19.03.15

Pro­pos recueil­lis par Jean-Christophe Manuceau.

Régis Man­geot, coureur d’ultra-trails végé­tal­ien, nous racon­te sa pra­tique sportive, ses moti­va­tions et livre ses secrets pour s’alimenter et per­former sur des dis­tances aus­si longues. Adepte de la pen­sée pos­i­tive, il estime qu’un esprit sain aide à obtenir un corps sain et inverse­ment.

- Peux-tu te présen­ter en quelques mots ?

Je me prénomme Régis, j’ai 46 ans. Je suis cadre dans la fonc­tion publique et je pra­tique la course à pied, en ultra-endurance depuis plusieurs années, pour le plaisir.

- Quelle est ton ali­men­ta­tion ?

Mon ali­men­ta­tion est végé­tal­i­enne. J’ai com­mencé, comme la plu­part des gens, par le végé­tarisme. Je pense aujourd’hui que le végé­tarisme ne doit rester qu’une tran­si­tion de court terme vers le végé­tal­isme si l’éthique est la moti­va­tion pre­mière. Depuis que je suis végé­tal­ien, je n’achète plus aucun pro­duit non ali­men­taire provenant de l’exploitation ani­male. Je ne me con­sid­ère pas encore végane car dans le cadre de mon activ­ité pro­fes­sion­nelle, j’utilise cer­tains matériels en cuir, four­nis par mon admin­is­tra­tion, que je ne peux pas chang­er.

- Depuis quand es-tu végé­tal­ien et quelles sont tes moti­va­tions ?

J’ai com­mencé le végé­tarisme en 2006, et qua­tre à cinq ans plus tard, j’adoptais com­plète­ment l’alimentation végé­tal­i­enne, avec, comme je l’ai pré­cisé plus haut, une ten­dance vers le végan­isme. Je pra­tique ce mode ali­men­taire pour plusieurs raisons. La pre­mière est éthique. De nos jours, je pense qu’il n’est pas admis­si­ble de laiss­er se per­pétr­er le géno­cide ani­mal.

L’homme, dans sa grande bêtise, a déjà fait dis­paraître de nom­breuses espèces ani­males (et végé­tales égale­ment), ce qui est ter­ri­ble, mais il exploite égale­ment d’autres espèces pour quelques min­utes de ce que l’on appelle “le plaisir gus­ta­tif”. Ce plaisir qui est source de souf­frances ter­ri­bles pour les ani­maux d’élevage mais aus­si pour les habi­tants humains qui meurent de faim, faute de céréales que l’on réserve aux futures vic­times ani­males de l’élevage, inten­sif ou non. Et je ne par­le pas de tout le côté pol­lu­tion…

La sec­onde est médi­cale. Quand je dis médi­cale, je pense surtout à l’aspect san­té. Les bien­faits d’une ali­men­ta­tion végé­tale ne sont plus à démon­tr­er.

La troisième est sportive. Le sport inten­sif induit une aci­dose de l’organisme. L’alimentation végé­tale per­met de rétablir la bal­ance en four­nissant ce que le corps demande.

- Depuis quand pra­tiques-tu la course à pied ? À quelles com­péti­tions as-tu par­ticipé ?

Lorsque j’étais ado, j’étais plutôt gras­souil­let. En 1991, alors que je pesais 93 kg pour 1,73 m, j’ai décidé de per­dre du poids. J’ai com­mencé à con­trôler mon ali­men­ta­tion et je me suis mis à courir, légère­ment, une à deux fois par semaine. Il n’y avait aucune régu­lar­ité dans ma pra­tique. En 2000, j’ai vrai­ment com­mencé à courir avec des plans trou­vés dans des revues spé­cial­isées (10 km, semi, marathon) et en 2006, j’ai par­cou­ru mon pre­mier 100 km, sans assis­tance. C’était Mil­lau et je me rap­pelle avoir ver­sé une petite larme. Depuis, j’ai enchaîné d’autres épreuves : la Sain­té­Ly­on (68 km de nuit), des cours­es horaires (24 heures, 6 jours), une course par étapes (Ultra-trace de St-Jacques, plus de 700 km entre le Puy-en-Velay et Saint-Jean-Pied-de-Port par le chemin de Saint-Jacques-de-Com­postelle)…

- Qu’est-ce que ce sport t’apporte ?

L’ultra-endurance est un voy­age au plus pro­fond de soi. Il per­met de se con­naître, de s’évaluer, de se ren­forcer et surtout de con­stater que le corps est une machine incroy­able, pour peu qu’on le traite avec respect. Quand je cours, je trou­ve sou­vent une solu­tion au petit tra­cas de la vie quo­ti­di­enne car le cerveau se net­toie, lais­sant ain­si la pen­sée plus libre. Le plaisir reste quand même la pri­or­ité.

 

- Com­ment gères-tu ton ali­men­ta­tion en course ?

Lors des sor­ties de moins de deux heures, je me con­tente d’eau la plu­part du temps. Sur des sor­ties plus longues, dans un sac à dos, je mets quelques bananes et/ou fruits secs en plus de l’eau. Sur des com­péti­tions plus longues, il m’arrive de me pré­par­er une bois­son com­posée d’un tiers de jus de raisin, deux tiers d’eau et d’une cuil­lère à café de bicar­bon­ate. Je n’utilise pas les bois­sons sportives du com­merce, trop acides. Sur les cours­es horaires, chaque coureur dis­pose d’un emplace­ment pour y dépos­er son ali­men­ta­tion. Ain­si, je peux apporter mon stock : bananes, raisins secs, petits gâteaux pré­parés mai­son, bois­son, eau, purée de pommes de terre, etc.

- Quels con­seils don­nerais-tu à un coureur débu­tant qui souhaite se pass­er de pro­téines ani­males ?

La pro­téine… Le fameux mythe de la pro­téine ani­male. Déjà, je préfère par­ler d’acides aminés. Le corps a besoin de 8 acides aminés dits “essen­tiels” pour fonc­tion­ner. On trou­ve tous ces acides aminés dans le monde végé­tal. Pas besoin de se “pren­dre la tête”. Bananes, choux, pommes de terre, carottes, etc., con­ti­en­nent tous les acides aminés néces­saires. Et si vous red­outez la carence que les omni­vores vous bran­dis­sent à chaque dis­cus­sion, regardez du côté du tofu, tem­peh, etc., si cela peut vous ras­sur­er. La palette végé­tale est var­iée et per­met de sat­is­faire tous les besoins du corps humain.

- Est-ce que le végan­isme est mal perçu dans ton entourage, et notam­ment chez les coureurs ?

Les coureurs sont plutôt ouverts d’esprit, même s’ils ne parta­gent pas for­cé­ment nos idées. Je n’ai jamais été con­fron­té à des remar­ques acerbes de la part de coureurs. Bizarrement, les remar­ques les plus désagréables provi­en­nent plus des per­son­nes séden­taires que des sportifs. “Tu vas être carencé”,  “l’animal ne souf­fre pas”, “le fruit ou légume est vivant et il souf­fre quand tu le manges”… Des réflex­ions réchauf­fées qui ne tien­nent pas la route. Sou­vent, je réponds : “Viens courir avec moi, on va tester les bien­faits de ton ali­men­ta­tion !”

- Quel est ton secret pour être aus­si per­for­mant sur des cours­es longues ?

L’important est de pren­dre soin de soi. À plus de quar­ante ans, je me con­nais assez bien. J’ai déjà mené mon corps loin dans ses retranche­ments. Je fais en sorte d’être hydraté (2 à 3 litres d’eau par jour), je mange beau­coup de fruits (avec une préférence pour les bananes, oranges, dattes) et de légumes. Je ne réduis pas mes calo­ries. J’essaye d’avoir de bonnes et longues nuits, d’avoir des pen­sées pos­i­tives. Une amie m’a tou­jours dit d’appliquer la règle des 3 P : Pen­sée Pos­i­tive en Per­ma­nence. Un esprit sain aide à obtenir un corps sain et inverse­ment. L’un sans l’autre et la bal­ance est déséquili­brée. C’est, pour ain­si dire, un “com­bat” de chaque jour. Je préfère regarder le verre à moitié plein que le verre à moitié vide.

 


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