Un article de Sophie Choquet, paru dans la revue Alternatives végétariennes n°122, hiver 2015–2016, rubrique Quésako — le végétarisme expliqué à mes proches.

Vous débarquez dans la communauté végé. Bienvenue ! Dans cette grande « famille », les pratiques alimentaires, les motivations et les profils sont très variés. Et les mots pour le dire le sont aussi. Les végés ont leur jargon (soyons précis : leur sociolecte), leurs codes écrits et oraux, leurs raccourcis. Décryptons-les.

flexi — raccourci pour flexitarien,-ne, utilisé en substantif ou adjectif : « Avec les recettes du site 1,2,3 Veggie, elle est facilement devenue flexi ».

omni — raccourci pour omnivore, utilisé en substantif ou adjectif : « J’ai emmené mon meilleur ami omni dans ce resto végé, il a adoré. »

pescétarien (ou pesco-végétarien) — rappelons-le encore : quelqu’un qui mange du poisson et des crustacés n’est pas un « vrai » végé. Son régime a un nom, le pescétarisme (heureusement qu’on ne l’emploie pas tous les jours celui-là. En anglais, c’est encore plus long: pescetarianism).

végé — employée comme substantif ou adjectif, cette abréviation (soyons précis : par apocope) est doublement pratique. D’abord, reconnaissons que les végés ne sont pas gâtés pour se définir, avec un mot de quatre syllabes – et même cinq, au féminin. Et surtout, cette forme courte inclusive, ne distinguant pas entre végétarien et végétalien, est plus fédératrice. Elle s’emploie avantageusement comme terme générique.

végéta*ien, végéta*ienne — à l’écrit, ce bel astérisque remplace les lettres r et l, prenant en compte la distinction possible entre régimes végétarien et végétalien, sans discrimination.

vgr, vgl (ou vgR, vgL) — abréviations pour végétarien et végétalien, surtout utilisées en sms et sur les réseaux sociaux (rien à voir, donc, avec les extensions de fichier .vgr ou .vgl).

veggie — cet anglicisme se prononce [vèdji], et non pas [végui], merci ! On le préfère parfois au français végé pour son acoustique plus sautillante et féminine, son potentiel d’esthétique graphique ou son usage plus international.

vegan, ou mieux : végane — accrochez-vous, c’est complexe, à la fois au niveau du signifié (sens) et du signifiant (forme). Le français dispose de deux mots quand l’anglais n’en a qu’un seul pour décrire à la fois le régime alimentaire et le mode de vie éthique excluant toute exploitation des animaux. Mais il s’approprie de plus en plus le terme anglais, perçu comme universel, plus fun, et surtout vierge de tout préjugé, sans la connotation souvent négative associée au mot végétalien. L’emprunt vegan est donc flottant et parfois source de confusion en français : soit il désigne le concept moral, soit il est pris comme simple synonyme de végétalien.
Sur la forme : précisons d’abord que vegan se dit [vigueune] en anglais. Du coup, on ne sait pas comment le prononcer en français. Non, [végan] ne lui va pas comme un gant. On a tout intérêt à adopter la graphie végane, qui a le mérite de clarifier la prononciation. Végane est désormais reconnu par le Petit Robert, ainsi que par la nouvelle édition du dictionnaire officiel du scrabble (crions victooiiiire !). Autre atout, végane est un terme épicène, c’est-à-dire non marqué du point de vue du genre, identique au masculin et au féminin. Parfois, la langue française sait simplifier – oui, elle peut le faire, alors profitons-en !

Ce lexique n’est pas exhaustif. D’autres néologismes cherchent leur place dans la presse, les blogs et les réseaux sociaux. Car on aime fabriquer des étiquettes, on veut exprimer son identité : « Ça, c’est de la veggie-junk ». « Il était déjà à tendance crudi, et maintenant il est fruitalien, enfin frugivore si tu préfères » (heu… oui).

Vous n’avez pas tout vu. Certains s’essayent au sproutarianisme. Si, ça existe. Vous savez que Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir ?…
Pour en savoir plus : www.lesmotsduvegetarisme.fr

 

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