Les élevages français affectés par le confinement

Parmi les secteurs économiques touchés par la crise figure le secteur agricole. Plusieurs facteurs expliquent cela : Entre le télétravail, le chômage technique et la fermeture des écoles et restaurants, les Français ne mangent presque plus à l’extérieur. Les habitudes alimentaires ont été bousculées et les consommations de certains produits, parmi les plus coûteux, ont plongé. Les « morceaux nobles » et la viande rouge, qui représente 63 % de la viande consommée hors foyer, ne trouvent plus preneur. Le foie gras subit la fermeture de près de 60 % des débouchés de sa filière. La clôture des frontières a aussi affecté des filières largement exportatrices, comme la filière bovine, qui exporte annuellement environ 40 % de sa production de lait et un million de veau sevrés. Les veaux et les agneaux issus des filières laitières et de boucherie ne sont plus envoyés à l’abattoir, faute de débouchés, et continuent à consommer céréales et fourrages.

Un secteur agricole en crise structurelle

Si nous entendons si souvent parler des crises du secteur de l’élevage ou de la pêche, c’est aussi que ces crises y sont particulièrement violentes pour les actifs, dans des secteurs constamment sous tension économique et dépendant massivement de subventions. Celles allouées aux élevages atteignent régulièrement plus de 100% du revenu brut des éleveurs. Sans ces subventions, 43 % des producteurs de viande bovine et 60 % des céréaliers et producteurs d’oléoprotéagineux (colza, soja, féverole…) travailleraient à perte. Les aides perçues par ces derniers soutiennent aussi indirectement l’élevage en maintenant des prix bas pour l’alimentation du bétail, qui constitue le débouché principal de trois quarts des céréales alimentaires cultivées et consommées en France.
Les jeunes se détournent logiquement de ces filières qui ont perdu leur sens, qui consomment plus de nourriture qu’elles ne produisent, sont tributaires des aides diverses et n’offrent plus d’avenir. De nombreux postes de salariés agricoles restent vacants et l’élevage peine à recruter, à l’image du secteur laitier où 42 % des éleveurs ont plus de 50 ans.

Des coûts portés sur l’ensemble de la société

Il serait évidemment révoltant de se réjouir du malheur de certains au motif que cela donnerait l’occasion d’opérer un changement par ailleurs souhaitable, en l’occurrence la transition de notre modèle alimentaire vers le végétal. En revanche, il apparaît approprié, dans la situation de crise actuelle, de réfléchir aux meilleures manières d’investir dans les filières agricoles, non seulement pour maintenir des emplois mais aussi pour préparer l’avenir et répondre aux enjeux économiques, environnementaux et sanitaires actuels.
En particulier, constatant les dégâts que peuvent provoquer de nouvelles épidémies, nous devons tenter de prévenir ce genre de catastrophes. Les marchés vendant des animaux vivants, comme à Wuhan, sont qualifiés depuis 2007 de « bombes à retardement ». Un autre secteur économique est encore plus souvent décrit ainsi : l’élevage industriel. En raison de la forte concentration d’animaux au patrimoine génétique standardisé, les fermes relevant de ce mode d’élevage sont des creusets parfaits pour les futures mutations de virus hautement pathogènes. Il s’agit là de l’une des nombreuses externalités négatives de l’élevage : des coûts qui ne sont pas répercutés sur le prix des produits, mais sur l’ensemble de la société.

Ainsi, les pandémies coûtent chaque année en moyenne 55 milliards d’euros aux finances publiques mondiales et la seule crise actuelle a un coût estimé de 110 milliards d’euros pour l’État français. En outre, alors que d’après l’INRAE les produits animaux sont responsables de 89 % de l’empreinte climatique des assiettes françaises, le réchauffement climatique devrait coûter mondialement 2000 milliards d’euros par an d’ici 2030. Autre exemple, l’antibiorésistance due en partie à l’utilisation de 38 % des antibiotiques en élevage, coûte déjà 290 millions d’euros par an en France. Pour chacune de ces externalités, les chiffres sont en hausse permanente et chaque nouvelle année d’inaction nous coûte plus cher que la précédente.

Une transition agricole indispensable pour aller vers l’autonomie alimentaire

Nous sommes face à une alternative : dépenser encore plus pour sauver des filières en crise chronique, faisant porter de lourds risques sur notre santé et sur l’économie, ou investir cet argent pour réformer en profondeur notre modèle agricole en faveur des productions végétales destinées directement à l’alimentation humaine. Le contexte apparaît favorable à cette seconde option. Nous avons plus que doublé notre consommation de viande en un siècle au prix d’une industrialisation massive de l’élevage, une tendance à laquelle l’opinion publique est sensible : aujourd’hui 81 % des Français sont favorables à l’interdiction de l’élevage intensif et 89 % pensent qu’il faut manger moins de viande, mais de meilleure qualité. Une régulation plus ferme du prix des viandes à l’abattoir comme au gros, demandée par plusieurs syndicats agricoles, pourrait donner les moyens aux éleveurs français de répondre à cette demande, tout en réduisant l’attractivité des produits bas de gamme et issus de l’étranger.

Dans son allocution du 13 avril, le président Emmanuel Macron a notamment déclaré «[qu’]il nous faudra rebâtir une indépendance agricole.» Cette autonomie doit se traduire par la résorption des déficits en fruits et légumes (dont nous importons plus de la moitié et pour lesquels les producteurs français perçoivent très peu d’aides) mais aussi de ceux en protéines végétales destinées aux élevages. Pour ces dernières, l’inadéquation entre la demande et la production intérieure ne saurait être résolue par la seule augmentation de la production. En effet pour produire les 3,5 millions de tonnes de soja importées par la France chaque année, 11 980 km² supplémentaires seraient nécessaires, ce qui reviendrait à multiplier par huit la surface actuellement dédiée à la culture du soja en France. Dit autrement, cela équivaudrait à cultiver du soja sur la quasi totalité des terres agricoles du Morbihan, des Côtes d’Armor et du Finistère réunis. A l’échelle européenne, ce sont des superficies équivalentes à la Belgique et à l’Autriche qu’il faudrait recouvrir pour fournir le soja importé, qui n’est destiné qu’à 7 % à l’alimentation humaine directe.

La triple crise sanitaire économique et environnementale nous pousse à repenser profondément notre modèle agricole pour réduire considérablement la part de l’élevage, améliorer sa qualité et résorber la dépendance aux importations. Pour cela l’alimentation de demain devra aussi bien intégrer les solutions paysannes, génératrices d’emploi, que les innovations agricoles et alimentaires : reconnaissance des terroirs de l’agriculture maraîchère, agroforesterie, agriculture de conservation, circuits courts et alternatives innovantes aux produits conventionnels… Une politique agro-alimentaire visionnaire ne demande pas seulement de défendre les intérêts économiques d’hier, mais aussi et surtout de faire émerger ceux de demain.


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