Changement climatique 2

Les émis­sions de gaz à effet de serre d’origine humaine sont dues à plus de 70 % à la con­som­ma­tion des ménages (PNUE, 2010). L’alimentation est le poste de con­som­ma­tion le plus impac­tant pour le cli­mat. En France, c’est près d’un tiers des émis­sions totales de gaz à effet de serre qui sont liées à notre sys­tème ali­men­taire (Jan­covi­ci J.M., 2010). Et par­mi les ali­ments con­som­més, la viande et les pro­duits ani­maux sont de loin les plus émet­teurs de gaz à effet de serre.

 

L’élevage est responsable de 14,5 % à 51 % des émissions globales de gaz à effet de serre selon les estimations.

Les études se suc­cè­dent depuis quelques années pour soulign­er l’impact dif­fus de l’industrie de l’élevage sur l’environnement et en par­ti­c­uli­er sur le change­ment cli­ma­tique. En 2006, l’Organisation mon­di­ale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) fait sen­sa­tion en affir­mant que l’élevage est respon­s­able de 18 % des émis­sions totales de gaz à effet de serre d’origine humaine (Ste­in­feld H. et al., 2006).

Trois ans plus tard, le World­watch Insti­tute pub­lie une étude qui réé­val­ue la part de l’élevage dans les émis­sions de gaz à effet de serre à 51 % (Good­land et al., 2009) ! Ce chiffre s’explique par la prise en compte par les auteurs de fac­teurs nég­ligés ou sous-estimés par la FAO, comme la res­pi­ra­tion des ani­maux, ain­si que par le change­ment de méth­ode de cal­cul du pou­voir de réchauf­fe­ment glob­al des dif­férents gaz à effet de serre.

En 2013, la FAO pub­lie un nou­veau rap­port qui con­clut à une part de l’élevage dans les émis­sions glob­ales éval­uées à 14,5 % (Ger­ber P.J. et al., 2013). À titre de com­para­i­son, l’ensemble des trans­ports est respon­s­able d’environ 15 % des émis­sions glob­ales de gaz à effet de serre.

Ces émis­sions provi­en­nent de toutes les étapes du proces­sus :

  • pro­duc­tion d’aliments pour les ani­maux ;
  • trans­port de ces ali­ments ;
  • gaz diges­tifs des bovins (fer­men­ta­tion entérique) ;
  • déjec­tions des ani­maux ;
  • util­i­sa­tion d’énergie sur les lieux d’élevage ;
  • trans­for­ma­tion des pro­duits ali­men­taires ;
  • ges­tion des déchets (car­casse…), etc.

Gaz à effet de serre

Don­nées : FAO, 2013

 

L’élevage est la principale source de méthane et de protoxyde d’azote, des gaz à effet de serre bien plus puissants que le dioxyde de carbone.

L’élevage est glob­ale­ment respon­s­able de 65 % du pro­toxyde d’azote (N2O) et de 37 % du méthane (CH4) issus des activ­ités humaines. Les émis­sions de pro­toxyde d’azote sont liées à la pro­duc­tion et à l’épandage des engrais néces­saires à la cul­ture du four­rage, et surtout aux rejets du fumi­er. Le méthane est prin­ci­pale­ment issu des bovins et autres rumi­nants, qui pro­duisent ce gaz à tra­vers leurs flat­u­lences.

Ces deux gaz ont la par­tic­u­lar­ité d’être très puis­sants en ter­mes de « pou­voir de réchauf­fe­ment glob­al ». Générale­ment cal­culés sur une durée de cent ans, le pou­voir de réchauf­fe­ment glob­al du N2O et celui du CH4 sont respec­tive­ment 265 fois et 28 fois plus impor­tants que celui du CO2 (1 kg de méthane rejeté dans l’atmosphère a le même effet, sur cent ans, que 28 kg de CO2).

Les vari­a­tions des émis­sions dues à l’élevage impactent donc de manière démul­ti­pliée le cli­mat par rap­port aux vari­a­tions d’autres sources de pol­lu­tion, comme les trans­ports, dont l’impact se mesure essen­tielle­ment en ter­mes d’émissions de CO2.

 

L’agriculture « paysanne » n’est malheureusement pas une panacée.

L’agriculture exten­sive est générale­ment présen­tée comme une solu­tion aux prob­lèmes envi­ron­nemen­taux générés par notre sys­tème ali­men­taire. Bien sûr, l’agriculture exten­sive, voire biologique, a d’énormes avan­tages envi­ron­nemen­taux mais, pour ce qui est du change­ment cli­ma­tique, les éle­vages exten­sifs sont respon­s­ables de plus des deux tiers des émis­sions de gaz à effet de serre de l’élevage (Ste­in­feld H. et al., 2006). Cela s’explique par les sur­faces mobil­isées par ces éle­vages (qui résul­tent sou­vent de la déforesta­tion) et, pour les rumi­nants, par le fait que ces ani­maux émet­tent plus de méthane que ceux élevés en éle­vage inten­sif en rai­son de leur régime ali­men­taire fondé sur l’herbe.

Certes, les prairies per­me­t­tent le stock­age du car­bone. Cepen­dant, celui-ci est large­ment annulé par les émis­sions de méthane des ani­maux qui y pais­sent. En out­re, il vaudrait mieux y laiss­er pouss­er des arbres puisque les prairies sont qua­tre fois moins effi­caces que les forêts pour séquestr­er le car­bone (INRA, 2008) !

 

La plupart des produits animaux, et surtout la viande de bœuf, sont les aliments les plus néfastes pour le climat.

La viande de bœuf est la den­rée pro­duisant, de loin, le plus d’émissions de gaz à effet de serre. Vien­nent ensuite la viande et le lait des petits rumi­nants et le lait de vache, la volaille et la viande porcine (Ger­ber P.J. et al., 2013). Mal­heureuse­ment, la viande et les pro­duits laitiers font par­tie des pro­duits qui pro­gressent le plus rapi­de­ment dans le régime humain au niveau mon­di­al. Les pro­duits végé­taux, y com­pris ceux à qual­ité nutri­tion­nelle com­pa­ra­ble aux pro­duits ani­maux, ont une empreinte net­te­ment plus légère sur le cli­mat.

 

Gaz à effet de serre 1

 

La pro­duc­tion de pois­son porte sa pro­pre part de respon­s­abil­ité car les activ­ités de pêche, en réduisant la bio­di­ver­sité marine, com­pro­met­tent la capac­ité des océans à réduire l’effet de serre. En effet, les écosys­tèmes marins sont de véri­ta­bles « puits de car­bone », c’est-à-dire des entités capa­bles de séquestr­er une par­tie du gaz car­bonique atmo­sphérique.

 

Le végétarisme : la solution alimentaire la plus efficace contre le changement climatique !

Chang­er notre mod­èle ali­men­taire s’impose comme une démarche incon­tourn­able si on veut lim­iter les impacts du dérè­gle­ment cli­ma­tique à venir. Les études mon­trent de manière très claire que s’alimenter de manière peu carnée, voire 100 % végé­tale, se révèle d’ailleurs net­te­ment plus effi­cace que de recourir à des régimes ali­men­taires d’origine locale, de sai­son ou biologiques, sou­vent pro­mus pour résoudre la ques­tion envi­ron­nemen­tale.

 

Changement climatique Changement climatique 1

De plus en plus de scientifiques appellent à une réduction globale de la consommation de viande et de produits laitiers.

Selon le Food Cli­mate Research Net­work :

  • « Manger moins de viande et de pro­duits laitiers, et con­som­mer à la place davan­tage d’aliments d’origine végé­tale, est le change­ment com­porte­men­tal le plus utile que l’on puisse faire en ter­mes de réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre à un niveau mon­di­al. » (Gar­nett T., 2008). 

Selon l’institut bri­tan­nique des rela­tions inter­na­tionales Chatham House :

  • « Con­tenir le réchauf­fe­ment cli­ma­tique en deçà de 2°C ne pour­ra se faire sans une réduc­tion glob­ale de la con­som­ma­tion de viande et de pro­duits laitiers. » (Bai­ley R. et al., 2014). 

Selon le Groupe­ment inter­gou­verne­men­tal sur l’évolution du cli­mat (GIEC) :

  • « Toutes les études [pris­es en compte dans ce rap­port] con­clu­ent que les régimes com­prenant une moin­dre part de pro­duits ani­maux (viande, œufs, laitages) sont moins émet­teurs de gaz à effet de serre et moins con­som­ma­teurs de ter­res, et représen­tent une amélio­ra­tion en ter­mes de nutri­tion, par rap­port aux régimes actuels. Moins les régimes con­ti­en­nent de la viande, moins ils ont d’impacts envi­ron­nemen­taux. Les régimes les moins émet­teurs de gaz à effet de serre sont les régimes véganes, suiv­is des régimes sans viande et ceux sans viande rouge. » (rap­port issu de la ren­con­tre d’experts du GIEC en mai 2015 sur le change­ment cli­ma­tique, l’alimentation et l’agriculture) (GIEC, 2015).

Favoriser le végétarisme constituerait une action non seulement très efficace mais aussi très abordable contre le changement climatique.

À l’inverse des solu­tions tech­niques ou tech­nologiques (par exem­ple en matière d’énergies renou­ve­lables), ce type d’approche par le com­porte­ment a le mérite de ne pas induire de coûts de mise en œuvre ou de recherche et développe­ment.

Il a été estimé qu’une réduc­tion de la con­som­ma­tion de viande au niveau des recom­man­da­tions en faveur de régimes plus sains per­me­t­trait de réduire de 50 % le coût glob­al de la lutte con­tre le change­ment cli­ma­tique, tan­dis qu’une ali­men­ta­tion végé­tal­i­enne général­isée per­me­t­trait d’économiser 80 % des coûts d’atténuation d’ici 2050 (dans le cas d’un objec­tif de lim­i­ta­tion du réchauf­fe­ment glob­al à 2°C) (Ste­hfest E. et al., 2009).

 

Pour en savoir plus :

 

Références

Les Amis de la Terre Europe, Hein­rich-Boll-stiftung, 2014. L’Atlas de la viande.

WWF, 2012. L’empreinte eau de la France.

FAO — Food and Agri­cul­ture Orga­ni­za­tion of the Unit­ed Nations, 2006. Live­stock Long Shad­ow. Envi­ron­men­tal issues and options. Ste­in­feld, Ger­ber, Wasse­naar, Cas­tel, Ros­ales, de Haan.

Sola­gro, 2016. Scé­nario Afterres2050.

Åström, S., Roth, S., Wranne, J., Jelse, K., Lind­blad, M., 2013. Food con­sump­tion choic­es and cli­mate change. IVL Swedish Envi­ron­men­tal Research Insti­tute Ltd, Göte­borg.

Bai­ley R., Frog­gatt A., Welles­ley L., 2014. Live­stock – Cli­mate Change’s For­got­ten Sec­tor Glob­al Pub­lic Opin­ion on Meat and Dairy Con­sump­tion. Chatham House. The Roy­al Insti­tute of Inter­na­tion­al Affairs.

Envi­ron­men­tal work­ing group, 2011. Meat eaters guide.

Food­watch, 2008. Organ­ic: A Cli­mate Sav­iour? The food­watch report on the green­house effect of con­ven­tion­al and organ­ic farm­ing in Ger­many.

Gar­nett T., 2008. Cook­ing up a storm: Food, green­house gas emis­sions and our chang­ing cli­mate, Report for the Food Cli­mate Research Net­work. Cen­tre for Envi­ron­men­tal Strat­e­gy, Uni­ver­si­ty of Sur­rey.

Ger­ber P.J., Ste­in­feld, H., Hen­der­son, B., Mot­tet, A., Opio, C., Dijk­man, J., Fal­cuc­ci, A., Tem­pio, G., 2013. Tack­ling cli­mate change through live­stock – A glob­al assess­ment of emis­sions and mit­i­ga­tion oppor­tu­ni­ties. Food and Agri­cul­ture Orga­ni­za­tion of the Unit­ed Nations (FAO).

GIEC, Groupe­ment inter­gou­verne­men­tal sur l’évolution du cli­mat, 2015. Meet­ing Report of the Inter­gov­ern­men­tal Pan­el on Cli­mate Change Expert Meet­ing on Cli­mate Change, Food, and Agri­cul­ture. Mas­tran­drea, M.D., K.J. Mach, V.R. Bar­ros, T.E. Bilir, D.J. Dokken, O. Eden­hofer, C.B. Field, T. Hiraishi, S. Kad­ner, T. Krug, J.C. Minx, R. Pichs­Madru­ga, G.-K. Plat­tner, D. Qin, Y. Sokona, T.F. Stock­er, M. Tign­or (eds.).World Mete­o­ro­log­i­cal Orga­ni­za­tion.

Good­land et al., 2009. Live­stock and Cli­mate Change: What if the key actors in cli­mate change are…cows, pigs, and chick­ens? In : World Watch Mag­a­zine, November/December, Vol­ume 22, No. 6.

INRA, Insti­tut nation­al de la recherche agronomique, 2008. Un exem­ple de recherche : Prairies, effet de serre et change­ment cli­ma­tique. www1.clermont.inra.fr/urep/fgep/changementclimat.htm

Jan­covi­ci J.M., 2010. Com­bi­en de gaz à effet de serre dans notre assi­ette ?, www.manicore.com/documentation/serre/assiette.html

PNUE, Pro­gramme des Nations unies pour l’environnement, 2010. Assess­ing the Envi­ron­men­tal Impacts of Con­sump­tion and Pro­duc­tion.

Ste­in­feld H. Ger­ber P. Wasse­naar T. Cas­tel V. et al., 2009. L’ombre portée de l’élevage. Organ­i­sa­tion mon­di­ale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).