Depuis le 1er novembre 2019, les cantines scolaires doivent expérimenter un repas végétarien ou végétalien par semaine (article 24 de la loi EGAlim), afin de diminuer la pression de notre alimentation sur les écosystèmes. Mais presqu’un an après, seulement 73%, 59% et 52% des écoles primaires, collèges, et lycées appliquent cette loi, d’après une étude de Greenpeace.

Comment expliquer ce non-respect de la loi ? Tout d’abord par un manque de volonté politique au niveau national, qui s’est traduit par une absence d’outils diffusés ou d’accompagnement prévu pour aider les établissements à introduire ce menu végétarien. Ensuite, par ignorance ou en raison de difficultés techniques au niveau local. Résultat, de nombreux enfants sont encore obligés de manger de la viande ou du poisson tous les jours, en dépit de leurs convictions personnelles, de leur éducation au goût, de l’impact environnemental de l’élevage, et surtout du vote de l’Assemblée Nationale (en 2018).

Si les villes de plus de 1000 habitants ont mis en place cette expérimentation dans 81% des cas et ont donc compris l’intérêt d’une transition alimentaire pour les enfants et pour leurs territoires, les plus petites sont à la traîne dans 47% des cas. Faute de messages clairs, de ressources pour la formation des personnels (et d’abord pour les cuisiniers) et pour la composition de menus équilibrés, les villes de moins de 1000 habitants et les DOM-TOM se retrouvent démunis pour la mise en place d’un menu végé hebdomadaire. L’égalité entre territoires et entre citoyens de notre République se trouve interrogée par ce constat.

De nombreux départements et régions, ayant pourtant plus de moyens et des compétences dans le développement agricole, semblent se sentir exonérés de mettre en place cette expérimentation, puisque la moitié des collèges et lycées ne proposent aucun menu végétarien ! Pourtant, de plus en plus d’adolescents et de jeunes adultes s’engagent pour l’environnement et redéfinissent leur rapport aux animaux (12% des 18–24 ans sont végétariens, contre 2% de la population totale).

L’absence d’alternative végétale pénalise leur équilibre alimentaire et fait prendre du retard à la France dans ses objectifs environnementaux, alors même qu’introduire un menu végétarien hebdomadaire permet de réduire de 14 à 19% les émissions de gaz à effet de serre de la restauration scolaire, et de 38% dans le cas d’une option quotidienne végétalienne choisie par la moitié des convives. La végétalisation des menus s’impose donc comme le levier le plus puissant de la transition écologique. Elle permet également de dégager des marges budgétaires pour investir dans des aliments de meilleure qualité, et ainsi pour atteindre l’objectif de 20% de bio en 2022, également fixé par la loi EGAlim. Parce que 14% des émissions de gaz à effet de serre et 80% de la déforestation amazonienne sont dues à l’élevage, parce qu’une grande partie de maladies touchant nos concitoyen·nes (diabète, maladies cardiovasculaires, obésité, etc) sont dues à la surconsommation de protéines animales, la végétalisation de l’alimentation est davantage qu’une conviction personnelle ; elle est une évidence scientifique.

Si l’on peut se réjouir que les repas végétariens servis dans le primaire soient plutôt de bonne qualité nutritionnelle (avec du bio, des protéines végétales majoritaires dans la moitié des cas, et des produits transformés pour moins d’un quart des plats), les menus végétariens des collèges et lycées laissent à désirer. Dans plus de la moitié de ces repas végés, les plats à base d’omelettes, de fromage et de produits transformés sont à l’honneur, en dépit encore une fois de l’empreinte environnementale de l’élevage et de leur composition nutritionnelle laissant à désirer.

La prochaine génération d’adultes, qui devra déjà vivre dans un monde de plus en plus incertain à cause des dérèglements climatiques, mérite mieux dans son assiette que de 2 à 4 fois trop de protéines animales !

 

C’est pourquoi, dans le cadre de sa campagne Végécantines, l’Association végétarienne de France demande :

-       Un meilleur accompagnement des cantines scolaires pour végétaliser leur offre, avec des financements pour la formation des cuisiniers, diététiciens, et accompagnants ainsi que pour l’achat d’équipements adéquat. À cet égard, l’enveloppe prévue dans le plan de relance pour aider les cantines des petites villes à atteindre les objectifs de la loi EGAlim doit être augmentée et une partie de ce financement doit être explicitement allouée à la végétalisation des menus.

-       Des sanctions envers les établissements et territoires ne se mettant pas en conformité avec la loi dans les six prochains mois (en dépit de l’avis du Ministère sur l’opportunité d’y avoir recours…).

-       Le passage à un deuxième menu végétarien hebdomadaire et l’introduction d’une alternative végétale tous les jours à partir de 2022, en adéquation avec la proposition de la Convention Citoyenne pour le Climat allant dans ce sens.

Fort de son expertise en alimentation végétale et de son expérience dans l’accompagnement des restaurants scolaires, le pôle Végécantines de l’AVF est prêt à soutenir les établissements et territoires qui en font la demande.

Contact :
Elyne Etienne
Responsable de la campagne Végécantines
e.etienne@vegetarisme.fr
06 72 58 90 26

 

Crédit photo: 123RF. Environ 60% des menus végétariens des collèges et lycées sont à base d’oeufs et de fromage, alors que les écoles primaires introduisent dans la moitié des cas une majorité de protéines végétales, permettant un meilleur équilibre nutritionnel pour ce repas végéta*ien.