La con­som­ma­tion de pois­sons, qu’il s’agisse de pois­sons sauvages ou d’élevage, est respon­s­able d’une dégra­da­tion con­sid­érable des écosys­tèmes marins. En cause : la demande des pays rich­es.

Les ravages de la pêche industrielle

Les « ressources vivantes marines » risquent aujourd’hui d’atteindre un point de non-retour. Selon la FAO, 90 % des « stocks de pois­sons » sont en état de pleine exploita­tion ou de sur­ex­ploita­tion. Pour une équipe de chercheurs cana­di­ens, si la pres­sion humaine con­tin­ue au rythme actuel, les espèces les plus couram­ment pêchées aujourd’hui pour­raient avoir dis­paru au milieu du XXIe siè­cle.

Pour répon­dre à une demande crois­sante en pois­son, les moyens de la pêche ont été décu­plés, avec l’apport des héli­cop­tères et des sonars pour repér­er les bancs de pois­sons. On pêche égale­ment de plus en plus loin en mer, et de plus en plus pro­fond à mesure que les réserves sont épuisées, avec les cha­lu­tiers, qui ramassent tout ce qu’il y a sur leur chemin à l’aide d’un grand filet (pou­vant mesur­er 500 m de large) ratis­sant le fond des mers.

Prises accessoires et prises fantômes

L’épuisement des pop­u­la­tions marines ne con­cerne pas que les espèces con­som­mées : l’ampleur des moyens tech­niques mis en œuvre con­duit à pêch­er une grande quan­tité d’animaux ne cor­re­spon­dant pas aux espèces ciblées, qui peut attein­dre 90 % des pris­es. Ces pris­es « acces­soires » sont respon­s­ables dans l’Atlantique Nord-Est de la déci­ma­tion de nom­breuses espèces, par­mi lesquelles les requins blancs et les requins renards.

Par ailleurs, les équipements de pêche aban­don­nés en mer (filets, pièges et nass­es) con­tin­u­ent à piéger un grand nom­bre d’animaux. C’est ce qu’on appelle la « pêche fan­tôme ».

L’aquaculture : solution ou partie du problème ?

Océan

Face à l’épuisement des pop­u­la­tions de pois­sons sauvages, l’aquaculture pour­rait appa­raître comme une solu­tion. C’est oubli­er que les pois­sons d’élevage sont le plus sou­vent des car­ni­vores, et qu’on pêche de grandes quan­tités de pois­sons sauvages pour fab­ri­quer les farines qui ser­vent à les nour­rir. Selon les espèces, le « ren­de­ment » de ce proces­sus est plus ou moins désas­treux. Ain­si, pour obtenir 1 kg de thon rouge ou de saumon, il faut pêch­er au moins 10 kg de pois­sons sauvages.
Les éle­vages de pois­sons utilisent égale­ment de nom­breux pro­duits chim­iques qui con­t­a­mi­nent ensuite l’environnement. Quant aux éle­vages de crevettes en Asie, ils détru­isent irrémé­di­a­ble­ment les man­groves, des écosys­tèmes pré­cieux.

Le manque de volonté des pouvoirs publics

Face aux dégâts de la pêche indus­trielle et de l’aquaculture, les pou­voirs publics mon­trent peu de volon­té. En France, les reven­di­ca­tions des pêcheurs pri­ment tou­jours sur la préser­va­tion des écosys­tèmes. Dans la plu­part des pays, les normes de pêche sont cal­culées pour per­me­t­tre de pour­suiv­re les ten­dances des années précé­dentes, sans aucune référence aux réal­ités biologiques . À l’échelle nationale comme mon­di­ale, les sub­ven­tions per­me­t­tent à la pêche indus­trielle de se main­tenir.

En tant que con­som­ma­teurs, il est vital de réduire sen­si­ble­ment sa con­som­ma­tion d’animaux marins, et l’alimentation végé­tari­enne offre des alter­na­tives nutri­tives et déli­cieuses, comme les algues, encore trop peu con­nues.

 

Références

Philippe Cury, « La pêche mod­erne vide la mer de ses pois­sons », La Revue Durable, n°41, mars-avril 2011, 27–30.

FAO, 2016. The state of world fish­eries and aqua­cul­ture.