Un article issu du blog The Vegan Strategist de Tobias Leenaert (12 mai 2016), traduit et adapté par Sylvie Schmiedel.

 

Je vous soumets aujourd’hui une remarque glanée parmi toutes celles que j’entends régulièrement :  « Être végane c’est comme être enceinte, on l’est où on ne l’est pas. »

Ça paraît logique au premier abord, mais dès qu’on y réfléchit cinq minutes, cela n’a plus aucun sens ; car cette interprétation manichéenne du véganisme n’est pas une bonne stratégie, et en plus elle ne tient pas la route intellectuellement.

Tout d’abord, ce n’est pas une bonne stratégie que de déclarer que l’on est ou on n’est pas végane, sans rien tolérer entre les deux. Ce n’est pas la première fois que je m’exprime à ce sujet, il faut éviter de présenter le véganisme comme quelque chose de binaire, car cela exclut d’office tous ceux qui veulent nous rejoindre plus ou moins complètement. Bien sûr il est mathématiquement exact de dire que si on est à 99,5% végane on n’est pas vraiment végane (comme quelqu’un qui mange un morceau de gâteau non-végane une fois par an chez sa grand-mère). Mais il est clair qu’on est très proche du véganisme et qu’on n’est ni végétarien ni omnivore.

Il existe par ailleurs des zones d’ombre qui nous empêchent de savoir une fois pour toutes si l’utilisation ou la consommation de certains produits ou ingrédients fait de nous des véganes ou des non-véganes. En bref, ce qui est ou n’est pas végane n’est pas clairement défini, par conséquent être végane c’est en réalité essayer de se positionner sur une échelle de valeurs.

Donald Watson, le fondateur de la Vegan Society britannique, a défini le véganisme comme une philosophie, un mode de vie qui tend à exclure – autant que faire se peut – toute forme d’exploitation et de cruauté à l’égard des animaux, que ce soit pour se nourrir, se vêtir ou pour tout autre usage. Dire « autant que faire se peut » est important car cela laisse de l’espace pour un peu de flou et de subjectivité. Certains véganes ont les idées très claires sur les limites à respecter : pour ne pas manger la part de gâteau chez Mamie il suffit de dire non merci, un point c’est tout. Mais ce qui est faisable pour un individu, ne l’est pas forcement pour un autre, et ce n’est pas à nous de dire à quelqu’un quelles doivent être ses limites. Et si vous n’êtes pas d’accord avec ce que je viens de dire, imaginez ce que vous allez penser de quelqu’un qui applique à la lettre les 320 pages du livre Veganissimo et vous dit qu’il se passe de tous ces ingrédients problématiques naturellement, sans difficulté aucune ?

Donc non, être végane ce n’est pas comme être enceinte. De même que les crudivores se disent à 80 ou 90% crudivores, on devrait pouvoir dire la même chose quand on est végane.

Alors bien sûr on nous fera remarquer que contrairement au mouvement crudivore, le véganisme n’est pas seulement un régime alimentaire, ce qui est tout à fait vrai, même si l’alimentation représente la majeure partie du mouvement. On nous dira que le véganisme n’est pas un régime mais une philosophie, une éthique, un mode de vie, un engagement total, bref que « soit on respecte les droits des animaux, soit on ne les respecte pas ! »

Mais si c’était si simple cela se saurait ! Prenons l’exemple des Droits de l’Homme : personne n’est irréprochable dans ce domaine ; on fait presque tous, la plupart du temps, preuve d’humanité, de compassion, mais on fait souvent aussi des erreurs graves.

On voit donc qu’adopter une position trop tranchée sur le véganisme et le respect des droits des animaux revient à exiger une perfection qui n’est pas de ce monde. Tout ce que nous pouvons faire c’est tendre à devenir meilleurs, en gardant toutefois à l’esprit l’idée que nous n’y parviendrons pas, car la perfection n’existe pas. Nous ne sommes qu’un groupe d’individus qui avançons dans une certaine direction, et qui essayons au passage de tendre la main à d’autres individus pour les inciter à participer au voyage.


A lire également, d’autres articles de Tobias Leenaert, traduits de l’anglais :

Et si la promotion du véganisme ne venait pas des véganes eux-mêmes ?

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« Qu’ils mangent donc de la viande in vitro! Interview de Cor Van Der Weele, chercheuse et professeure aux Pays-Bas ».