Un article issu du blog The Vegan Strategist de Tobias Leenaert (2 août 2016), traduit par Sylvie Schmiedel.

Pour com­pren­dre la dif­férence entre nous autres végé­tariens, véganes, ou défenseurs des ani­maux, et le reste du monde, on peut pren­dre comme repère le fameux mod­èle de “dif­fu­sion de l’innovation”, qui tente d’analyser la vitesse à laque­lle les idées nova­tri­ces et les nou­velles tech­nolo­gies se dif­fusent au sein d’une pop­u­la­tion.

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Mod­èle de dif­fu­sion de l’innovation. De gauche à droite : les inno­va­teurs / les précurseurs / la majorité pro­gres­siste / la majorité lente / les retar­dataires.

Prenez l’exemple de la courbe d’achat d’un smart­phone, et essayez de trou­ver dans quelle caté­gorie vous vous situez. Si vous avez atten­du cette année pour acheter un smart­phone, vous faites prob­a­ble­ment par­tie de la “majorité lente” (voire des “retar­dataires”), c’est-à-dire des gens qui met­tent du temps à adopter une nou­veauté et atten­dent que la majorité de la pop­u­la­tion s’y soit mise. Si vous avez un smart­phone depuis longtemps, vous êtes alors par­mi les “inno­va­teurs” ou les “précurseurs”.

En ce qui nous con­cerne, végé­tariens, véganes, ou engagés dans la pro­tec­tion ani­male, nous faisons par­tie des “inno­va­teurs” en matière ali­men­taire (on peut bien sûr faire par­tie des “inno­va­teurs” pour ce qui est des smart­phones tout en étant classé “retar­dataire” pour ce qui est des nou­veaux régimes ali­men­taires).

On peut not­er que ce ne sont pas les mêmes moti­va­tions ou les mêmes inquié­tudes qui motivent les choix de ces dif­férentes caté­gories d’individus, mais il serait erroné de penser qu’on peut ral­li­er les “retar­dataires” en util­isant les argu­ments qui ont con­va­in­cu les “inno­va­teurs” ou les “précurseurs”.

Ain­si, la plu­part de nos conci­toyens tien­nent à rester “comme tout le monde”, et dans leurs choix ali­men­taires aus­si, ils ne veu­lent pas être perçus comme “sec­taires”. Selon une étude réal­isée par Fau­n­a­lyt­ics et por­tant sur les ex-végé­tariens et ex-véganes, 63% des per­son­nes inter­rogées ont répon­du qu’elles n’avaient pas appré­cié le fait d’être mis­es à l’écart à cause de leur régime ali­men­taire.

Avant de se lancer, beau­coup de gens atten­dent d’avoir la cer­ti­tude que le change­ment de régime ali­men­taire (ou d’ailleurs de télé­phone, comme dans notre exem­ple…) n’est pas dan­gereux. En tant que végé, on a tous eu un jour la désagréable impres­sion d’être un drôle d’oiseau rare, et cer­taines per­son­nes ont du mal à assumer cela psy­chologique­ment; un aspect qu’il ne faut surtout pas nég­liger.

Seth Godin, le célèbre gourou du mar­ket­ing, l’explique de la manière suiv­ante : “Les dis­trib­u­teurs font sou­vent l’erreur suiv­ante : ils pro­posent leurs idées bizarres à des gens qui n’aiment pas l’innovation, au lieu de les aider à évoluer pro­gres­sive­ment.” Voilà pourquoi une bonne façon de con­tribuer à faire chang­er les choses con­siste à essay­er de touch­er un max­i­mum de per­son­nes à l’aide d’un mes­sage sim­pli­fié, en leur pro­posant notam­ment de pren­dre part à l’opération Meat­less Mon­day (“Lun­di Veg­gie”).

On a sou­vent ten­dance à croire qu’on va réus­sir à con­va­in­cre en util­isant les argu­ments-mêmes qui nous ont con­va­in­cus. On pense ain­si que tel ou tel argu­ment étant à nos yeux incon­tourn­able, nos inter­locu­teurs vont néces­saire­ment se laiss­er séduire… Mais tout le monde n’a pas for­cé­ment envie de se laiss­er con­va­in­cre par une argu­men­ta­tion infail­li­ble. En par­ti­c­uli­er dans le domaine ali­men­taire, et a for­tiori dans le cas de la viande, on réag­it sou­vent de manière irra­tionnelle, en faisant absol­u­ment tout, y com­pris en restant sourd à toutes les mis­es en garde, pour con­tin­uer à con­som­mer un plat qu’on adore depuis sa plus ten­dre enfance, tout sim­ple­ment car cela rime avec bien-être famil­ial et con­vivi­al­ité.


À lire égale­ment, d’autres arti­cles de Tobias Leenaert, traduits de l’anglais :

Pourquoi être végane, ce n’est pas une atti­tude rad­i­cale?

Et si la pro­mo­tion du végan­isme ne venait pas des véganes eux-mêmes ?

Deux semi-véganes valent-ils un végane?

« Qu’ils man­gent donc de la viande in vit­ro! Inter­view de Cor Van Der Weele, chercheuse et pro­fesseure aux Pays-Bas ».