Thérapeute psycho‐comportementale, Sylvie Marsollier répond chaque trimestre au courrier des lecteurs dans la revue Alternatives végétariennes. Elle porte un regard éclairé et bienveillant sur des témoignages surprenants, des problématiques personnelles ou sociales,  des situations courantes auxquelles on peut facilement s’identifier. Un exemple issu du n°119 — hiver 2015, avec une question posée par Laura, lycéenne à Besançon.

J’ai 17 ans. Il y a 6 mois, j’ai voulu arrêter de manger de la viande et du poisson, car j’ai été choquée par la façon dont on maltraite les animaux. Je suis au lycée et le cuisinier est compréhensif. J’arrive toujours à manger des lentilles, du riz avec des légumes… Par contre, mes parents ne sont pas du tout d’accord avec ce choix, surtout ma mère. Elle s’obstine à me préparer des plats avec de la viande ou du poisson, et je crache les morceaux en cachette. C’est une horreur. Elle ne veut rien comprendre. Comment est‐ce que je peux faire pour qu’elle change d’avis ?” — Laura.

 Sylvie Marsollier 2Laura, il est effectivement difficile d’être confrontée à l’incompréhension de votre mère lorsque vous rentrez chez vous le soir. Normalement, personne ne devrait vous obliger à manger un aliment que vous n’aimez pas, que ce soit un légume, un fruit, un féculent ou bien sûr de la viande et du poisson, en particulier si vous les reliez à la souffrance animale. Votre sentiment de dégoût vis‐à‐vis de ces aliments, après avoir vu des vidéos sur les conditions d’élevage et d’abattage des animaux, est tout à fait justifié.

Il semblerait que vos parents, surtout votre mère, manifestent une forme d’autorité abusive envers vous. Vous voulez faire croire à votre mère que vous vous pliez à ses règles, mais vous avez trouvé un moyen de rester fidèle à votre choix en « crachant les morceaux de viande en cachette » ! Cela durera un certain temps, jusqu’au jour où vous ne pourrez même plus porter l’aliment à votre bouche. Que ferez‐vous à ce moment‐là ? Il est donc urgent que vous trouviez une issue à ce qui vous arrive pour que votre corps ne finisse pas par se rebeller, par réflexe, contre d’autres aliments…

Votre père est‐il plus indulgent que votre mère ? Si tel est le cas, c’est par son intermédiaire que vous allez pouvoir faire comprendre à votre mère qu’il n’est pas possible qu’elle continue à vous préparer des plats carnés. Votre père n’a peut‐être pas eu son mot à dire concernant votre choix. Pour ne pas contrarier votre mère, il n’a pas osé la désapprouver ou exprimer son ressenti en ce qui vous concerne. Soyez simplement honnête avec votre père. Dites‐lui ce que vous faites en cachette, expliquez‐lui pour quelle raison principale vous ne voulez plus et ne pouvez plus avaler un seul morceau de viande et de poisson. Faites en sorte que votre mère ne soit pas dans les environs lorsque vous lui en parlerez, pour qu’il se sente libre de vous livrer ses opinions. Il comprendra certainement votre souffrance et vous vous sentirez ensuite plus en confiance, plus forte intérieurement pour aborder, à nouveau, ce délicat sujet avec votre mère.

Si vous voulez que celle‐ci puisse réagir favorablement à votre choix, montrez‐lui les images qui vous ont choquée. Demandez également la présence de votre père. En accueillant les réactions émotionnelles spontanées de votre mère, vous constaterez qu’elle admettra plus facilement que la réalité des abattoirs et de la condition animale dans les élevages industriels est cruelle et barbare. Vous pourrez lui faire constater qu’elle n’est pas si différente de vous et vice‐versa en ce qui concerne le domaine de la sensibilité et de la compassion.

Vous pourrez ensuite lui dire qu’il est normal qu’elle ait peur pour vous, pour votre santé si elle ne s’est pas intéressée à l’alimentation végétarienne jusque‐là. Prouvez‐lui que ses préjugés négatifs concernant les carences dans cette alimentation sont totalement injustifiés sur le plan scientifique, qu’il y a des millions de végétariens en France et de par le monde et qu’ils sont la preuve vivante qu’il n’y a aucun problème de santé, bien au contraire ! Munissez‐vous de nos documents pour appuyer vos arguments.

Sachez surtout que votre mère vous aime et veut votre bien puisqu’elle s’inquiète pour vous. Derrière son autorité abusive se cache certainement la peur d’être une mauvaise mère, de ne pas pouvoir vous protéger comme elle le souhaiterait. Faites‐lui comprendre que vous l’aimerez toujours même si elle n’est pas parfaite, mais que vous aimeriez qu’une meilleure complicité s’installe entre vous deux.

Demandez‐lui de vous faire confiance. Dites‐lui qu’elle n’a pas à avoir peur de votre choix alimentaire, que vous êtes bien informée et que vous aimeriez qu’elle vous aide à établir des menus équilibrés incluant des légumineuses, des crudités, des fruits, des céréales. Proposez‐lui de cuisiner ensemble. Et faites de ce moment un élan de joie et de bonne humeur !

Sylvie Marsollier

À découvrir, dans le prochain numéro d’Alternatives végétariennes (n°122 -hiver 2016) à paraître début janvier, le témoignage d’Annie : « Je n’ai pas envie de devenir un jour végane ! ». L’abonnement annuel à la revue est inclus dans votre adhésion à l’AVF.