Un article issu du dossier « Militer végé », paru dans la revue Alternatives végétariennes n°128 – été 2017, présenté ici dans une version enrichie. Par Joël Lequesne, psychologue clinicien.

Le « militantisme végé » suppose quelques dispositions particulières que l’on peut rappeler ici.

La non-violence : c’est précisément dans cet esprit que s’exprime l’engagement contre la violence faite aux animaux et spécialement aux animaux d’élevage. Cette cohérence s’observe également dans la vie personnelle des militants : ils invitent leurs semblables  à partager une pratique alimentaire qu’ils se sont choisie, faisant ainsi preuve d’une sorte d’exemplarité.

Laltruisme des militants, lui aussi, n’est plus à démontrer : ils n’agissent pas pour améliorer leur propre vie mais bien le sort des autres, « les plus autrui des autrui » selon l’expression de Claude Lévi-Strauss.

Les objectifs ne pouvant être atteints à court terme, leur action s’inscrit naturellement dans la durée. Les militants témoignent d’une patience et d’une solide détermination face à l’enracinement culturel et traditionnel d’un régime majoritairement carné. Une détermination également souhaitable lorsqu’il s’agit d’assumer le rôle contestataire et subversif du végétarisme éthique ; mieux vaut être en effet bien préparé à la plupart des réactions critiques que provoque la remise en cause de modèles alimentaires, sociaux, politiques ou économiques. Une certaine forme d’indépendance d’esprit permettra plus facilement d’agir et de s’exposer personnellement sans trop se préoccuper de sa désirabilité sociale.

Les connaissances dont font preuve les militants jouent aussi un rôle important dans la façon dont ils sont perçus ; on dispose d’ailleurs aujourd’hui d’une vaste littérature philosophique et scientifique permettant facilement à chacun d’approfondir sa réflexion tout en s’appuyant sur quelques apports théoriques. Des connaissances d’autant plus appréciables que les arguments en faveur du végétarisme gagnent à être régulièrement réactualisés et devraient se décliner en fonction des publics visés. On ne réfutera pas de la même façon un argument diététique, un sophisme, ou encore le fameux « cri de la carotte ».

Rappelons enfin que l’action militante s’inscrit dans un cadre relationnel, et qu’il serait paradoxal et dommageable qu’elle échoue faute de tolérance à l’égard de ceux que l’on aimerait sensibiliser.

On l’aura compris, la posture militante puise largement dans les ressources personnelles, tout autant qu’une véritable activité professionnelle. Parmi les moments les plus éprouvants, on retiendra notamment les chocs émotionnels ressentis au contact de la souffrance animale ou les échanges parfois tendus avec des détracteurs du végétarisme. Ainsi les risques encourus ne sont pas très différents de ceux qui intéressent la psychologie du travail : épuisement, isolement, sentiment de découragement ou d’impuissance, burn-out, etc.

Militer pour le végétarisme n’est certes pas un engagement de tout repos mais contribue à développer une force morale et une cohérence au service de l’idéal du moi ; ce choix éthique ajoute un sens tout particulier à l’existence d’un sujet pouvant reprendre à son compte cette citation attribuée à Goethe : « le monde n’avance que par ceux qui s’y opposent ». Une vive incitation à vouloir laisser un monde « un peu moins mauvais »…


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