Un article issu du blog The Vegan Strategist de Tobias Leenaert (23 août 2016). Traduit par Alain Le Roux-Marini.

 

Le Dr. Jared Piaz­za est chargé de cours à l’université de Lan­cast­er au Roy­aume-Uni. Il axe sa recherche sur le proces­sus de déci­sion morale, en par­ti­c­uli­er sur la façon dont on envis­age la valeur morale des ani­maux. Jared Piaz­za et ses col­lègues ont récem­ment pub­lié les arti­cles « Ratio­nal­iz­ing meat con­sump­tion: The 4Ns » (« Ratio­nalis­er la con­som­ma­tion de viande : les 4 N », dans la revue Appetite, et « When meat gets per­son­al, ani­mals’ minds mat­ter less » (« Quand la viande devient une affaire per­son­nelle, les esprits des ani­maux comptent moins ») dans Social Psy­cho­log­i­cal and Per­son­al­i­ty Sci­ence. J’ai assisté à l’intervention de Jared à la Care Con­fer­ence à Varso­vie en juil­let 2016 et je l’ai ensuite inter­viewé. On a évo­qué les obsta­cles ren­con­trés par les défenseurs des ani­maux. Ce bil­let est un peu plus long que d’habitude, mais je suis cer­tain que vous ne per­drez pas votre temps.

 

Veg­an Strate­gist : Jared, pourquoi y a-t-il si peu de véganes dans le monde ? On dépasse à peine les un pour cent.

Jared Piaz­za : Il y a plusieurs répons­es pos­si­bles. Est-ce parce que les gens ne se soucient pas des ani­maux ? Je ne le crois pas. Par exem­ple, les Améri­cains ont dépen­sé plus de 60 mil­liards de dol­lars pour leurs ani­maux de com­pag­nie en 2015. Je ne crois qu’ils ne se soucient que des chiens et des chats et pas aus­si des ani­maux de ferme. Est-ce parce que les gens ne savent pas ce qui arrive aux ani­maux d’élevage et que nous n’avons qu’à leur appren­dre les faits ? Je ne pense pas que ce soit non plus la réponse. Ça fait des dizaines d’années que le mou­ve­ment a sen­si­bil­isé le pub­lic sur ces ques­tions.

Alors, la bonne réponse…?

La meilleure réponse que je puisse don­ner, c’est que les gens aiment vrai­ment la viande et qu’ils veu­lent con­tin­uer à en manger. Cela les rend moins sen­si­bles aux argu­ments moraux vis-à-vis des ani­maux d’élevage. Si on peut les abor­der par leur moti­va­tion pour la viande, alors il se peut qu’ils soient plus récep­tifs aux mes­sages de défense des ani­maux et au change­ment de leur com­porte­ment. Le goût se développe très tôt dans la vie et cela reste pas mal inchangé ensuite. Beau­coup de gens sont néo­phobes (ont peur de la nou­veauté) quand il s’agit de nour­ri­t­ure. Il n’est donc pas facile de chang­er son goût. Mais le côté posi­tif, c’est qu’une fois qu’ils ont vrai­ment changé, nom­bre d’entre eux peu­vent per­dre leur gout antérieur plutôt vite et de manière per­ma­nente. Cela est par­ti­c­ulière­ment vrai pour ceux qui s’abstiennent de manger de la viande pour des raisons éthiques. Si vous êtes végane depuis longtemps et que vous avez du mal à com­pren­dre le pou­voir de séduc­tion de la viande, je peux vous recom­man­der le livre Meathooked de Mar­ta Zaras­ka.meat-movivated-mind

Vous avez tra­vail­lé sur deux obsta­cles par­ti­c­uliers que ren­con­trent les défenseurs des ani­maux : la réac­tance morale et le raison­nement motivé. Pour­riez-vous nous en dire plus ?

La réac­tance morale, c’est quand on ne veut pas être cri­tiqué ni qu’on nous dise que ce qu’on fait n’est pas éthique. Le sim­ple fait d’évoquer la ques­tion du végé­tarisme – ou même sim­ple­ment ne pas manger de viande à la table de mangeurs de viande – peut entrain­er ce type de réac­tance, les autres pou­vant ressen­tir un reproche moral implicite dans ce que vous dites ou dans ce que vous faites ou non.

Le raison­nement motivé con­cerne les jus­ti­fi­ca­tions a pos­te­ri­ori. Plutôt que d’être ouverts à un fais­ceau de preuves, la plu­part veu­lent que leur raison­nement con­clue qu’ils n’ont pas besoin de chang­er. Ils rassem­blent donc des raisons et des idées qui jus­ti­fient leur con­clu­sion préféren­tielle, qui veut qu’ils n’ont pas à chang­er. Quand vous vous trou­vez dans un « état motivé », vous êtes motivé dans une cer­taine direc­tion. Vous vous engagez per­son­nelle­ment et vous ori­en­tez votre raison­nement de telle sorte qu’il jus­ti­fie vos préférences, qui sont for­matées par vos habi­tudes et par vos goûts. En revanche, si vous créez d’abord un con­texte dans lequel il n’y a pas de pres­sion externe au change­ment, les gens envis­ageront peut-être de manière cri­tique l’ensemble des argu­ments (par exem­ple, que la con­som­ma­tion de viande n’est pas néces­saire, etc.).

Tout ça n’est pas très nou­veau pour nous qui croyons au pou­voir de la pen­sée rationnelle…

Le raison­nement motivé n’est cer­taine­ment pas le raison­nement rationnel ou objec­tif. Et il peut entraîn­er cer­tains prob­lèmes. Les gens mod­i­fieront leur façon de voir les ani­maux de telle sorte que leurs con­vic­tions soient cohérentes avec leur goût pour la viande. C’est ce qu’on appelle l’alignement de la con­vic­tion. La recherche a mon­tré que si vous rap­pelez aux gens qu’ils man­gent des ani­maux, ils penseront moins aux ani­maux (en ter­mes de capac­ités men­tales) que quand on ne le leur rap­pelle pas. Ils réduisent aus­si leurs préoc­cu­pa­tions morales pour les ani­maux quand ils voient les ani­maux comme de la nour­ri­t­ure.

Il y a aus­si l’ignorance délibérée, que vous avez testée par une intéres­sante expéri­ence.

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Un tra­blan, ani­mal imag­iné par Jared Piaz­za et ses col­lègues chercheurs.

Oui, l’ignorance délibérée c’est le fait que, quand des indi­vidus sont dans un état motivé, il se peut qu’ils évi­tent ou met­tent de côté des infor­ma­tions « ennuyeuses » qui, sinon auraient été per­ti­nentes. Dans une étude, avec Steve Lough­nan, nous avons don­né à des sujets un scé­nario où, à un moment don­né dans le futur, des sci­en­tifiques décou­vrent une nou­velle espèce ani­male (les « tra­blans ») sur une autre planète. Quand on a présen­té les tra­blans comme intel­li­gents, les gens étaient plus con­cernés par l’animal que quand on les présen­tait comme pas très malins. On a vu claire­ment une cor­réla­tion entre l’intelligence perçue des tra­blans et l’intérêt moral qui leur était porté. Mais on a alors effec­tué une deux­ième étude dans laque­lle on a aus­si mis des cochons et des tapirs en jeu, en dis­ant aux gens qu’ils étaient aus­si des ani­maux intel­li­gents. On a alors observé que, dans le cas des cochons, que l’on mange, au con­traire du tapir et des tra­blans, l’intelligence des cochons avait moins d’effet sur l’intérêt moral qui leur était porté. Autrement dit, l’intelligence des cochons était ignorée de manière stratégique.

En tant que défenseurs des ani­maux, com­ment lut­ter con­tre tous ces obsta­cles ?

On peut déjà essay­er d’éviter le raison­nement motivé. Il s’agit de s’adresser aux gens avant qu’ils aient besoin de défendre leurs choix, c’est-à-dire avant qu’ils soient dans un état défen­sif, motivé qui leur fasse pro­duire des ratio­nal­i­sa­tions a pos­te­ri­ori. On peut y arriv­er en les faisant penser qu’il sont déjà sur la voie de la diminu­tion de la viande – en leur rap­pelant tous les déli­cieux mets sans viande qu’ils man­gent déjà et qu’ils appré­cient. C’est comme cela que je suis passé d’omnivore à “végé­tarien san­té” puis à végane. J’ai com­mencé par réduire ma con­som­ma­tion de viande, car ma maman m’avait fait peur avec les pro­priétés can­cérigènes de la viande. Avec le temps, ne pas manger de viande est devenu une par­tie de mon iden­tité, ce qui m’a ren­du plus récep­tif à l’information sur l’élevage inten­sif et la libéra­tion ani­male. Une autre stratégie pour­rait être de créer des envi­ron­nements “sûrs” où les gens pour­raient se deman­der pourquoi ils man­gent de la viande, plutôt que ce soient les mem­bres de l’avant-garde morale qui leur dis­ent pourquoi c’est mal de manger de la viande. C’est cer­taine­ment plus facile à dire qu’à faire, mais la psy­cholo­gie peut apporter quelques trucs utiles.

La lit­téra­ture psy­chologique sur la per­sua­sion a claire­ment mon­tré que les gens n’aiment pas penser qu’on les per­suade, donc n’essayez pas de les per­suad­er ouverte­ment. Ne dites pas « Je suis dans ce groupe, pas toi, mais tu devrais l’être ». Si, en tant qu’omnivore, j’ai peur que vous me cri­tiquiez et que vous ne vouliez pas faire de com­pro­mis, alors pourquoi dis­cuterais-je avec vous, si je sais que cela ne va aller que dans une seule direc­tion ? On devrait peut-être essay­er plus sou­vent de don­ner aux gens l’occasion de se per­suad­er eux-mêmes.

Dans mon labo, on a décou­vert que si l’on fait écrire à des omni­vores un argu­men­taire opposé à leur posi­tion – par exem­ple, leur deman­der d’essayer de con­va­in­cre un ami qu’il n’est pas néces­saire de manger de la viande – plutôt qu’un argu­men­taire qui va dans leur sens (par exem­ple, pourquoi c’est néces­saire), les gens sont plus récep­tifs aux mes­sages com­pas­sion­nels sur les ani­maux de la ferme et plus enclins à envis­ager des repas végé­tariens. Ici, l’idée, c’est que les gens peu­vent être con­va­in­cus par leurs pro­pres argu­ments, plus que s’ils sont con­traints par des influ­ences extérieures, même si ces argu­ments sont con­traires à ce qu’ils pen­saient à l’origine. Donc, en tant que défenseurs des ani­maux, on devrait étudi­er plus de façons d’enrôler des gens dans la défense des ani­maux, en dévelop­pant une pen­sée cri­tique sur les ani­maux et la viande, plutôt qu’en les cul­pa­bil­isant pour leur con­som­ma­tion de viande.

Nous autres véganes, pour­rions peut-être nous présen­ter aux mangeurs de viande comme d’horribles omni­vores, en leur lais­sant jouer le rôle opposé ?

C’est une idée intéres­sante !

Si les argu­ments rationnels ne peu­vent pas nous amen­er plus loin, qu’en est-il des mes­sages émo­tion­nels ?

Je pense que les émo­tions pos­i­tives peu­vent être par­ti­c­ulière­ment utiles. Il me vient à l’esprit le pou­voir de moti­va­tion qu’entraîne la vue d’un bébé ani­mal. Les bébés ani­maux sont mignons. Les mam­mifères parta­gent un “mod­èle du bébé” : les car­ac­téris­tiques physiques des jeunes ani­maux (les grands yeux, le vis­age rond, le petit nez) qui peu­vent génér­er des émo­tions et un com­porte­ment nourriciers et d’affection.

Dans une étude, on a mon­tré des images de cha­tons et de chiots à des par­tic­i­pants (ou des chats et chiens adultes), puis on leur a fait jouer au jeu Opéra­tion (“Doc­teur Maboul”, un jeu qui demande des mou­ve­ments fins et soigneux pour ôter des organes d’une main sta­ble, afin de ne pas être pénal­isé). Les par­tic­i­pants à qui on avait mon­tré des bébés ani­maux ont mieux réus­si à ce jeu, ce qui sug­gère qu’ils étaient plus “soigneux”. Et quand on mesurait leur prise avec un instru­ment adap­té, elle était apparem­ment moins forte. Je me suis demandé si le fait de voir des bébés ani­maux de la ferme évo­quait plus de ten­dresse, sen­ti­ment en désababy-cows-are-preciousccord avec le goût pour la viande. Il est cer­tain que des groupes de défense des ani­maux pensent implicite­ment que c’est le cas : nom­bre de pubs et de brochures que j’ai vues sont rem­plies de pho­tos de bébés ani­maux de la ferme.

On a mené quelques études pour tester cette idée et on a obtenu des résul­tats con­tra­dic­toires (on est en train d’écrire les résul­tats). L’exposition à des images de mignons ani­maux de la ferme sem­ble bien évo­quer de la ten­dresse et réduire le goût pour la viande, mais surtout chez les femmes, et quand on lie directe­ment l’animal et la viande. L’effet a été assez faible, mais con­stant, donc la ten­dresse sem­ble être une émo­tion utile à cibler pour les défenseurs des ani­maux, au moins chez les femmes.

Et l’évocation d’émotions néga­tives ?

Je pense qu’essayer de provo­quer un dégoût physique pour la viande (par exem­ple, en dis­ant qu’elle pour­rait con­tenir de ger­mes, qu’elle est pour­rie, ou autre) pour­rait être effi­cace. Cepen­dant, je ne recom­man­derais pas de provo­quer du dégoût pour le fait de tuer des ani­maux. Le dégoût pour la cru­auté n’est pas une émo­tion trans­for­ma­trice : la réac­tion de dégoût con­siste à repouss­er ou à s’éloigner de l’objet du dégoût (que ce soit du sang, des boy­aux, ou autre). Je pense que la colère est une émo­tion plus trans­for­ma­trice dans ces cir­con­stances, car elle implique une éval­u­a­tion de l’injustice et une volon­té de cor­riger ce qui est mal. Mais il faut aus­si être pru­dent avec la colère, car la fron­tière est étroite entre la colère et la cul­pa­bil­ité. Vous devez faire claire­ment porter la respon­s­abil­ité aux pro­duc­teurs, pas aux con­som­ma­teurs. Si les gens se sen­tent respon­s­ables de l’injustice, ils seront large­ment plus ten­tés de rejeter la faute sur un autre, que de rechercher la jus­tice.

La cul­pa­bil­ité, ça peut marcher ? Beau­coup de véganes dis­ent avoir été con­va­in­cus par d’autres véganes qui leur ont dit les faits crû­ment. Qu’en pensez-vous ?

Par­fois, peut-être. Mais je pense que la cul­pa­bil­i­sa­tion échoue en général, car la per­son­ne cul­pa­bil­isée refuse d’être accusée de faire quelque chose de mal, et elle peut trop  facile­ment trou­ver des jus­ti­fi­ca­tions qui font qu’elle rejette les accu­sa­tions.

Vous avez égale­ment effec­tué des recherch­es sur les 3 N de la jus­ti­fi­ca­tion de Melanie Joy : manger de la viande est néces­saire, naturel et nor­mal.

Oui, avec Steve Lough­nan et Matt Ruby, on a cher­ché à savoir si les trois N de Melanie Joy – manger de la viande est néces­saire, naturel et nor­mal – étaient les prin­ci­pales jus­ti­fi­ca­tions que don­naient les gens pour défendre leur droit de manger des ani­maux. On avait tous trois lu le mer­veilleux livre de Melanie et on voulait tester sa théorie. On a donc recruté des omni­vores : un groupe d’adultes améri­cains recrutés par inter­net et un groupe séparé d’étudiants de pre­mier cycle de l’université de Penn­syl­vanie. On leur a sim­ple­ment demandé « Pourquoi est-ce que c’est bien de manger de la viande ? » et on a caté­gorisé leurs répons­es. Pour notre plus grand bon­heur, on a trou­vé la preuve que les gens évo­quaient en fait les 3 N sur lesquels Melanie avait écrit. Ils évo­quaient aus­si un qua­trième N – manger de la viande, c’est sym­pa [« nice » en anglais] (c’est-à-dire agréable, goû­teux, etc.). Plutôt bizarre comme argu­ment pour défendre son droit à faire quelque chose de nuis­i­ble, mais c’est néan­moins revenu assez sou­vent. Ain­si, on en est arrivé aux 4 N de la jus­ti­fi­ca­tion de con­som­ma­tion de viande. Néces­saire était le plus répan­du, mais Naturel et Nice (sym­pa) avaient le plus haut niveau d’acceptation, ce qui nous sug­gère qu’ils pour­raient être les moins mal­léables des qua­tre.

En matière de recherche, quels autres axes d’étude estimez-vous impor­tants ?

Je pense vrai­ment qu’on ne sait pas grand-chose sur les raisons pour lesquelles des gens devi­en­nent végé­tariens ou véganes. On en sait plus sur les obsta­cles que ren­con­trent les gens quand ils ne man­gent pas de viande, que sur la façon dont cer­tains devi­en­nent végé­tariens ou véganes. Quels traits psy­chologiques, quelles straté­gies ren­dent pos­si­bles de tels change­ments de style de vie ? Tout le monde peut-il devenir végane ou bien y a-t-il quelque chose en par­ti­c­uli­er qui met les véganes à part ? Je m’attache par­ti­c­ulière­ment à mieux com­pren­dre  com­ment cer­tains peu­vent être émus par la souf­france des ani­maux de ferme, au point d’arrêter de manger de la viande du jour au lende­main, pour ne plus jamais y touch­er. J’essaie aus­si de mieux com­pren­dre com­ment tant de per­son­nes peu­vent recevoir la même infor­ma­tion sur la souf­france mas­sive des ani­maux et réa­gir avec hor­reur, mais sans faire quoi que ce soit.

Pour finir, pour­riez-vous nous don­ner quelques recom­man­da­tions pour les activistes ou le mou­ve­ment ?

Tout d’abord, faites de votre mieux pour éviter la réac­tance morale et le raison­nement motivé quand vous par­lez de la con­som­ma­tion de viande avec les gens. Ce n’est pas tou­jours pos­si­ble, mais met­tez-vous à leur place. Com­ment réa­giriez-vous si on vous sug­gérait que quelque chose que vous aimez faire et que vous avez fait la plu­part de votre vie est immoral ? C’est peut-être quelque chose que vous n’avez jamais con­sid­éré comme un prob­lème aupar­a­vant et qui vous apporte un plaisir quo­ti­di­en. Pensez-vous que vous seriez immé­di­ate­ment récep­tif à leur mes­sage ? Ou remet­triez-vous en cause leurs argu­ments ? Arrê­teriez-vous immé­di­ate­ment ce que vous avez fait toute votre vie, ou penseriez-vous immé­di­ate­ment à des cir­con­stances dans lesquelles ce que vous faites est par­faite­ment accept­able et ne pose aucun prob­lème ?

Une fois que vous vous abstenez de manger de la viande, il est facile d’oublier com­ment on voit les choses de l’autre côté, du point de vue de la majorité qui mange de la viande, qui se demande pourquoi on fait tout ce foin. Je recom­man­derais aus­si aux défenseurs [des ani­maux] d’être accueil­lants, de chercher à inté­gr­er et de ne pas aban­don­ner. Il faut que les gens pensent réelle­ment qu’ils peu­vent chang­er. Il faut respon­s­abilis­er les gens, pas seule­ment en leur faisant pren­dre con­science que la pro­duc­tion de viande détru­it la planète et ruine des vies (des vies qui comptent vrai­ment), mais aus­si en leur don­nant l’occasion d’imaginer d’autres façons de voir le monde, par­ti­c­ulière­ment la façon dont ils se voient eux-mêmes, afin qu’ils puis­sent raison­ner d’une manière moins défen­sive, moins ori­en­tée vers la préser­va­tion de soi. Je pense qu’on aura peut-être plus de suc­cès de cette manière.

Mer­ci, Jared, pour cette inter­view !

 


À lire égale­ment, d’autres arti­cles de Tobias Leenaert, traduits de l’anglais :

Les véganes, des gens pas comme les autres

Pourquoi être végane, ce n’est pas une atti­tude rad­i­cale?

Et si la pro­mo­tion du végan­isme ne venait pas des véganes eux-mêmes ?

Deux semi-véganes valent-ils un végane?

« Qu’ils man­gent donc de la viande in vit­ro! Inter­view de Cor Van Der Weele, chercheuse et pro­fesseure aux Pays-Bas »