Un article issu du blog The Vegan Strategist de Tobias Leenaert (14 septembre 2016).
Traduit par Sandrine Pantel.

[Cet article est un résumé de la présentation « Pourquoi le monde sera végane » que j’ai exposée lors de la conférence internationale sur les droits des animaux au Luxembourg. Vous pouvez regarder l’intégralité de la présentation ici en anglais].

Il y a encore quelque temps, c’était grâce à nous, principalement, que le monde évoluait pour devenir (plus) végane, nous les militants du véganisme et des droits des animaux. Cela fait maintenant plusieurs décennies que nous sommes actifs, engagés, pleins de compassion et soucieux du bien-être animal, et nous sommes toujours là, à mener ce noble combat.

Mais aujourd’hui, nous avons des alliés. Il s’agit tout du moins d’alliés si nous en faisons des alliés. Et nous devrions en faire des alliés.

Quand je dis qu’il nous faut former des alliances avec d’autres secteurs, mouvements, forces, domaines, etc., de nombreuses personnes seront d’accord avec moi, en pensant à des alliances avec des mouvements luttant contre l’oppression que subissent d’autres groupes : des mouvements pour les personnes de couleur, les droits des femmes ou des homosexuels, par exemple.

Bien entendu, je suis tout à fait pour ce genre d’alliances, mais je parle ici de partenariats peut-être moins évidents. Je vise en effet des alliances avec 1. le secteur de la santé et de l’environnement et 2. le secteur des affaires. 

Je sens qu’il me faut insister sur l’importance d’entretenir des liens avec les secteurs de la santé et de l’environnement et du monde des affaires, au moins en partie.

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Planète et santé : Insoutenable / Mouvement végane : Immoral / Affaires : Superflu

Il me semble, en effet, que de nombreuses personnes voient ou tout noir ou tout blanc, comme s’il était absolument hors de question d’entretenir des partenariats avec ces différentes forces. Comme s’il était possible de réussir sans elles. Selon moi, c’est impossible, ou alors cela prendra beaucoup plus de temps.

Tandis que le mouvement végane aide à diffuser l’idée (le fait) que manger des animaux est éthiquement problématique, le mouvement pour la santé et l’environnement contribue à faire savoir que la consommation de produits animaux n’est pas durable (à la fois pour notre santé et la planète). Le secteur des affaires, quant à lui, aide à rendre superflue la production de produits animaux. Cela se résume par le schéma ci-contre :

Il y a, bien sûr, de grandes différences, des intérêts différents, des demandes différentes et des arguments différents (raisons pour éviter de consommer des produits animaux). Ce deuxième schéma le résume simplement.

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Mouvement végane : Demande : ne manger aucun produit animal. Raison : c’est la bonne chose à faire. Planète/santé : Demande : manger moins de produits animaux. Raison : c’est vert/sain. Commerce : Demande : manger nos produits animaux. Raison: c’est bon !

Même si ces secteurs utilisent d’autres arguments et ont d’autres demandes, d’autres forces sont susceptibles de nous conduire dans la même direction.

Concernant le mouvement pour la santé et l’environnement, ce dernier est un allié, même s’il préconise, dans le meilleur des cas, de consommer « moins de produits animaux » au lieu de préconiser d’arrêter toute consommation de produits animaux comme nous le faisons, et même s’il ne prend pas du tout les animaux eux-mêmes en compte. J’ai déjà expliqué (dans cette présentation, par ex.) pourquoi un message préconisant de réduire sa consommation de produits animaux, pour quelque raison que ce soit, est une stratégie nécessaire pour nous conduire vers un monde végane. Pour faire court : plus de personnes réduiront leur consommation de produits animaux, plus la demande sera élevée et plus l’offre le sera aussi. Plus l’offre sera élevée, plus il sera facile pour tout le monde de devenir entièrement végane.

Quant au domaine des affaires, nous avons là un formidable outil financier faisant avancer notre cause. Ces dernières années, une poignée d’entreprises produisant ou désireuses de produire des alternatives aux produits animaux ont récolté (sur la base d’un calcul rapide) environ 350 millions de dollars. Je ne connais pas le budget annuel total de notre mouvement mais il n’atteint probablement pas ce montant. Ces entreprises commercialisent ou vont commercialiser des produits qui vont faciliter la transition des personnes désireuses de ne plus consommer de viande, de produits laitiers et d’œufs.

Oui, c’est du capitalisme. Mais c’est peut-être bien le meilleur de ce que le capitalisme a à offrir et nous ne devrions pas le refuser (tout comme nous ne devrions pas refuser les soutiens financiers). Vous pouvez être anticapitaliste, anticonsumériste, antimondialiste tant que vous voulez : je vous suggère alors de protester contre les entreprises spécialisées dans le superflu, et non contre nos alliés.

Afin de former des alliances optimales avec ces différents secteurs, il faut accepter le fait que ces derniers ne vont pas diffuser le message exact que nous souhaitons faire passer. Il nous faut être ouverts d’esprit et non dogmatiques. Et il nous faut être crédibles si nous voulons qu’ils acceptent de devenir nos partenaires.

Le monde peut devenir bien meilleur pour les animaux. Mais pas (ou pas si rapidement) si nous empruntons ce chemin seuls. Il nous faut former des alliances et partenariats stratégiques avec tous les domaines, toutes les institutions, toutes les entreprises, etc. susceptibles de nous aider à aller de l’avant.

Cet article est un résumé de la présentation « Pourquoi le monde sera végane » que j’ai exposée lors de la conférence internationale sur les droits des animaux au Luxembourg. Voici cette présentation (en anglais).


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