Dans une récente interview pour un article du journal Le Figaro Madame intitulé « Les français doivent savoir ce qu’il y a dans leurs assiettes » (10/12/2017), Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, affirme :

« Quand un paysan élève son bétail avec de la prairie, il permet la capture du carbone par le sol. Les agriculteurs peuvent ainsi – et c’est un exemple parmi tant d’autres les concernant – participer à la lutte contre le changement climatique. »

Il est vrai que, à la différence par exemple des parcs d’engraissement aux États-Unis (feed-lot), les bovins français passent à peu près la moitié de leur vie sur prairie – maintenant ces pâturages à l’état de prairie. Or, par la photosynthèse, l’herbe des prairies pousse en absorbant de l’eau, de l’énergie solaire et le dioxyde de carbone (CO2) de l’air mentionné. Le carbone se fixe ainsi dans les plantes, sous forme de glucides (tissus végétaux), puis dans le sol, sous forme de matière organique, lorsque celles-ci meurent.

Néanmoins, si les prairies sont labourées par exemple, leur stock de carbone est directement réémis dans l’atmosphère, dès que la matière organique du sol est mise au contact de l’oxygène de l’air [voir par exemple ce lien].

D’autre part, la capacité de stockage du carbone dans le sol n’est pas infinie mais parvient à une phase de saturation, et ce après quelques décennies déjà [voir l’article « Le pâturage est-il vraiment meilleur pour la planète que l’élevage industriel ? », par Isabelle Richaud, à paraître dans la revue Alternatives végétariennes de l’AVF (hiver 2018)].

 

Mais surtout, en terme de bilan carbone, aujourd’hui en France, l’ensemble des prairies naturelles (incluant les moins productives et les pelouses d’altitude) capte par année seulement l’équivalent de 25% de l’émission totale [34 millions de tonnes équivalent CO2] du méthane (CH4) issu de la fermentation entérique lors de la digestion des ruminants [Le scénario Afterres2050, version 2016, par Solagro]. De plus, il faut rajouter à l’empreinte carbone de l’élevage extensif du bétail, le méthane et le protoxyde d’azote (N2O) provenant des déjections, le dioxyde de carbone engendré par la respiration, etc.

Enfin, les élevages bovins laitiers consomment aussi des tourteaux de soja en général importés (nouveau coût carbone) d’Amérique du sud,  contribuant ainsi à la déforestation locale (diminution de puits de carbone), notamment de la grande forêt amazonienne.

En conclusion, sur l’ensemble du territoire, l’élevage d’herbage est actuellement loin d’atteindre un bilan carbone neutre, et contribue clairement à l’émission de gaz à effet de serre (GES), c’est-à-dire au réchauffement climatique.

Pour contextualiser et montrer l’ampleur de cet impact de GES, il faut rappeler que l’émission de méthane des ruminants compte pour 40% dans les émissions de GES de l’élevage au niveau mondial et que la part de l’élevage dans l’émission globale des GES est aussi considérable : entre 14,5% (FAO, 2013) et 51% (Worldwatch Institute, 2009) selon les estimations, contre 14% pour les transports [« Élevage et climat », Rapport scientifique de l’AVF, octobre 2015].

Au vu de ces éléments scientifiques, la déclaration de Nicolas Hulot concernant une thématique cruciale au croisement de plusieurs enjeux d’actualité (environnement, agriculture, alimentation, éthique animale) est objectivement erronée et mériterait certainement un correctif officiel avec complément d’informations.

A l’inverse de la déclaration du ministre, un pâturage d’où l’on enlèverait le bétail verrait son herbe pousser, le transformant en prairie sauvage (d’ailleurs extrêmement riche en biodiversité de faune) puis en jeune forêt (riche en biodiversité de flore) au pouvoir de captation carbone bien supérieur à celui du pâturage initial et évidemment… sans plus aucun rot de vache. Donc pour un bilan carbone favorable, plutôt enlever qu’élever le bétail !

L’AVF souhaiterait savoir quels sont les nombreux autres exemples de lutte contre le changement climatique auxquels les agriculteurs peuvent participer et dont Nicolas Hulot fait allusion dans son interview. Cela représenterait une excellente occasion pour engager un dialogue constructif sur ces questions entre les associations (effectuant un travail d’information) et les acteurs politiques (au rôle décisionnaire).

Grégory Moreau
Commission politique de l’AVF
politique@vegetarisme.fr