SNBC 3 : l’élevage à peine concerné ?

03 août

COMMUNIQUÉ DE PRESSE Paris, lundi 3 août 2026

SNBC 3 : le gouvernement refuse toujours d’aborder le rôle de l’élevage dans la transition climatique

L’Association Végétarienne de France appelle à transformer l’objectif de doublement des légumineuses en véritable politique agricole : financement, structuration de la filière et débouchés.

Alors que l’élevage représente près de 20 % des émissions françaises de gaz à effet de serre, l’adoption de la 3ᵉ Stratégie Nationale Bas Carbone confirme un renoncement : sur les sept secteurs d’action étudiés, l’agriculture porte l’objectif de réduction le moins ambitieux.

Un « incompressible » qui ne l’est pas

L’élevage représente 59 % des émissions de gaz à effet de serre dues à l’agriculture, la majorité provenant de la fermentation entérique des bovins. La SNBC 3 qualifie ce facteur d’« incompressible » et construit sa trajectoire sur cette hypothèse : aucune mesure du document ne vise directement une diminution du cheptel. On y trouve des leviers techniques, limitation des importations de soja, développement du pâturage, couverture des fosses à lisier, sélection génétique, mais pas de cap sur le nombre d’animaux élevés.

L’exercice n’en est pas moins inintéressant et révèle un enseignement majeur : sans baisse du cheptel, pas de baisse significative possible des émissions de GES du secteur agricole malgré les nombreuses mesures détaillées dans la nouvelle SNBC.

Ne tombons pas dans le raccourci qui consisterait à reporter la consommation des produits animaux des ruminants vers les autres espèces. Si les productions porcines et avicoles sont certes moins émettrices de GES, elles sont construites sur un modèle quasi exclusivement industriel, source d’immenses souffrances pour les animaux et qui aggravent les enjeux de souveraineté alimentaire et de sécurité sanitaire.

Cela doit nous interpeller et nous faire ouvrir les yeux sur cet impératif : réduire notre production et donc notre consommation de produits animaux est incontournable.

Ce n’est pas une idée nouvelle, ni un dogme militant : déjà, le scénario Afterres 2050 publié par Solagro en novembre 2025 montre qu’une réduction de 49 % du cheptel bovin permettrait malgré tout de couvrir les besoins alimentaires de l’ensemble de la population. L’ADEME, dans son rapport Transition(s) 2050, envisage de son côté une baisse de 50 à 70 % de la consommation de viande d’ici 2050.

En retenant l’hypothèse que les émissions liées à la fermentation entérique sont largement incompressibles, la SNBC écarte de fait le levier de la réduction du cheptel, pourtant mobilisé par plusieurs scénarios prospectifs.

Un objectif recyclé, pas une nouvelle ambition : le doublement des surfaces en légumineuses

La SNBC 3 fixe un objectif de doublement de la surface agricole consacrée aux légumineuses entre 2020 et 2030. Ce chiffre n’est pas nouveau : il s’agit très exactement de l’objectif déjà fixé par la stratégie nationale protéines végétales de décembre 2020, qui visait de doubler les surfaces pour atteindre 2 millions d’hectares à horizon 2030, et qui était alors dotée de 100 millions d’euros sur deux ans, fléchés précisément vers les trois leviers que l’on retrouve, ou plutôt que l’on ne retrouve pas chiffrés, dans la SNBC 3 : structuration de filière (50 M€), investissements amont chez les agriculteurs (20 M€) et recherche variétale et innovation (20 M€), auxquels s’ajoutaient 3 M€ pour la promotion de la consommation.

Six ans plus tard, la SNBC 3 reconduit la même cible sans dresser le bilan de cette première séquence de financement ni annoncer les moyens qui permettront, cette fois, de l’atteindre. Aucun montant, aucun calendrier de déploiement, aucun dispositif de suivi comparable à celui de 2020 n’apparaît dans le document. Reprendre un objectif sans en évaluer l’exécution ni le redoter n’est pas une preuve d’ambition, c’est l’absence d’un plan d’exécution pour un cap déjà connu.

« La SNBC 3 reprend un objectif fixé il y a déjà six ans, mais sans expliquer pourquoi il n’a pas encore été atteint ni comment il compte l’être demain. Une ambition sans plan d’exécution reste une déclaration d’intention. Pour réussir la transition agricole, la France doit enfin se donner les moyens de sa politique concernant les protéines végétales : investir dans la sélection variétale pour adapter les légumineuses aux différents terroirs et sécuriser les rendements, construire les filières et garantir des débouchés aux producteurs. »

Juliette Parade, Directrice de l’Association Végétarienne de France

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