Les nou­velles direc­tives diété­tiques pour­raient per­me­t­tre de réduire les émis­sions de gaz à effet de serre d’un mil­liard de tonnes d’ici 2030 ain­si que l’obésité et le dia­bète en Chine.

 

 

 

Arti­cle orig­i­nal : https://www.theguardian.com/world/2016/jun/20/chinas-meat-consumption-climate-change?utm_source=digg

Traduit et adap­té par Sarah Cham­pagne

 

Le gou­verne­ment chi­nois a présen­té un pro­jet visant à réduire la con­som­ma­tion de viande de ses citoyens de 50%. Les mil­i­tants pour le cli­mat pensent que ce pro­jet peut être d’une impor­tance majeure dans la lutte con­tre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique.

Les nou­velles direc­tives du min­istère de la san­té chi­nois recom­man­dent à la pop­u­la­tion nationale de 1.3 mil­liard d’habitants de con­som­mer entre 40 et 75 g de viande par per­son­ne et par jour. Ces direc­tives, pub­liées une fois tous les dix ans, visent à amélior­er la san­té publique, mais elles pour­raient aus­si per­me­t­tre une réduc­tion sig­ni­fica­tive des émis­sions de gaz à effet de serre.

Le Par­ti Com­mu­niste chi­nois a trou­vé des alliés inhab­ituels par­mi les célébrités hol­ly­woo­d­i­ennes, comme le comé­di­en Arnold Schwarzeneg­ger et le réal­isa­teur James Cameron : tous deux se sont impliqués dans une cam­pagne d’information encour­ageant les Chi­nois à con­som­mer moins de chair ani­male pour préserv­er l’environnement. D’après James Cameron, cette déci­sion « aurait non seule­ment un énorme impact sur la san­té publique, mais ce serait aus­si une étape déci­sive vers la réduc­tion dras­tique des émis­sions de car­bone et vers les objec­tifs déter­minés lors de l’accord de Paris ».

Si les nou­velles direc­tives étaient effec­tive­ment suiv­ies, les émis­sions de dioxyde de car­bone provenant de l’élevage indus­triel chi­nois dimin­ueraient de 1 à 1.8 mil­liard de tonnes d’ici 2030.

14.5% des émis­sions de CO2 éma­nent de l’élevage des bovins, poulets, porcs et autres ani­maux — ce pour­cent­age est plus élevé que celui du CO2 émanant de tous les modes de trans­port réu­nis. En effet, l’élevage dégage du méthane, un gaz à effet de serre extrême­ment puis­sant. Le défrichage et les engrais, eux, libèrent de grandes quan­tités de car­bone.

La viande, aupar­a­vant con­sid­érée comme une den­rée rare, est à présent con­som­mée régulière­ment par beau­coup de Chi­nois. En 1982, le Chi­nois moyen mangeait seule­ment 13 kg de viande par an, et le bœuf était surnom­mé « viande du mil­lion­naire » du fait de sa rareté. Aujourd’hui on mange en moyenne 63 kg de viande par an, et on devrait en con­som­mer 93 kg d’ici 2030 si rien n’est entre­pris con­tre cette ten­dance. Les nou­velles direc­tives, au con­traire, réduiraient cette con­som­ma­tion de 14 à 27 kg par per­son­ne et par an.

La Chine représente à présent 28% de la con­som­ma­tion totale de viande dans le monde, et 50% de la con­som­ma­tion de porc. Cela étant, la Chine reste der­rière plus d’une douzaine d’autres pays dans sa con­som­ma­tion de viande par tête : l’Américain ou l’Australien moyen con­somme deux fois plus de viande que le Chi­nois moyen.

D’après un nou­veau rap­port de WildAid, la Chine émet­trait 233 mil­lions de tonnes de gaz à effet de serre sup­plé­men­taires chaque année du fait des ten­dances prévues, et épuis­erait ses réserves d’eau, déjà men­acées par la pol­lu­tion et la décom­po­si­tion des riv­ières et des eaux souter­raines. Ce rap­port aver­tit que, si la con­som­ma­tion de viande en Chine con­tin­ue d’augmenter, cela dégradera aus­si les ter­res cul­tivables du pays, et les prob­lèmes d’obésité et de dia­bète empireront. On estime que 100 mil­lions de Chi­nois souf­frent du dia­bète, plus que dans tout autre pays du monde.

Les recherch­es pub­liées par le think-tank Clatham House en 2014 prévoy­aient que la Chine con­som­merait à elle seule 20 mil­lions de tonnes de plus de viande et de pro­duits laitiers d’ici 2020, et aver­tis­sait qu’un « change­ment diété­tique [était] essen­tiel » pour que le réchauf­fe­ment cli­ma­tique mon­di­al n’excède pas la lim­ite des 2 degrés prévue par l’accord de Paris sur le cli­mat. Un autre rap­port pub­lié par des sci­en­tifiques de la Oxford Mar­tin School cette année indique que l’adoption général­isée du végé­tarisme dans le monde pour­rait réduire les émis­sions de gaz à effet de serre de pra­tique­ment deux tiers.

Mal­gré l’engagement du gou­verne­ment chi­nois à réduire la con­som­ma­tion de viande du pays, il pour­rait être dif­fi­cile de con­va­in­cre les class­es moyennes émer­gentes du pays de la néces­sité d’une telle réduc­tion. De plus, il y a en Chine des tra­di­tions cul­turelles fortes liées à l’alimentation carnée, par­ti­c­ulière­ment en ce qui con­cerne les porcs : l’idéogramme qui sig­ni­fie « chez soi » représente un cochon en dessous du toit d’une mai­son.

Récem­ment, des sociétés chi­nois­es sont allées acquérir des fer­mes aux États-Unis et en Aus­tralie afin d’assurer un appro­vi­sion­nement en ali­ments pour les indus­tries laitières et bovines de leur pays. Fin 2013, une société chi­noise, Shenghui, a racheté la plus grosse entre­prise pro­duc­trice de porc améri­caine, Smith­field Food, pour pou­voir répon­dre à la demande.

« La con­som­ma­tion chi­noise de viande est en train de mon­ter en flèche », explique Jere­my Haft, pro­fesseur adjoint à l’Université de George­town à Wash­ing­ton D.C et auteur de l’ouvrage Unmade in Chi­na: The Hid­den Truth about China’s Eco­nom­ic Mir­a­cle pub­lié en 2015. « À l’avenir, la demande chi­noise de viande con­tin­uera à aug­menter et à faire vivre des cen­taines de mil­liers de per­son­nes tra­vail­lant dans l’industrie améri­caine de la viande », ajoute-t-il. « Con­cer­nant le cli­mat, le méthane sera tou­jours émis, mais il le sera aux États-Unis ».