La consommation de poissons, qu’il s’agisse de poissons sauvages ou d’élevage, est responsable d’une dégradation considérable des écosystèmes marins. En cause : la demande des pays riches.

Les ravages de la pêche industrielle

Les « ressources vivantes marines » risquent aujourd’hui d’atteindre un point de non-retour. Selon la FAO, plus de 80 % des « stocks de poissons » sont en état de pleine exploitation ou de surexploitation. Pour une équipe de chercheurs canadiens, si la pression humaine continue au rythme actuel, les espèces les plus couramment pêchées aujourd’hui pourraient avoir disparu au milieu du XXIe siècle .
Pour répondre à une demande croissante en poisson, les moyens de la pêche ont été décuplés, avec l’apport des hélicoptères et des sonars pour repérer les bancs de poissons. On pêche également de plus en plus loin en mer, et de plus en plus profond à mesure que les réserves sont épuisées, avec les chalutiers, qui ramassent tout ce qu’il y a sur leur chemin à l’aide d’un grand filet (pouvant mesurer 500 m de large) ratissant le fond des mers.

Prises accessoires et prises fantômes

L’épuisement des populations marines ne concerne pas que les espèces consommées : l’ampleur des moyens techniques mis en œuvre conduit à pêcher une grande quantité d’animaux ne correspondant pas aux espèces ciblées, qui peut atteindre 90 % des prises. Ces prises « accessoires » sont responsables dans l’Atlantique Nord-Est de la décimation de nombreuses espèces, parmi lesquelles les requins blancs et les requins renards.
Par ailleurs, les équipements de pêche abandonnés en mer (filets, pièges et nasses) continuent à piéger un grand nombre d’animaux. C’est ce qu’on appelle la « pêche fantôme ».

L’aquaculture : solution ou partie du problème ?

Face à l’épuisement des populations de poissons sauvages, l’aquaculture pourrait apparaître comme une solution. C’est oublier que les poissons d’élevage sont le plus souvent des carnivores, et qu’on pêche de grandes quantités de poissons sauvages pour fabriquer les farines qui servent à les nourrir. Selon les espèces, le « rendement » de ce processus est plus ou moins désastreux. Ainsi, pour obtenir 1 kg de thon rouge ou de saumon, il faut pêcher au moins 10 kg de poissons sauvages.
Les élevages de poissons utilisent également de nombreux produits chimiques qui contaminent ensuite l’environnement. Quant aux élevages de crevettes en Asie, ils détruisent irrémédiablement les mangroves, des écosystèmes précieux.

Le manque de volonté des pouvoirs publics

Face aux dégâts de la pêche industrielle et de l’aquaculture, les pouvoirs publics montrent peu de volonté. En France, les revendications des pêcheurs priment toujours sur la préservation des écosystèmes. Dans la plupart des pays, les normes de pêche sont calculées pour permettre de poursuivre les tendances des années précédentes, sans aucune référence aux réalités biologiques . À l’échelle nationale comme mondiale, les subventions permettent à la pêche industrielle de se maintenir.

En tant que consommateurs, il est vital de réduire sensiblement sa consommation d’animaux marins, et l’alimentation végétarienne offre des alternatives nutritives et délicieuses, comme les algues, encore trop peu connues.

* Philippe Cury, « La pêche moderne vide la mer de ses poissons », La Revue Durable, n°41, mars-avril 2011, 27-30.