« Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral? » C’était l’un des sujets de l’épreuve de philo du bac littéraire.
L’AVF, particulièrement concernée par les questions d’éthique animale, vous présente un corrigé détaillé possible, préparé par Anaïs Bourgeois, agrégée de philosophie.

 

Introduction

Le respect pour l’être vivant qu’est l’homme semble aller de soi. Au nom d’une différence de nature entre les humains et les animaux, le respect serait réservé aux humains.

Cependant, l’indifférence à l’égard des animaux semble reculer. De nombreuses personnes se sentent de plus en plus concernées par la manière dont les animaux sont traités. Cette prise de conscience semble liée à la prise en compte de la capacité à souffrir des animaux. La sensibilité, commune aux humains et aux animaux, ne fonderait-elle pas un devoir moral envers eux tous ? Au sein des êtres vivants, les êtres sensibles devraient être reconnus dans leur spécificité : identifier la souffrance comme critère moral impliquerait de distinguer les animaux des végétaux. Les animaux ne doivent-ils pas être reconnus comme des individus et des sujets d’une vie (« tout être vivant »), à ce titre dignes de respect ? La vie de chaque être sensible ne doit-elle pas être reconnue à valeur égale du fait même que tout être a un intérêt à ne pas souffrir ? Vivre pour un être sensible, n’est-ce pas, par là même, revendiquer sa vie et donc le respect de cette vie unique ? Si tel est le cas, ne nous faut-il pas conformer nos conduites à ce sentiment du respect en cessant de faire souffrir les animaux par leur exploitation ? Ne serait-il pas souhaitable de laisser jouir les animaux de leur vie de façon gratuite sans les asservir à des fins humaines (alimentation, expérimentation, divertissement) ?

Le respect dû à tout être sensible ne serait-il pas l’occasion féconde et salvatrice pour sortir d’une relation utilitaire au monde ? Au lieu d’être exploitée, la nature devrait être préservée. Puisque tous les êtres vivants (humains, animaux et végétaux) sont en relation, ne faudrait-il pas respecter toutes les formes de vie dans ce but de protection de la nature ? Une prise de conscience écologique n’est-elle pas nécessaire pour laisser une planète viable aux générations futures ? L’exigence morale ne se transforme-t-elle pas alors en responsabilité politique envers la nature pour produire des changements réels dans la société et les conduites individuelles ? Les humains, en révélant le meilleur d’eux-mêmes grâce à cette éthique élargie, ne prouvent-ils pas leur valeur morale, ce qui forcerait le respect de tous ?

 

Seul l’être humain serait digne de respect.

Pour Descartes, le vivant n’a pas à être respecté mais à être connu scientifiquement. Cela renvoie à ce qu’on appelle la théorie de l’animal-machine. Le vivant peut être expliqué selon les principes mécaniques de la physique. Le vivant n’est pas autre chose qu’un assemblage, certes très complexe, de parties (tuyaux, ressorts, pistons) en mouvement. Le connaître scientifiquement, c’est étudier les lois de ce mouvement. La mort d’un être vivant (homme ou animal) est comparée à la panne définitive d’une montre ou d’un automate en raison de la défaillance d’une de ses parties. Mais pour Descartes, l’homme n’est pas un simple vivant : il a une âme, pas seulement un corps. L’homme, en tant qu’être pensant, se distingue de tous les être vivants. L’homme serait donc supérieur à tous les autres vivants. La science n’étant pas séparable de ses applications techniques, la connaissance du vivant conduit à légitimer l’utilisation des animaux aux services des fins humaines : en quoi un pur mécanisme pourrait-il être objet de respect ?

Il n’est pas nécessaire de réduire le vivant à un pur mécanisme pour évincer les animaux de la morale. Kant pense le vivant comme un organisme qui a la capacité de s’auto-organiser. La force motrice (principe de transmission du mouvement) ne peut suffire à expliquer le vivant. C’est la force formatrice qui permet de comprendre les spécificités du vivant, à savoir la reproduction, la croissance, la régénération. Le vivant a une force interne qui lui permet de poursuivre ses propres fins de reproduction et de conservation. Cette spécificité du vivant ne change rien sur le plan moral : Kant refuse le respect aux animaux. Seul l’homme a une dignité en tant que fin en soi. Cette valeur intrinsèque fonde le respect qui nous interdit de considérer les hommes comme de simples moyens : « Agis de façon que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen », Fondements de la métaphysique des moeurs. Chaque personne a une égale dignité en tant qu’homme, à savoir en tant qu’être raisonnable capable de se poser une fin morale : il ne faut pas s’oublier soi-même dans ce respect de l’humanité. Ce respect étant absolu et inconditionnel, même un homme moralement mauvais doit être respecté en tant qu’homme. Pour Kant, il n’y a aucun problème à utiliser les animaux comme de simples moyens. Un animal n’est pas plus digne de respect qu’une pomme de terre. L’élevage et l’agriculture nous donnent le droit de les exploiter car ils sont notre propriété : « l’on peut dire des plantes (par exemple, des pommes de terre) et des animaux domestiques, dans la mesure où, du point de vue de leur abondance, ils constituent l’oeuvre de l’homme, qu’on est en droit de les utiliser, de les exploiter et de les consommer (de les faire abattre) », Métaphysique des moeurs. Les animaux et les végétaux n’auraient pas à être distingués du point de vue de leur valeur morale.

Kant admet tout de même qu’il ne faut pas maltraiter inutilement les animaux. Par exemple, il condamne le fait de faire mourir d’épuisement les animaux au travail. Mais il ne les respecte par pour autant en reconnaissant leur valeur intrinsèque. Il s’agit là seulement d’un devoir indirect envers l’humanité qui vise à ne pas exporter la cruauté envers les animaux dans nos rapports avec les humains. Les animaux, jugés inférieurs aux humains par nature, sont toujours subordonnés aux intérêts humains.

D’un point de vue moral, considérer le vivant comme une machine (Descartes) ou un organisme (Kant) ne change rien. L’animal n’est jamais jugé digne de respect. Mais le respect exclusivement réservé aux humains n’est-il pas l’expression de la prétention humaine à se sentir supérieur au reste des vivants ? La continuité entre les humains et les animaux ne doit-elle pas au contraire être pensée puisqu’ils ont une commune capacité à souffrir ? Nous pourrions alors sortir d’une conception privative de l’animal, toujours pensé dans ce qu’il n’a pas par rapport à l’homme ? D’ailleurs, le mot « animal » n’est-il pas lui-même porteur de ce préjugé ? En effet, ce mot générique regroupe tous les animaux, indistinctement, par opposition à l’homme. Il nous empêche de les considérer comme des individualités propres qui ont intérêt à ne pas souffrir.

 

Les animaux doivent être reconnus comme des êtres sensibles et des sujets d’une vie à respecter.

Si le respect est restreint aux vivants humains, c’est parce que le critère est choisi par l’homme et pour l’homme : c’est celui de la rationalité. Bentham, représentant de la pensée utilitariste, nous propose de substituer la sensibilité à la rationalité : « La question n’est pas « peuvent-ils raisonner ? », ni « peuvent-ils parler ? » mais « peuvent-ils souffrir ? » », Introduction aux principes de morale et de législation. Au lieu de rechercher le propre de l’homme, nous avons une autre possibilité : penser la continuité entre les hommes et les animaux à partir de notre commune sensibilité. La capacité à éprouver de la souffrance et du plaisir fonde un devoir moral envers tous les êtres sensibles. La souffrance étant toujours vécue par un être en particulier, elle nous conduit donc à penser chaque  animal dans son individualité. Les animaux doivent donc être reconnus comme des membres à part entière de la communauté morale. Soulignons d’ailleurs que ce respect accordé à la sensibilité des animaux serait également profitable à la manière dont nous traitons les hommes. En effet, Il n’y a pas d’étanchéité morale entre les êtres sensibles comme le remarque Marguerite Yourcenar : « L’homme a peu de chances de cesser d’être un tortionnaire pour l’homme, tant qu’il continuera à apprendre sur l’animal son métier de bourreau. », Lettres à ses amis et quelques autres. Respecter les êtres sensibles, c’est respecter à la fois les humains et les animaux. Ne pas respecter les uns conduit souvent à ne pas respecter les autres. Ceux qui sont sensibles à la souffrance animale sont également sensibles à la souffrance humaine. Le documentaire Entrée du personnel de Manuela Frésil racontent les vies d’ouvriers dans un abattoir industriel, autrement dit une usine de mise à mort. La souffrance des animaux est ce qui frappe et choque en premier. Mais les ouvriers, eux aussi, vivent un cauchemar. Comme tout travail à la chaîne, leur travail est déshumanisant. Mais par dessus le marché, ils sont confrontés à la souffrance des animaux. Pour faire le travail d’abattage, il n’y a pas d’autres solutions que de ne plus penser à cette souffrance des animaux et de tenter de s’y habituer en s’insensibilisant. Mais ce n’est pas aussi simple. Dans sa note d’intention, Manuela Frésil précise « Souvent ils (les ouvriers) me disaient que la mort des bêtes ne leur faisait plus rien, qu’ils y étaient habitués. Mais je les entendais aussi parler de leurs cauchemars, des images qui revenaient après le travail, pendant leur sommeil, comme si la mort des bêtes les rattrapait… ». Respecter tout être vivant, c’est donc reconnaître notre commune sensibilité avec les animaux et leur souffrance que nous ressentons dans notre chair.

Cette continuité établie entre les hommes et les animaux ne nous conduit-elle pas à distinguer la vie végétale de la vie animale, contrairement à Kant qui les rapprochait, empêchant ainsi d’accorder un statut moral aux animaux ? En effet, les plantes et les animaux ont un rapport au monde très différent. Florence Burgat, dans Liberté et inquiétude de la vie animale, Editions Kimé, Paris, 2006, souligne la nécessité de penser la rupture entre la vie animale et la vie végétale : « Si le vivant produit une rupture ontologique avec l’inorganique, la vie animale constitue le moment d’une seconde rupture de même ordre avec le végétal », p17. Cette rupture est faite à partir de l’observation des différentes manifestations de la vie chez les végétaux et chez les animaux. Florence Burgat cite Hegel qui remarque que l’animal est agité par « un sentiment inquiet, anxieux, malheureux ». La plante, de par son immobilité, n’a pas le sentiment de soi. L’animal, mobile, est toujours à distance des fins qu’il poursuit et qui peuvent lui échapper. Dans cette exploration active et risquée de son environnement, des émotions surgissent. Le sentiment de soi se révèle dans cette conquête perpétuelle pour maintenir l’intégrité de sa vie. Rien n’est donné à l’animal, il doit se débattre chaque instant avec son environnement plus ou moins hostile. L’ardeur qu’un animal met à cette tâche témoigne de la force de l’attachement à sa vie. En ce sens, il ne peut qu’être reconnu comme le sujet d’une vie, la sienne, qu’il s’efforce de perpétuer. N’est-ce pas être insensible et même inhumain que de ne pas éprouver du respect pour les animaux qui, comme l’affirme Florence Burgat, « doivent en quelque sorte vouloir leur vie » (p18) ? Toute vie, trajectoire unique et fragile, mérite notre respect. La vie de chaque animal a une valeur car un animal n’est pas le simple représentant interchangeable d’une espèce mais un être unique qui ne demande qu’à vivre pleinement sa vie. N’est-ce pas le moins que nous puissions faire que de le laisser vivre sa vie ?

Tirons les conséquences pratiques de nos analyses précédentes. Quoi de plus injuste que d’ôter la vie d’un animal puisque comme nous le rappelle Marguerite Yourcenar : « L’animal ne possède rien, sauf sa vie, que si souvent, nous lui prenons » ? Chaque vie compte et a une valeur absolue puisqu’elle est tout pour un animal. Dès lors, comment ne pas avoir envie de devenir végétarien puisqu’en ayant une alimentation carnée, nous nous octroyons le droit de tout prendre à un animal ? Pour que le respect ne soit pas un vain mot et par souci de cohérence, ne faut-il pas s’opposer à toute exploitation animale ? C’est ce que prône le véganisme. D’après Peter Singer, dans La libération animale, les intérêts de tous les êtres sensibles doivent être pris en compte de manière égale. L’appartenance à une espèce ne doit pas être un critère de discrimination morale. Autrement dit, il s’agit de s’opposer au  spécisme (terme forgé sur le modèle du racisme et du sexisme) qui consiste à privilégier les intérêts des membres de son espèce par rapports aux membres d’autres espèces. Concernant les êtres sensibles, nous devons poser le principe de l’égale considération de leurs intérêts. Il serait arbitraire d’établir une préférence morale entre les hommes et les animaux. Ne serait-il pas tout aussi arbitraire d’établir une préférence morale entre les espèces animales ? En quoi un cochon ou une vache mériteraient-ils moins de respect qu’un chat ou un chien ?  Ce n’est pas parce que nous trouvons certains animaux  « mignons » ou « gentils » ou qu’ils partagent nos vies que leurs vies ont plus de valeur d’un point de vue moral. Les poissons, auxquels nous peinons à nous identifier mais dont la souffrance est indéniable, doivent aussi être intégrés à nos considérations morales. Nos préférences, individuelles ou culturelles, ne doivent pas être des facteurs de discrimination morale. La notion de respect a le mérite de lutter contre ces discriminations morales en posant une exigence universelle, celle d’accorder par principe la même valeur morale à tout être sensible.

Le devoir moral se soucie des conséquences de nos actions sur les êtres sensibles. Respecter un être sensible, c’est respecter la valeur de sa vie individuelle. N’est-ce pas l’occasion d’interroger de manière globale notre rapport à la nature et de ne plus la percevoir sous le prisme de l’utilité ? Les végétaux étant nécessaires à l’équilibre biologique, ne devons-nous pas les intégrer à un respect général pour la vie ?

 

La vie dans sa globalité est une valeur à respecter qui engage une responsabilité à la fois morale et politique

Le respect à l’égard des êtres vivants ne doit-il pas être intégré à une responsabilité élargie envers la nature ? Chaque être vivant est lié aux autres en ce qu’il appartient à la même nature ou au même univers pour Marguerite Yourcenar : « Quand nous frappons un enfant ou quand nous l’affamons, quand nous l’élevons de telle sorte que sa pensée soit faussée ou qu’il perde son goût de la vie, nous commettons un crime envers l’univers qui s’exprime à travers lui. La même chose est vraie quand nous tuons inutilement un animal, ou quand, sans bonne raison, nous coupons un arbre. Chaque fois, nous trahissons notre mission d’homme, qui serait d’organiser un univers un peu meilleur. », Les yeux ouverts, Entretiens avec Matthieu Galey. Les Bishnoïs, communauté indienne du nord-ouest de l’Inde se sont justement donnés pour mission de protéger les animaux et les arbres. Ils soignent les animaux blessés. Ils les nourrissent en leur réservant une partie de leur récolte et les femmes allaitent même les gazelles orphelines lorsque celles-ci refusent le biberon. Les Bishnoïs ont également pour règle de « ne pas détruire les arbres verts ». Leur engagement en faveur de la défense de la nature est si fort et total qu’ils sont prêts à perdre leur vie pour sauver un animal ou même un arbre. Leur histoire est marquée en 1730 par le sacrifice d’une femme Amrita Dévi. Le maharadjah de Jodhpur avait ordonné de faire couper des arbres en prévision d’importants travaux. Amrita s’est interposée en enlaçant un arbre. Elle a été suivie par d’autres personnes. Au total, 363 personnes ont été massacrées pour avoir essayé de sauver les arbres. Les Bishnoïs sont également végétariens. Le végétarisme est d’ailleurs justifié pour quiconque a développé une conscience écologique puisque l’élevage a des effets désastreux sur l’environnement (émission de gaz à effet de serre, déforestation, consommation excessive d’eau et pollution des nappes phréatiques). Le respect s’applique donc aux humains, aux animaux et aux végétaux.

Marguerite Yourcenar fait preuve d’optimisme en affirmant qu’il « ne sera jamais trop tard pour tenter de bien faire, tant qu’il y aura sur terre un arbre, une bête ou un homme. » Mais n’ y a-t-il pas urgence à agir moralement en raison du pouvoir démesuré que l’homme a sur la nature par la technique ? Hans Jonas, dans Le principe responsabilité, montre que la nature, y compris celle de l’homme, est devenue vulnérable en raison du pouvoir technique. La réponse à cette menace de destruction de toute vie possible sur terre doit être éthique. Le respect de l’intégrité de la vie nous impose de repenser notre éthique. Celle-ci ne peut plus concerner seulement nos devoirs envers les hommes comme le pensait Kant. Nous nous trouvons dans une situation inédite et dangereuse en raison de notre pouvoir démesuré sur la nature qui nous contraint à élargir notre responsabilité. Notre responsabilité doit porter sur l’avenir et anticiper les conséquences de nos actions sur les générations futures. La nouvelle éthique est une « éthique du futur ». Pour calculer ces conséquences, il est préférable d’imaginer le pire. Deux sentiments doivent nous guider dans l’élaboration de cette nouvelle éthique : la peur du pire et le respect pour la vie. C’est la possibilité d’une vie future qui doit être respectée. Hans Jonas précise qu’il « est manifeste que le nouvel impératif s’adresse beaucoup plus à la politique publique qu’à la conduite privée », p 41, Champs, Flammarion. Cette précision est importante : la question du respect de la vie est une question d’intérêt général qui nous concerne tous et que la politique doit prendre en charge.

 

CONCLUSION

Ainsi, il est indéfendable moralement de restreindre le respect aux seuls vivants que sont les humains. Puisque la vie de chaque être sensible a une valeur, la morale doit être inclusive. Le respect peut même être élargi de façon à porter sur toutes les formes de vies (y compris les végétaux) puisqu’il en va de la possibilité d’une vie future. Nous sommes responsables de la nature et des êtres vivants. L’exigence morale nous impose une conversion du regard : la nature et les êtres vivants ne doivent plus être considérés comme un stock de ressources à exploiter au maximum. Cette conversion du regard doit être reprise au niveau juridique et politique pour que le respect des êtres vivants puisse se traduire en actes et être appliqué par tous. Le Code civil (article 515-14) a fait une avancée symbolique : depuis janvier 2015, l’animal est enfin reconnu comme « un être vivant doué de sensibilité » et distingué des choses. Cette reconnaissance symbolique doit maintenant être suivie d’effets sur la vie des animaux qui vivent bien trop souvent l’enfer. Ces souffrances et ces morts sont évitables : il suffit de le décider. N’est-il pas scandaleux de ne pas le faire alors que tant de vies pourraient être sauvées ? L’attachement d’un animal à sa vie ne doit-il pas nous tenir en respect et nous imposer de l’épargner ?