Végétarisme et risque d’AVC : quand les médias s’emballent

Attention aux raccourcis et interprétations journalistiques ! Une publication scientifique sur les liens entre régime alimentaire et risques d’AVC paru dans le British Medical Journal en septembre 2019 a largement fait parler d’elle, suscitant nombre de titres de presse racoleurs. Décryptage par le Dr Loïc Blanchet Mazuel, spécialiste en médecine générale et membre de la commission-nutrition-santé de l'AVF.

Précisons d’abord que les études en nutrition sont toujours à interpréter avec précaution, dans un sens comme dans l’autre. En effet, ce sont souvent des études dites observationnelles, qui consistent à suivre un certain nombre d’individus pendant une certaine durée (plusieurs années ou dizaines d’années), et à noter les événements de santé survenus (les AVC par exemple). Cela permet d’étudier des associations entre différents facteurs, mais rarement de conclure à des liens de cause à effet. Il faut donc toujours rester très prudent vis-à-vis des résultats annoncés (qu’ils soient miraculeux ou non).
Venons-en à l’étude en question. Les auteurs ont choisi d’y intégrer 4 types de population : les mangeurs de viande (meat eaters), et parmi les non-mangeurs de viande : les mangeurs de poisson (fish eaters), les végétariens (vegetarians) et les végétaliens (vegans). Sur les 48 188 participants recrutés initialement (entre 1993 et 2001), 1832 personnes se déclaraient végétaliennes, et 14 378 végétariennes. Lorsque les enquêteurs ont interrogé les participants, entre 2010 et 2013, sur les 28 364 réponses reçues, il n’y avait plus que 792 végétaliens et 6521 végétariens. Le nombre de végétaliens est donc très faible comparé au reste de la population étudiée. Nous pouvons déjà imaginer à ce stade qu’il sera difficile d’obtenir des données statistiquement significatives pour les végétaliens.
L’augmentation de 20 % de risque d’AVC chez les végétariens (incluant les végétaliens), mise en avant par tous les articles de presse, est à relativiser. Pour ce qui est des végétaliens, l’étude ne met en évidence aucune association qui soit statistiquement significative entre leur régime et un risque accru d’AVC. Après ajustement sur différents facteurs de confusion5, il ressort une augmentation du risque d’AVC de 18,8 % dans la population végétarienne étudiée comparée aux mangeurs de viande, ainsi qu’une diminution du risque de cardiopathie ischémique de 21,6 %. Il faut se méfier du pourcentage annoncé, car il peut être parfois trompeur selon la fréquence de la maladie. Par exemple, un traitement miracle qui diminuerait de 50 % le risque d’une maladie quelconque qui, sans traitement, toucherait 2 personnes sur 1000, paraîtrait tout de suite beaucoup moins intéressant car il faudrait alors traiter 1000 personnes pour en préserver une seule. Appliqué à notre étude, le sur-risque d’AVC pour les végétariens est de 3 pour 1000, tandis que cette même alimentation permet à 10 personnes sur 1000 d’éviter des problèmes cardiaques (cardiopathie ischémique). Pour les végétaliens seuls, là non plus on ne peut pas conclure, l’effectif étant probablement trop faible.
| Omnivore | Végétarien | Végétalien | ||
| Risque en % | Risque en valeur absolue | |||
| Cardiopathie ischémique | Référence | - 21,6 % | - 10 / 1000 personnes | Non significatif |
| AVC | Référence | + 18,8 % | + 3 / 1000 personnes | Non significatif |
Plusieurs éléments intéressants à noter dans cette étude, concernant l’alimentation des végéta*iens :
En conclusion, il s’agit d’une étude intéressante dont les conclusions sont à prendre avec précaution ! Il n’y a pas lieu de remettre en cause votre alimentation, mais plutôt de veiller à son équilibre, afin de se rapprocher au mieux des recommandations nutritionnelles actuelles. Pour cela, l’AVF met à votre disposition des fiches pratiques sur les principaux nutriments et vous indique comment bien mener votre alimentation.