L’alimentation a un lourd impact sur le changement climatique. En France, c’est environ un tiers des émissions totales de gaz à effet de serre qui sont liées à notre système alimentaire. Et parmi les aliments consommés, la viande et les autres produits animaux sont de loin les plus émetteurs de gaz à effet de serre.

État des lieux

L’élevage est responsable de 14,5 % à 51 % des émissions globales de gaz à effet de serre selon les estimations.

Les études se succèdent depuis quelques années pour souligner l’impact diffus de l’industrie de l’élevage sur l’environnement et en particulier sur le changement climatique. En 2006, l’Organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) fait sensation en affirmant que l’élevage est responsable de 18 % des émissions totales de gaz à effet de serre d’origine humaine.1

Trois ans plus tard, le Worldwatch Institute publie une étude qui réévalue la part de l’élevage dans les émissions de gaz à effet de serre à 51 % !2 Ce chiffre s’explique par la prise en compte par les auteurs de facteurs négligés ou sous-estimés par la FAO, comme la respiration des animaux, ainsi que par le changement de méthode de calcul du pouvoir de réchauffement global des différents gaz à effet de serre.

En 2013, la FAO publie un nouveau rapport qui conclut à une part de l’élevage dans les émissions globales évaluées à 14,5 %3. À titre de comparaison, l’ensemble des transports est responsable d’environ 15 % des émissions globales de gaz à effet de serre.

Les émissions liées à l’élevage proviennent de toutes les étapes du processus :

  • production d’aliments pour les animaux ;
  • transport de ces aliments ;
  • gaz digestifs des bovins (fermentation entérique) ;
  • déjections des animaux ;
  • utilisation d’énergie sur les lieux d’élevage ;
  • transformation des produits alimentaires ;
  • gestion des déchets (carcasse…).

Ferme de vaches laitières. Crédit: Pixabay.

L’élevage est la principale source de méthane et de protoxyde d’azote, des gaz à effet de serre bien plus puissants que le dioxyde de carbone.

Figure 1 : Émissions de gaz à effet de serre issues de l’élevage. Données : FAO, 2013.

L’élevage est globalement responsable de 65 % du protoxyde d’azote (N2O) et de 37 % du méthane (CH4) issus des activités humaines. Les émissions de protoxyde d’azote sont liées à la production et à l’épandage des engrais nécessaires à la culture du fourrage, et surtout aux rejets du fumier. Le méthane est principalement issu des bovins et autres ruminants, qui produisent ce gaz à travers leurs flatulences.

Ces deux gaz ont la particularité d’être très puissants en termes de « pouvoir de réchauffement global ». Généralement calculés sur une durée de cent ans, le pouvoir de réchauffement global du N2O et celui du CH4 sont respectivement 265 fois et 25 fois plus importants que celui du CO2 (autrement dit, 1 kg de méthane rejeté dans l’atmosphère a le même effet, sur cent ans, que 25 kg de CO2 – chiffres du CITEPA).

Les variations des émissions dues à l’élevage impactent donc de manière démultipliée le climat par rapport aux variations d’autres sources de pollution, comme les transports, dont l’impact se mesure essentiellement en termes d’émissions de CO2.

L’élevage est de loin le secteur le plus grand consommateur de surface terrestre et le principal responsable de la déforestation.

La viande, les produits laitiers, les œufs et les poissons d’élevage représentent 37 % des protéines et 18 % des calories ingérées mais contribuent pour au moins 56 % aux diverses émissions polluantes liées à l’alimentation et mobilisent 83% des terres agricoles dans le monde4. La mobilisation de cet espace se fait en grande partie par la conversion des forêts. 91 % des terres boisées de l’Amazonie ont disparu au profit de pâturages ou de la production de soja qui sera exportée pour nourrir le bétail dans différentes parties du monde. Cette déforestation contribue à libérer les vastes quantités de carbone stockées par la forêt (Steinfeld H. et alii, op. cit.).

Des alternatives peu satisfaisantes

Produire de la viande à partir d’animaux nourris aux céréales et au soja est une manière inefficace et polluante de produire de la nourriture…

Aujourd’hui, 40% de la récolte de céréales dans le monde est utilisé pour nourrir les animaux d’élevage5. Or, la majeure partie des calories ingérées par les animaux leur est utile pour grandir, se mouvoir et développer des parties de leurs corps qui ne seront pas consommées par les humains. En conséquence, selon différents calculs, 10 à 25 kg d’aliments sont nécessaires pour produire seulement 1 kg de viande de bœuf.

La production de ces grandes quantités d’aliments destinées aux animaux d’élevage constitue un grand gaspillage. Elle contribue à l’émission de gaz à effet de serre non seulement à travers la déforestation mais aussi par la consommation d’énergie et d’engrais qu’elle suscite.

…Mais l’agriculture « paysanne » n’est malheureusement pas une panacée.

L’agriculture extensive est généralement présentée comme une solution aux problèmes environnementaux générés par notre système alimentaire. Bien sûr, l’agriculture extensive, voire biologique, a d’énormes avantages environnementaux mais, pour ce qui est du changement climatique, les élevages extensifs sont responsables de plus des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre de l’élevage (Steinfeld H. et alii, op. cit.). Cela s’explique par les surfaces mobilisées par ces élevages (qui résultent souvent de la déforestation) et, pour les ruminants, par le fait que ces animaux émettent plus de méthane que ceux élevés en élevage intensif en raison de leur régime alimentaire fondé sur l’herbe.

Certes, les prairies permettent le stockage du carbone. Cependant, celui-ci est largement annulé par les émissions de méthane des animaux qui y paissent. En outre, il vaudrait mieux y laisser pousser des arbres puisque les prairies sont quatre fois moins efficaces que les forêts pour séquestrer le carbone6 !

Résultat : la plupart des produits animaux (et surtout la viande de bœuf), quel que soit leur mode de production, sont les aliments les plus néfastes pour le climat.

La viande de bœuf est la denrée produisant, de loin, le plus d’émissions de gaz à effet de serre. Viennent ensuite la viande et le lait des petits ruminants et le lait de vache, la volaille et la viande porcine (op. cit.). Malheureusement, la viande et les produits laitiers font partie des produits dont la consommation augmente le plus au niveau mondial. Les produits végétaux, y compris ceux à qualité nutritionnelle comparable aux produits animaux, ont une empreinte nettement plus légère sur le climat (voir figure 2).

Figure 2 : Émissions de Gaz à effet de serre par kilogramme d’aliment par kg équivalent CO2
Source : Meat Eater’s Guide Environmental Working Group, 2011.

La production de poisson porte sa propre part de responsabilité car les activités de pêche, en réduisant la biodiversité marine, compromettent la capacité des océans à réduire l’effet de serre. En effet, les écosystèmes marins sont de véritables « puits de carbone », c’est-à-dire des entités capables de séquestrer une partie du gaz carbonique atmosphérique.

Une solution incontournable

Le végétarisme : la solution alimentaire la plus efficace contre le changement climatique !

Changer notre modèle alimentaire s’impose comme une démarche incontournable si on veut limiter les impacts du dérèglement climatique à venir. Les études montrent de manière très claire que s’alimenter de manière peu carnée, voire 100 % végétale, se révèle d’ailleurs nettement plus efficace que de recourir à des régimes alimentaires d’origine locale, de saison ou biologiques, souvent promus pour résoudre la question environnementale.

Figure 3 : pourcentage de réduction de gaz à effet de serre par rapport à un régime omnivore standard
Source : études Åström S. et alii, 2013 et Foodwatch, 2008.

De plus en plus de scientifiques appellent à une réduction drastique de la consommation de viande et de produits laitiers.

Selon le réseau britannique Food Climate Research Network : « Manger moins de viande et de produits laitiers, et consommer à la place davantage d’aliments d’origine végétale, est le changement comportemental le plus utile que l’on puisse faire en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre à un niveau mondial ».7

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) reconnait lui-même que « moins les régimes contiennent de la viande, moins ils ont d’impacts environnementaux. Les régimes les moins émetteurs de gaz à effet de serre sont les régimes véganes, suivis des régimes sans viande et ceux sans viande rouge ».8

Le scénario Afterres 2050 de l’association Solagro préconise une diminution par deux de la consommation de viande en France.9 De manière similaire, Greenpeace, dans son rapport « Moins mais mieux », appelle à une réduction de 50 % de la production et de la consommation de produits d’origine animale d’ici à 2050 par rapport à la situation actuelle.10

Enfin, en 2017, plus de 15 000 éminents scientifiques issus de 184 pays ont publié la tribune « Avertissement à l’humanité ». Le collectif a fait 18 préconisations pour sauver la planète, parmi lesquelles « promouvoir une transition vers un régime alimentaire majoritairement végétal ».11

Favoriser le végétarisme constituerait une action non seulement très efficace mais aussi très abordable contre le changement climatique.

À l’inverse des solutions techniques ou technologiques (par exemple en matière d’énergies renouvelables), ce type d’approche par le comportement a le mérite de ne pas induire de coûts de mise en œuvre ou de recherche et développement.

Il a été estimé qu’une réduction de la consommation de viande au niveau des recommandations en faveur de régimes plus sains permettrait de réduire de 50 % le coût global de la lutte contre le changement climatique, tandis qu’une alimentation végétalienne généralisée permettrait d’économiser 80 % des coûts d’atténuation d’ici 2050 (dans le cas d’un objectif de limitation du réchauffement global à 2 °C).12

 

Article conçu par la Commission Écologie de l’AVF, également disponible en version A4 pdf, à télécharger ici.

Pour aller plus loin

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  1. Steinfeld H. et alii, « Livestock Long Shadow. Environmental issues and options », FAO, 2006.
  2. Goodland et alii, « Livestock and Climate Change: What if the key actors in climate change are… cows, pigs, and chickens? » In : World Watch Magazine, 2009, vol. 22, n°6.
  3. Gerber P.J. et alii, « Tackling climate change through livestock – A global assessment of emissions and mitigation opportunities », FAO, 2013.
  4. Poore J., Nemecek T., « Reducing food’s environmental impact through consumers and producers » Science, 2018.
  5. Zimmer D., L’empreinte eau, les faces cachées d’une ressource vitale, éd. Charles Léopold Mayer, 2013.
  6. INRA, « Un exemple de recherche : Prairies, effet de serre et changement climatique », 2008.
  7. Garnett T., « Cooking up a storm: Food, greenhouse gas emissions and our changing climate », Report for the Food Climate Research Network. Centre for Environmental Strategy, University of Surrey, 2008. 
  8. « IPCC Expert Meeting on Climate Change, Food, and Agriculture », rapport issu de la rencontre d’experts du GIEC sur le changement climatique, l’alimentation et l’agriculture, Dublin, mai 2015.
  9. « Scénario Afterres 2050 », Solagro, version 2016. 
  10. « Moins mais mieux — Moins de viande et de produits laitiers pour une planète en bonne santé », Greenpeace, 2018. 
  11. Ripple W.J et alii, « World Scientists’ Warning to Humanity: A Second Notice », BioScience, 2017.
  12. Stehfest E. et alii, « Climate benefits of changing diet », Climatic Change, juillet 2009, vol 95.