La semaine dernière s’est tenue la conférence Our Common Future Under Climate Change dans les locaux parisiens de l’UNESCO. Durant quatre jours, des climatologues du monde entier se sont réunis pour faire le point sur les avancées de la recherche en matière de climat. Au sommaire des discussions : météorologie, économie, technologie ou encore éducation au changement climatique, parmi tant d’autres. Et le végétarisme dans tout ça ?

 

 

On les attendait un peu au tournant. La plus grande conférence mondiale sur le climat de l’année, plus de 1800 scientifiques venus du monde entier, 200 sessions organisées sur des thèmes aussi divers que variés… Alors que de plus en plus d’études, parmi lesquelles le très fameux rapport de la FAO L’ombre portée de l’élevage (2006), pointent du doigt le rôle de l’élevage dans le réchauffement climatique, comment ce sujet allait-il être traité lors de ce gigantesque événement ? On l’espérait majeur, au minimum présent, on ne s’imaginait pas qu’il serait pourtant en grande partie occulté des débats.

 

Tout avait bien commencé : lors des inscriptions à la conférence, trois types de repas étaient proposés — omnivore, végétarien et végétalien. Nous avions vu cela comme de bon augure et imaginions que le thème du changement alimentaire serait présenté comme une solution sérieuse pour lutter contre le dérèglement climatique et, en particulier, pour minimiser les émissions de CO2 induites par l’élevage. Et pourtant, les offres végétaliennes ont été à l’image des discussions autour des changements alimentaires : quasi absentes.

 

Our Common Future under Climate Change

 

On ne niera pas pour autant la place importante accordée à l’agriculture et l’accent mis sur une bonne utilisation des terres dans les discours d’un certain nombre d’intervenants. Plusieurs sessions de discussion ont ainsi mis en lumière les problématiques liées à l’agriculture durable ou à ce qu’on appelle « l’agriculture intelligente face au climat » (Climate Smart Agriculture). Une conférence a notamment été donnée sur les systèmes et la sécurité alimentaires, une autre sur l’avenir de l’agriculture, tandis que plusieurs traitaient, de façon générale, des transformations des pratiques agricoles dans le but d’alléger notre impact carbone. Et pourtant, non seulement la question de l’élevage n’a pour ainsi dire presque pas été évoquée en tant que telle, mais les solutions préconisées ont la plupart du temps été orientées vers l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, une atténuation qui passe par des solutions de type technique, à l’exemple de l’amélioration de la sélection animale ou des pratiques piscicoles.

 

La question des changements de régime alimentaire a cependant été effleurée par quelques rares intervenants. Le Dr. Marco Springmann, chercheur à l’Université d’Oxford, est venu présenter les résultats de son groupe de recherche, qui étudie les effets du changement climatique sur la disponibilité des aliments. Selon ces travaux, la diminution de la disponibilité des aliments a de graves effets sur la santé humaine. En particulier, « la réduction de consommation de fruits et légumes constitue la plus grande contribution en terme de décès résultant de maladies liées à la malnutrition. Les effets de la réduction de l’apport calorique se partagent entre la sous-nutrition et la réduction de l’obésité. Quant à la réduction de consommation de viande, elle a des effets plutôt positifs » (source).

 

Our Common Future under Climate Change

 

Ce discours n’est pas étonnant, quand on sait que l’élevage est responsable à 14,5% des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique, soit davantage que le secteur des transports ou celui du bâtiment. Plusieurs études se sont d’ailleurs intéressées à la question, montrant que des changements de comportement alimentaire, en particulier une réduction de la consommation de produits d’origine animale, pourraient avoir des conséquences majeures sur ces émissions. Une étude récente a ainsi montré que si les Européens réduisaient de moitié leur consommation de viande, produits laitiers et œufs, on aboutirait à une réduction de 40% des émissions de nitrogène, 25 à 40% de celles de gaz à effet de serre et 23% des surfaces cultivées par habitant dans toute l’Union Européenne. Ces mesures permettraient également une amélioration sensible de la qualité de l’air et des eaux dans toute l’Union Européenne.

 

Au vu de la teneur de cette conférence, la question du changement des pratiques alimentaires semble donc encore loin de faire partie des solutions préconisées pour enrayer le changement climatique. Des solutions plus techniques, voire technophiles, semblent retenir l’attention du plus grand nombre. Tandis que les effets positifs sur le climat et la santé d’une alimentation végétarienne ou végétalienne sont de moins en moins discutables et que le spectre d’une catastrophe climatique se profile dangereusement, ne serait-il pas temps de placer l’évolution des comportements alimentaires au premier plan des dispositions de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre ? Alors que la COP21 se tiendra en décembre à Paris et qu’une mobilisation de la communauté internationale pourrait déboucher sur des engagements forts, faire de cette évolution une priorité semble plus que jamais urgente et indispensable à la survie de notre planète et de ses habitants.