Les lundis végétariens Guide du végétarien débutant L'AVF sur vos pages ! Abonnez-vous à la newsletter de l'AVF Signez la pétition pour des repas végétariens dans les collectivités Faire un don Alternatives Végétariennes:
La revue de l’AVF

Bidoche – L’industrie de la viande menace le monde

Blog

Posté par Elodie le 2 novembre 2009

bidoche frigo

Voilà un livre bien salutaire que Bidoche. Il met à jour les rouages d’un système politico- scientifico- agro- industriel qui s’est développé en France depuis la Seconde Guerre mondiale, transformant les rapports entre les humains et les animaux, entre les pays du Nord et les pays du Sud, entre les humains et la terre. Jusqu’ici, il n’y avait guère que ces allumés de végétariens pour dénoncer ce que Bidoche dévoile, et il n’était pas très difficile de les accuser d’exagérer, en ce qui concerne les traitements faits aux animaux et en ce qui concerne les conséquences écologiques de l’élevage, pour défendre leur chapelle.

Voici donc Fabrice Nicolino, journaliste et écologiste, connu pour la pertinence et la force de ses précédents essais sur les pesticides et les agrocarburants, qui s’attelle à cette question. Fabrice Nicolino n’est pas végétarien, mais il admet dans ses interviews que son enquête l’a sérieusement ébranlé, et qu’il pourrait bien s’acheminer dans cette direction.

Bidoche constitue une somme importante pour qui s’intéresse au devenir de l’agriculture dans nos pays riches, et il me paraît difficile (et d’ailleurs, peu souhaitable) d’en réaliser une synthèse ici. J’aimerais mieux vous donner envie de le lire.

Ce qui m’a frappée, dans ce livre – puisqu’il faut choisir un angle d’approche -, c’est comment l’industrie de la viande apparaît à la fois très rationnelle, et très irrationnelle.

Tout d’abord, rationalité économique poussée à l’extrême : on comprend, à la lecture de ces pages, que tout ce qu’il est possible de faire subir aux animaux pour gagner plus d’argent, on le fait. Sélection génétique, débecquage des poulets et castration à vif des porcelets, nourriture chimique, hormones et antibiotiques, contention des animaux dans des espaces minuscules, abattage à la chaîne. L’alimentation aux farines animales elle-même a été pensée et pesée méticuleusement avant d’être appliquée. L’approche coût-bénéfice, reine dans nos modèles économiques néolibéraux, conditionne l’existence des millions d’animaux chaque année en France, dans le cadre de cet « élevage » intensif qui contribue à 99,5% de la « production » de viande, le reste se partageant entre viande bio et races locales. 99,5%, cela signifie toute la viande des cantines, des supermarchés, des restaurants… Toute la viande, sauf lorsque le contraire est précisé, ce qui est rare.

Deuxièmement, parfaite rationalité d’un système qui tient ensemble les industriels, les scientifiques, les politiques, et les lobbies de la nutrition. Depuis 1945, l’INRA constitue un formidable vecteur de transmission du modèle américain à l’agriculture française, et parvient à empêcher des modèles alternatifs au tout industriel de se développer. Dans le cas du foie gras, il est depuis plusieurs années au service du CIFOG (Comité Interprofessionnel des Palmipèdes à Foie Gras) pour défendre, avec l’appui d’une caution prétendument scientifique, une filière menacée par une prise de conscience citoyenne croissante (1).

Dans la même dynamique, Bidoche décrit comment, à chaque explosion d’un scandale, qu’il soit sanitaire (la viande aux hormones) ou bien écologique (les sols bretons empoisonnés aux nitrates), l’industrie de la viande fait pression sur les pouvoirs publics, pour que surtout rien ne change. On y découvre par ailleurs l’existence d’un groupe invraisemblable, le « Comité Noé », un puissant groupe de lobbying au service des « utilisateurs des animaux » (des éleveurs aux aficionados de la corrida, en passant par les déterreurs de blaireaux), qui opère en particulier en stigmatisant les « terroristes du bien-être animal » sans craindre aucunement la caricature (dans une brochure produite par le Comité Noé, les végétariens sont représentés tout de noir vêtus, et cagoulés !!). On découvre que les organisations qui sont censées s’occuper de diététique en France (par exemple le Programme Nutrition Santé, ou l’Institut Français de la Nutrition) sont en très grande partie pilotées par les industriels de la viande et du lait, qui conditionnent en grande partie leurs préconisations (c’est ici qu’on retrouve le fameux docteur Bourré si joliment dessiné par Insolente Veggie).

M’enfin, si l’industrie de la viande s’organise très rigoureusement pour pourfendre ses détracteurs, l’accumulation d’un certain nombre de résultats écologiques et sanitaires fait craquer les coutures de sa comm’ lisse et léchée, et ainsi se dévoile l’irrationalité flagrante d’un système insoutenable dans le long terme.

Pour soutenir les demandes croissantes de produits animaux de la part des pays riches, on doit produire des céréales et des légumineuses en quantité explosive, et la pression sur les ressources des pays du Sud devient de plus en plus lourde. Le soja d’Amérique Latine, presque toujours OGM, est un acteur essentiel dans le système mondial de « production » de viande. Pour lui offrir les surfaces qu’il réclame, on déforeste, on exproprie violemment des groupes d’Indiens. Ce sont des multinationales, comme Cargill, qui font la loi et qui sont les grandes gagnantes du système.

En conséquence, mais aussi pour d’autres raisons (2), l’élevage porte une lourde responsabilité dans le changement climatique : il est à l’origine de 18% des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur Terre, selon l’étude de la FAO de novembre 2006, et 51% selon une étude plus récente (voir encadré). Quel que soit le chiffre réel, les mesures politiques nationales comme internationales affichent un inquiétant silence au regard de son importance.

Du côté de la santé, le régime alimentaire occidental apparaît également comme une aberration, qui porte de lourdes conséquences : le rapport Campbell, ou « China Study », la plus large étude diététique comparative menée à ce jour, le démontre sans équivoque.

C’est donc à un système absurde, injuste en termes de rapports Nord-Sud, insoutenable écologiquement, qui ne comporte presque aucune limite en termes de maltraitance animale, que nous participons (presque) tous. Nicolino a décidé de constituer son ouvrage comme élément d’un dispositif militant d’anti-désinformation : il s’exprime dans de nombreux médias depuis quelques semaines, et relaie ses passages médiatiques sur un blog. Dans la conclusion de son livre, il appelle les citoyen-ne-s à une révolution profonde dans les habitudes alimentaires, que ce soit en choisissant le végétarisme (qu’il présente sous un jour très positif), ou en optant au moins pour une réduction drastique de la consommation de viande (l’impact écologique étant également très important en bio). Il s’agit en tout cas d’opérer des ruptures radicales, dans une pratique quotidienne qui a des impacts dans plusieurs domaines importants, et qui demeure jusqu’ici un grand impensé du politique.

(1) Comiti, Antoine, L’INRA au service du foie gras, Sentience (2006).

(2) En particulier, les gaz et les déjections des animaux d’élevage sont des sources importantes d’émissions de méthane et de protoxyde d’azote, des gaz au potentiel de réchauffement beaucoup plus important que le dioxyde de carbone (23 fois pour le méthane, 296 fois pour le protoxyde d’azote).

En novembre 2006, un rapport de la FAO, Livestock’s Long Shadow, attribuait à l’élevage la responsabilité de 18% des émissions de GES sur Terre, soit davantage que le secteur des transports. Trois ans plus tard, un ancien conseiller en environnement de la Banque Mondiale, Robert Goodland, et un spécialiste en écologie au service de la même organisation, Jeff Anhang, estiment ce chiffre à 51%, au motif qu’un certain nombre de facteurs ont été sous-évalués dans le rapport de la FAO (respiration des animaux ; déforestation liée à l’élevage ; impact du méthane sur le réchauffement). Une synthèse du rapport est consultable sur le site www.worldwatch.org. Des premières critiques estiment que l’évaluation de Goodland et Anhang pourrait être excessive, mais que l’élevage serait cependant responsable d’environ 30% des émissions de GES.

Un débat est possible: on peut publier des commentaires à la suite de l’article sur le blog Altersociété.

Cuisinez veg' Vegansfields Cuisine Pop