Après neuf mois de travaux et d’auditions, les 150 citoyennes et citoyens tirés au sort pour la Convention Citoyenne pour le Climat ont rendu leurs propositions le week-end dernier. Ils avaient pour objectif général de proposer des mesures permettant de réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 dans un esprit de justice sociale. Le groupe de travail « Se nourrir » a décliné cet objectif général en un objectif de réduction de 20% des émissions du secteur agroalimentaire d’ici 2030 en offrant une alimentation saine et accessible au plus grand nombre.

Les personnes tirées au sort, représentatives de la population française, ont montré que portée haute, l’exigence démocratique pour débattre des orientations de notre modèle agricole et alimentaire permet d’éviter deux écueils généralement présents en la matière : le déni et l’opacité. Le déni, car la nécessaire transition agroécologique ne fait pas vraiment partie des objectifs environnementaux de la France. L’opacité, car les déterminants de la politique agricole ou des recommandations nutritionnelles françaises sont souvent méconnus, quand ils ne sont pas gangrenés par les lobbys.

Ces citoyennes et citoyens ont tracé un horizon agroécologique autour de trois axes : la transition agroécologique, le changement de régime alimentaire, la reconnaissance du crime d’écocide. Ces trois axes sont une bonne nouvelle pour les animaux puisqu’ils permettront de diminuer leur exploitation. La transition agroécologique signifie plus de culture végétale et moins d’élevage, le changement de régime alimentaire signifie moins de consommation de produits animaux, la reconnaissance du crime d’écocide signifie moins de déforestation, moins d’êtres vivants tués, et moins de nourriture pour l’élevage. Plus concrètement, le groupe de travail propose de réduire de 20% la consommation de viande et de produits laitiers d’ici 2030, et d’y substituer davantage de fruits, légumes, céréales et légumes secs, en précisant être en accord avec les recommandations environnementales et nutritionnelles. De même, il propose d’éliminer la surpêche, en particulier dans des zones sensibles, et de mieux définir les quotas de pêche, pour protéger les écosystèmes aquatiques.

Pour ce faire, il a identifié la restauration collective comme étant un levier déterminant de la transition alimentaire. Pour les cantines, il propose une prime à l’investissement pour aider les établissements à s’équiper, à sensibiliser et à former le personnel et les convives, mais aussi un organisme de contrôle du respect de la loi Egalim (qui exige notamment l’expérimentation d’un repas végétarien hebdomadaire). Cette loi devrait selon lui être étendue à la restauration collective privée, et surtout, il recommande, tout comme l’AVF, de passer à une option végétarienne quotidienne à la cantine et à davantage de menus végétariens dans la semaine. La végétalisation de l’offre alimentaire des cantines scolaires est un levier majeur de la transition écologique puisque cela concerne 4 milliards de repas par an, et permet de modifier à moyen-terme les habitudes alimentaires des français.e.s afin qu’ils consomment des repas plus durables, plus sains et plus éthiques. L’option végétarienne est également fondamentale pour donner aux enfants le libre choix de ce qu’ils veulent manger, pour en faire des acteurs lucides de la transition alimentaire, et pour permettre à tous les enfants déjà végétariens d’avoir enfin des repas équilibrés à la cantine ! C’est pourquoi l’AVF accompagne les cantines scolaires dans cette démarche et œuvre pour que les recommandations nutritionnelles françaises s’alignent – dans le sens de l’intérêt général – avec les recommandations internationales.

 Par ailleurs, en matière de production agricole, le groupe de travail a bien identifié les dommages environnementaux liés à l’élevage (18% d’émissions de gaz à effet de serre annuelles), et propose donc d’« interdire le financement d’implantation de nouveaux élevages qui ne respectent pas les conditions d’agroécologie et de faibles émissions de gaz à effet de serre, [et d’]accompagner les éleveurs vers une restructuration de leurs cheptels ». Il propose également de diminuer l’usage des pesticides et de taxer les engrais, ce qui pourrait contribuer à rendre l’alimentation animale plus chère. De même, il propose d’aider à la structuration de filières de protéagineux pour atteindre 100% d’autonomie en protéines végétales pour l’alimentation humaine. Enfin une bonne nouvelle pour notre santé, celle des animaux et celle de la planète !

Mais tous ces efforts ne pourront être accomplis sans une formation adéquate aux pratiques agroécologiques et sans une position française ambitieuse sur la Politique Agricole Commune, comme identifiés par ces citoyennes et citoyens. Les formations françaises tout comme la PAC ne peuvent plus inciter et financer un modèle agricole à bout de souffle dont les agriculteurs sont les premiers à souffrir, que ce soit financièrement ou d’un point de vue sanitaire.

Les citoyennes et citoyens ont tranché : l’agriculture française devra être respectueuse du vivant, notre manière de nous alimenter plus lucide, et l’élevage diminué. L’AVF se félicite des orientations du rapport produit et sera vigilante pour qu’elles débouchent, « sans filtre », selon l’expression maintenant usitée,  sur de véritables engagements de la part du gouvernement. Cet exercice démocratique inédit a montré que l’écologie et la démocratie se rejoignent ; elles doivent maintenant triompher.

 

Contacts presse :

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Présidente de l’Association végétarienne de France
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Elyne Etienne,
Chargée de campagne Végécantines
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