Un article paru dans la revue Alternatives végétariennes n°125 – automne 2016. Par Sophie Loir et Isabelle Richaud.

 

Depuis soixante-six millions d’années, notre planète n’a jamais perdu d’espèces animales à un rythme aussi rapide qu’aujourd’hui, et la responsable n’est autre que l’espèce humaine. Deux grands facteurs concourent à la destruction de la biodiversité : une prédation trop mal régulée des espèces sauvages ainsi que notre modèle agricole, basé sur l’élevage.

 

Sixième vague d’extinction massive des espèces

D’après l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), environ 41% des espèces d’amphibiens, 26% des espèces de mammifères et 13 % des espèces d’oiseaux sont menacées d’extinction au niveau mondial. Mais aussi 31% des requins et des raies, et 33% des coraux. Cela représente 11 000 espèces d’animaux actuellement menacées, soit une espèce sur cinq. Il est fort probable que certaines espèces disparaissent avant même qu’on les découvre. Depuis le début du XXe siècle, près de 500 espèces ont disparu. Ce qui n’a pris qu’un siècle aurait dû s’observer sur 10 000 ans selon le rythme naturel des extinctions. La dernière fois que la planète a connu une telle perte de biodiversité, c’était il y a 66 millions d’années, en raison d’un cataclysme majeur. La Terre vivait alors pour la cinquième fois de son histoire une réduction massive et rapide de sa biodiversité.

Aujourd’hui, le cataclysme majeur s’appelle espèce humaine, et la 6e extinction est bien en cours si l’on considère que 25  à 50% des espèces animales et végétales auront disparu d’ici à 2050. Or, les écosystèmes nous rendent de nombreux services, comme l’approvisionnement en ressources, la régulation du climat, la formation des sols, le contrôle des parasites… Exemple emblématique, si les pollinisateurs comme les abeilles venaient à disparaître, c’est une grande partie de la culture agricole qui serait menacée.

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Nombre d’espèces disparues. Source : Union internationale pour la conservation de la nature.

« Les ravages des fusils, des filets et des bulldozers »

En août 2016, un article publié dans la revue scientifique américaine Nature, sous le titre « Les ravages des fusils, des filets et des bulldozers », a passé au crible les dangers qui pèsent sur les espèces fragiles. Il apparaît que la menace principale, touchant 72% des espèces, est la prédation poussé à l’extrême des animaux , qu’il s’agisse de pêche, de chasse ou de braconnage (pour leur viande, leur peau, leur ivoire, leurs cornes ou leur commerce d’animaux sauvages), ou de la surexploitation forestière.

Près de 1 700 espèces animales seraient ainsi victimes de chasse illégale ou de trafic, et 1 100 espèces marines seraient menacées par la surpêche. Parmi elles, les animaux les plus gros, cible privilégiée des chasseurs et des pêcheurs, disparaissent le plus vite. Or, les animaux de grande taille sont indispensables aux écosystèmes. Ils sont généralement au sommet de la chaîne alimentaire et leur importance pour le cycle des nutriments est capitale. Leur disparition entraîne un déséquilibre du milieu dans son ensemble. C’est pourquoi cette 6e vague d’extinction pourrait être la pire jamais vécue par la planète.

Au deuxième rang des fléaux arrive l’agriculture. Son emprise croissante, pour les besoins cumulés du fourrage pour les animaux d’élevage, de l’alimentation humaine et de la production d’agrocarburants, provoquerait la destruction accélérée des habitats naturels, au détriment de 62% des espèces. Enfin, le changement climatique, pourtant largement médiatisé, ne se classerait qu’au troisième rang des fléaux qui touchent la biodiversité. Les inondations, tempêtes, sécheresses, canicules et montée du niveau des mers qu’induisent nos émissions de gaz à effet de serre compromettraient la survie de 19% des espèces étudiées.

Une solution : revoir notre modèle agricole et alimentaire

On peut donc lier directement la disparition des espèces à notre modèle alimentaire, en particulier à notre consommation de viande, de poisson et de produits laitiers, qui conditionne tout note modèle agricole. L’élevage en effet fait peser une pression inédite sur les ressources de la planète et sur les espèces vivantes, pression qui vient s’ajouter aux ravages déjà causés par la chasse et la surpêche. Rappelons que la déforestation, pointée comme la menace principale qui pèse sur la biodiversité, est en grande partie due à l’élevage. Plus de 90% de la surface détruite de forêt amazonienne l’a été afin de libérer de l’espace nécessaire aux pâturages ou à une production de soja et de céréales destinée à nourrir le bétail des quatre coins du globe[1]. Rappelons également que l’élevage est un acteur majeur du changement climatique, avec 14,5% des émissions de gaz à effet de serre directement dues à l’élevage (dont 37% du méthane et 65% du protoxyde d’azote, deux gaz à effet de serre particulièrement puissants)[2].

Il est urgent de revoir nos méthodes d’agriculture. Elles sont bien souvent néfastes pour les sols et pour la biodiversité. Plusieurs alternatives existent : réduire l’utilisation des intrants chimiques, notamment en plantant des légumineuses qui enrichissent naturellement le sol, pratiquer l’agroforesterie, conserver les haies qui entourent les champs et les prairies…

À nous, consommateurs, de choisir une alimentation végétale et de donner notre préférence aux producteurs qui pratiquent l’agriculture biologique, respectueuse des espèces animales et végétales qui nous entourent et qui permettent l’interdépendance de la vie sur Terre.

Pour aller plus loin :

– UICN, 2016. Liste rouge des espèces menacées. www.uicn.fr/La-Liste-Rouge-des-especes.html

– LeMonde.fr, 10 août 2016. « Chasse, pêche et agriculture : trois fléaux pour la biodiversité », par Pierre Le Hir. www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/08/10/chasse-peche-et-agriculture-trois-fleaux-pour-la-biodiversite_4981047_1652692.html#A7YukfWCCWcZmCul.99

www.nature.com, 10 août 2016. Biodiversity : « The ravages of guns, nets and bulldozers », par Sean L. Maxwell, Richard A. Fuller, Thomas M. Brooks, James E. M. Watson.

www.nature.com/news/biodiversity-the-ravages-of-guns-nets-and-bulldozers-1.20381

– LeMonde.fr, 14 septembre 2016. « Les grands animaux marins menacés d’extinction par l’homme », par Clémentine Thiberge. www.lemonde.fr/planete/article/2016/09/14/les-grands-animaux-marins-sont-plus-menaces-que-les-petits-par-la-surpeche_4997772_3244.html

 BONUS !
L’application « Eat4good » permet de connaître l’impact de votre alimentation sur la planète et identifier des pistes d’amélioration : www.eat4good.org

Notes
[1]
Source : Steinfeld H., Gerber P., Wassenaar T., Castel V., Rosales M., de Haan C., 2006. Livestock long shadow. Environmental issues and options. Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO).
[2] Source : Gerber P.J., Steinfeld, H., Henderson, B., Mottet, A., Opio, C., Dijkman, J., Falcucci, A., Tempio, G., 2013. Tackling climate change through livestock – A global assessment of emissions and mitigation opportunities. Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO).
Sur ce sujet, voir le rapport de l’Association végétarienne de France Élevage et climat – Comprendre le problème, évaluer les solutions (octobre 2015); et le dossier spécial sur le changement climatique dans Alternatives végétariennes n° 121, (septembre 2015 : www.vegetarisme.fr/magazine/n121-septembre-2015.
Crédit photo filets de pêche: 123RF, Alberto Giacomazzi.

 

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