Contre la déforestation importée, des ONG complémentaires

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Isabelle Richaud et Karine Vernette

Un article paru dans la revue ViraGe n°11. Isabelle Richaud est coordinatrice de la Commission Écologie de l’AVF.

L’observation et l’information

Mighty Earth agit pour la sanctuarisation des espaces naturels et la préservation de la vie sur Terre face au changement climatique. Elle a notamment développé, avec l’aide de l’organisme de recherche Aidenvironmement, un outil de surveillance de la déforestation du Brésil imputable au soja et au bétail. Images satellites et enquêtes de terrain établissent les liens entre les négociants en soja, les transformateurs de viande bovine et la destruction des forêts. Cet outil permet de pointer du doigt, entre autres responsables, Bunge, le plus grand importateur de soja en France, et LDC, numéro un européen de la volaille qui vend des poulets nourris au soja brésilien. Elle agit en France en relation avec Canopée.

L’évaluation des engagements des distributeurs

En novembre 2020, des enseignes de la grande distribution française ont annoncé des mesures pour mettre fin à l’utilisation de soja issu de la déforestation. L’association Canopée, dont le but est de « construire un contre-pouvoir citoyen pour mieux protéger les forêts en France et dans le monde », suit de près le respect de ces engagements à travers une grille d’évaluation qui prend en compte l’intégration d’une clause de non-déforestation auprès des fournisseurs, l’annonce d’une échéance, le soutien à un renforcement de la réglementation… Les résultats sont inégaux selon les enseignes. Mais la grande distribution a au moins le mérite d’avoir accordé de l’attention à la question : d’autres grandes entreprises, notamment dans le secteur de la viande, font toujours la sourde oreille.

La pression politique et l’action directe

Si Greenpeace rend ses objectifs visibles par des actions médiatiques, comme le blocage dans les ports des cargos de soja douteux, l’ONG mène aussi un travail de terrain auprès des responsables politiques et du grand public. Auprès du gouvernement français, l’ONG mène un plaidoyer soutenu pour le respect de la Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée, adoptée en 2018 et dont la mise en œuvre, jusqu’ici, est un échec, et pour la mise en place urgente de mesures contraignantes destinées à garantir que le soja importé n’est lié ni à la déforestation ni à la destruction d’écosystèmes.

Au niveau européen, Greenpeace demande à la France d’œuvrer activement à l’abandon par l’UE de l’accord de libre-échange en pourparlers avec les pays du Mercosur*, en raison des impacts de sa mise en œuvre sur des systèmes forestiers déjà sous haute pression. L’Europe s’apprête également à voter une loi de protection des forêts : Greenpeace demande à la France de soutenir une législation contraignante qui cible l’ensemble des matières premières susceptibles d’être liées à la déforestation : le soja, mais aussi l’huile de palme ou le cacao.

En parallèle, l’ONG mène des opérations de mobilisation du grand public, afin de mettre en lumière l’inaction coupable du gouvernement et pousser ce dernier à agir.

*Communauté économique qui regroupe plusieurs pays d’Amérique Latine, dont les principaux producteurs de soja.

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