Saviez-vous que la rhubarbe faisait partie des astuces anti-pets de Benjamin Franklin (ah, je vous avais manqué, n’est-ce pas, après la butternut phallique et la cannelle anti-vomi) ?

Absolument : LE Benjamin Franklin qui a inventé le paratonnerre et qui s’est vivement exprimé en faveur de l’abolition de l’esclavage. Le père fondateur des États-Unis d’Amérique. En 1781, ce sacré numéro a écrit un chef‑d’œuvre intitulé Fart Proudly (en français : Pétez Fièrement), dans lequel il décrit une petite décoction sympathique à base de rhubarbe séchée et d’huile de rose pour aromatiser agréablement ses flatulences. J’aime bien. Je compte bien trouver la recette exacte afin de la partager avec mon beau-frère.

Sinon, en anglais, la rhubarbe, on l’appelle aussi « pie plant », ce qui peut être littéralement traduit par « plante à tarte », ne trouvez-vous pas ça génial ? Laura Ingalls Wilder (mais oui, vous vous souvenez, la petite pourvue de dents et de nattes, dans la Petite Maison dans la prairie) en parle dans un de ses livres (car oui, c’était une vraie personne, pas seulement un personnage de fiction). Je salivais en les lisant, petite, parce que dedans, il y avait toujours quelqu’un qui préparait des biscuits, du porridge de maïs, ou des tartes aux fruits à la pâte croustillante sur le poêle à bois, et la maison sentait bon, c’était chaleureux et rustique, et ça donnait envie de faire partie de leur famille et de vivre dans le Minnesota (je vais trop loin).

Si je vous parle de rhubarbe, c’est parce que le printemps est là, que j’ai un nouvel appartement AVEC UN BALCON (les parisiens comprendront l’usage de lettres majuscules et me jalouseront, les autres auront un peu pitié de moi) sur lequel j’envisage de planter de la rhubarbe dans des pots géants. Les forums de jardiniers sont dubitatifs et découragent les téméraires voulant se lancer dans cette entreprise, mais j’ai envie d’y croire. Et surtout, je rêve de tartes rustiques à la rhubarbe et à la fraise (Isa Chandra Moskowitz trouve que la personne qui a eu l’idée d’associer les fraises et la rhubarbe pour la première fois devrait avoir le Prix Nobel de la Paix), de compote de rhubarbe aux dattes, de clafoutis à la rhubarbe et aux cerises, de rhubarbe rôtie au sucre complet et à la noix de coco, et de crumbles rhubarbe-pomme-amandes encore chauds parce que c’est meilleur. De soupes de framboise à la rhubarbe et au basilic et de bricks croustillants à la rhubarbe et au gingembre bien sucrés.

D’ailleurs, laissez-moi révolutionner votre vie comme la mienne l’a été l’année dernière : on n’est PAS obligé d’éplucher la rhubarbe. Ce qui est une excellente nouvelle pour nous-autres, feignants de la cuisine et enthousiastes de la compote toute rose. J’ai découvert la rhubarbe bien tard dans ma vie, et je compte bien rattraper ce retard car cette plante est super (bon, sauf que ses feuilles sont toxiques, c’est bon à savoir quand même, ne les donnez pas à votre lapin) : en plus d’être complètement délicieuse, elle est bonne pour vous ! Elle contient plein de fibres (vous voulez vraiment que je vous explique à quoi servent les fibres ? J’ai dépassé mon quota pour ce numéro dans le premier paragraphe), du calcium, elle fait baisser votre cholestérol, et vous promet amour, gloire et argent.

Je finirai sur cette citation des Monty Python dans leur chanson Rhubarb Tart :

« Read all the existentialist philosophers,

Like Schopenhauer and Jean-Paul Sartre.

Even Martin Heidegger agrees on one thing :

Eternal happiness is rhubarb tart.  »

Par Déborah, http://absofruitly.fr

Article paru dans Alternatives Végétariennes n°115 (mars-avril-mai 2014)