Le critique gastronomique Périco Légasse – Wikipédia

Invité de Radio Brunet sur RMC le 20 avril, le chroniqueur gastronomique Périco Légasse a déclaré qu’il considère le véganisme comme un « fascisme alimentaire ». Mise au point par Sébastien Demange, spécialiste en médecine générale.

 

Monsieur Périco Légasse,
Le 20 avril dernier, dans l’émission Radio Brunet, vous avez fait plusieurs déclarations sur le véganisme. Il m’apparaît important de revenir sur certaines d’entre elles. Vous dites à juste titre que « la façon dont nous mangeons est bien plus importante qu’on ne le pense ». Les aliments et la façon de les préparer constituent en effet un trait identitaire fort [1]. C’est sans doute pour cela qu’un changement d’alimentation est aussi difficile. Je crains que vous soyez vous-même concerné par cette difficulté. Celle-ci semble vous conduire à une analyse tant infondée que contraire à nos connaissances scientifiques actuelles.
D’abord, que vient faire le mot fascisme, complètement galvaudé ici, s’agissant de modèles alimentaires? On aimerait comprendre en quoi ce concept peut décrire une démarche non-violente qui vise à respecter la volonté de vivre des animaux et refuser qu’ils soient élevés, transportés et abattus dans les conditions terribles dont témoignent aujourd’hui de nombreuses vidéos sur Internet.
D’après vous les véganes « ont jeté toute forme de consommation avec des protéines [sic], et se sont jetés dans les bras du productivisme et d’une certaine forme d’industrie ». Les véganes renoncent aux protéines animales, certes, mais avez-vous oublié que les végétaux sont riches en protéines ? On peut obtenir tous les acides aminés essentiels à partir des protéines végétales [2]. L’alimentation végétale est reconnue par de nombreuses associations de diététique et d’organismes nationaux, comme étant profitable pour la santé, voire dans certains cas meilleure. Par ailleurs, les études menées sur la population française montrent que ce sont les végétariens et végétaliens qui consomment le plus d’aliments d’origine biologique et non transformés [3]. Alors bien sûr, il existe de plus en plus de produits végétariens et véganes transformés, parce que les industriels se sont engouffrés sur ce marché porteur. Mais toute alimentation trop transformée est néfaste pour la santé [4], qu’elle soit issue de produits végétaux ou animaux. Et l’alimentation végétale ne se réduit pas à des similis-carnés industriels.
Vous semblez ensuite concerné par l’enjeu environnemental lié à l’alimentation. L’alimentation carnée occidentale est une catastrophe écologique, ainsi que l’a noté la FAO – Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization of the United Nations) : « Le secteur de l’élevage apparaît comme l’un des deux ou trois plus grands responsables des principaux problèmes environnementaux, à tous les niveaux, local ou mondial. […] L’élevage devrait être au cœur des politiques mises en place pour faire face aux problèmes de dégradation des sols, de changement climatique, de pollution de l’air, de manque de ressources en eau ou de leur pollution et d’érosion de la biodiversité ». 70% des terres agricoles sont utilisées pour nourrir les animaux d’élevage. Ce même phénomène est observé au niveau de l’eau [5]. Il faut 1250 litres d’eau pour produire 1 kg de lentilles contre 13000 litres pour “produire” 1 kg de viande de bœuf [6].

Par ailleurs, l’étude française sur l’alimentation Nutrinet-Santé montre également que plus l’alimentation est riche en légumes, fruits, légumineuses et pauvre en viande plus l’impact environnemental est faible [7]. L’alimentation végane est celle qui a le moins d’impact environnemental [8]. Elle semble être une des clés pour nourrir une population humaine sans cesse grandissante. Encore récemment une soixantaine de professionnels de santé français ont signé une tribune pointant l’excès de viande, comme celui du régime français habituel, comme étant nuisible tant pour la santé que pour l’environnement.
En résumé, on peut être végane et avoir une alimentation saine et équilibrée. La viande et les protéines d’origine animale ne sont pas une nécessité. L’alimentation végane est, de loin, plus respectueuse de l’environnement. Et surtout, elle est la seule qui ne participe pas à la mort de 80 milliards animaux terrestres et 1000 milliards d’animaux marins par an.

Dr Sébastien Demange,
spécialiste en médecine générale.
L’auteur est membre bénévole de la commission nutrition-santé de l’Association végétarienne de France. Il ne déclare aucun conflit d’intérêt pécuniaire ou d’avantage en nature avec ce texte.

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Notes
[1] Higgs S. Social norms and their influence on eating behaviours. Appetite. 2015 Mar; 86: 38–44.
Chuck C, Fernandes SA, Hyers LL. Awakening to the politics of food: Politicized diet as social identity. Appetite. 2016 Dec; 107: 425–36.
Robinson E, Blissett J, Higgs S. Social influences on eating: implications for nutritional interventions. Nutrition Research Reviews. 2013 Dec; 26(2): 166–76.
[2] Young, V.R. and Pellett, P.L. (1994). Plant proteins in relation to human protein and amino acid nutrition. The American Journal of Clinical Nutrition, 59(5 Suppl), p.1203S–1212S.
Agnoli C, Baroni L, Bertini I, Ciappellano S, Fabbri A, Papa M, et al., Position Paper on Vegetarian Diets from the Working Group of the Italian Society of Human Nutrition. Nutrition, Metabolism & Cardiovascular Diseases. 2017;
[3] Baudry, J., Touvier, M., Allès, B., Péneau, S., Méjean, C., Galan, P., . . . Kesse-Guyot, E. (2016). Typology of eaters based on conventional and organic food consumption: Results from the NutriNet-Santé cohort study. British Journal of Nutrition, 116(4), 700-709. doi:10.1017/S0007114516002427
Baudry, J., Allès, B., Péneau, S., Touvier, M., Méjean, C., Hercberg, S., . . . Kesse-Guyot, E. (2017). Dietary intakes and diet quality according to levels of organic food consumption by French adults: Cross-sectional findings from the NutriNet-Santé Cohort Study. Public Health Nutrition, 20(4), 638-648. doi:10.1017/S1368980016002718
[4] Fiolet T, Srour B, Sellem L, et al. Consumption of ultra-processed foods and cancer risk: results from NutriNet-Santé prospective cohort. The BMJ. 2018;360:k322. doi:10.1136/bmj.k322.
[5] Mekonnen M, Hoekstra A. The green, blue and grey water footprint of farm animals and animal products. 2010.
Mekonnen MM, Hoekstra AY. A Global Assessment of the Water Footprint of Farm Animal Products. Ecosystems. 2012;15(3):401 15.
[6] FAO. La pénurie d’eau – un des plus grands défis de notre temps [Internet]. 2017. Disponible sur: www.fao.org/zhc/detail-events/fr/c/880882
[7] Lacour C., Seconda L., Allès B., Hercberg S., Langevin B., Pointereau P., Lairon D., Baudry J. and Kesse-Guyot E., Environmental Impacts of Plant-Based Diets: How Does Organic Food Consumption Contribute to Environmental Sustainability?, Frontiers in Nutrition. (2018) 5:8.
[8] Rosi A, Mena P, Pellegrini N, Turroni S, Neviani E, Ferrocino I, et al., Environmental impact of omnivorous, ovo-lacto-vegetarian, and vegan diet, Scientific Reports, 2017;7(1):6105.