Lettre ouverte aux professionnels de l’information

4 min
31 octobre
Céline Joseph

Chers professionnels de l’information,

Nous saluons le lancement, en septembre dernier, de la charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique, ainsi que le Tournant pris par Radio France. Qu’il ait fallu annoncer de telles résolutions montre l’immense décalage entre la façon dont sont traitées les informations relatives à l’écologie et au climat, et la manière dont elles devraient être traitées.

Nous déplorons cependant l’incapacité à traiter le sujet du modèle agro-alimentaire occidental à la hauteur du poids qu’il pèse dans la crise écologique, et regrettons que le levier de la végétalisation de l’alimentation soit si peu pris en compte. 

Faits saillants :

  • Les productions animales contribuent aujourd’hui à 15 à 20% des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. C’est plus que les émissions directes du secteur des transports.
  • Les gaz impliqués,méthane et protoxyde d’azote, ont un potentiel de réchauffement important : sur une période de 20 ans, une unité de méthane réchauffe 81,2 fois plus l’atmosphère qu’une unité de dioxyde de carbone
  • L’attrait pour des régimes plus carnés partout dans le monde est la principale cause de déforestation de l’Amazonie, et la principale atteinte à la biodiversité.
  • La transition vers une alimentation plus végétale constitue l’acte individuel le plus efficace en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

Ces chiffres montrent combien la transition alimentaire est primordiale dans la lutte contre le dérèglement climatique : le levier agro-alimentaire ne doit plus être un angle mort de l’information sur la crise écologique, comme c’est souvent le cas actuellement. Il ne doit pas non plus être traité dans un contexte de dissonance cognitive qui en annule la portée.

Comment comprendre par exemple, tout récemment sur France Inter, la diffusion d’une publicité vantant le bonheur de manger de la viande, à la suite d’une émission où Greta Thunberg citait le poids écologique de la viande ou du lait ?

Pour que les médias jouent leur rôle de sensibilisation et de relais fiable de l’information, pour qu’ils n’accentuent pas l’incohérence entre les paroles et les actes à l’œuvre dans l’ensemble de la société, nous demandons qu’ils se donnent les moyens de diffuser de manière plus objective les pistes qui permettent de réduire l’impact de notre modèle agricole et alimentaire.

En particulier, nous demandons aujourd’hui :
1. Une culture scientifique solide des journalistes, pour qu’ils et elles soient en mesure d’établir la réalité et l’intégralité des faits aussi souvent que nécessaire, en particulier concernant l’impact des productions agricoles sur le climat et les écosystèmes

2. Un traitement du changement agricole et alimentaire à la hauteur de son importance dans la lutte contre le dérèglement climatique.

3. Des angles de vue pluriels et complémentaires : il s’agit moins de confronter des invités que de faire dialoguer des parties qui connaissent chacune un aspect du problème, et de ses solutions.

4. Une diffusion de l’information dans un contexte qui ne la contredise pas systématiquement : pas de publicité pour des produits ou services qui aggravent la situation climatique et écologique.

Sur ce dernier point, nous attendons aussi des pouvoirs publics qu’ils donnent aux médias, notamment publics, les moyens de leur indépendance : le financement de l’information ne peut pas dépendre des annonces des lobbys. 

Pour comprendre/aller plus loin : chiffres-clés et écologie : le poids de l’alimentation

Références : 
Rapport I4CE
Le sixième rapport du GIEC
rapport IPBES 2019
Rapport Carbone 4 – Faire sa part ?

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