://bit.ly/2C8uJ87.
[4] Voir le reportage vidéo sur YouTube http://bit.ly/NotrePlaneteInfo-tonte. Après plusieurs heures d’observation sur le chantier de tonte à la Bergerie nationale de Rambouillet, aucune violence constatée.
[5] « Partout en France, éleveurs et filateurs font renaître la filière laine », 16 juin 2018,  http://bit.ly/reporterre-laine.

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