Un article issu du dossier « Militer végé » paru dans Alternatives végétariennes n°128 – été 2017.

Par Élodie Vieille Blanchard

Depuis le début de la décennie se développe dans le monde anglo-saxon une démarche visant à accroître l’efficacité des actions en faveur des animaux. En découlent des travaux stimulants, qui bousculent les habitudes militantes.

Une approche utilitariste, fondée sur la réduction de la souffrance

Au fondement philosophique de ces démarches, une approche utilitariste, qui s’est donné pour finalité la réduction maximale de la souffrance dans le monde et plus précisément ce que l’on nomme l’« altruisme efficace », à la confluence de la pensée et de l’action, qui se soucie des moyens de « faire le plus de bien possible ». Les acteurs de cette démarche ont créé des outils scientifiques permettant de choisir les meilleures associations auxquelles donner de l’argent (celles qui sauvent le plus de vies possible avec une somme donnée) et les carrières professionnelles permettant d’avoir le plus d’impact sur la réduction de la souffrance (d’une manière assez provocante, l’idée est souvent qu’il vaut mieux se choisir une carrière lucrative, pour pouvoir donner de l’argent aux associations). Si les thèmes liés à la pauvreté dans les pays du Sud y occupent une place centrale, celle de la souffrance animale n’est pas négligée, avec un consensus sur la priorité à donner aux animaux de ferme, qui représentent à la fois une proportion écrasante des animaux exploités, mais bénéficient de manière très mineure des dons du grand public (voir figure).

 

Humane League Labs, un laboratoire de recherche pour rationaliser l’action militante

Pionnière, l’association américaine The Humane League, qui se consacre principalement à une action militante de terrain (distribution de tracts, présentation de vidéos au grand public, notamment sur les campus) a démarré en 2013 des programmes de recherche (Humane League Labs) tournés vers l’action, avec pour boussole le nombre de vies animales épargnées. Ces programmes s’appuient sur une démarche scientifique. Par exemple, des participants répartis en plusieurs groupes reçoivent plusieurs types de tracts. On évalue ensuite leur intention de changer d’alimentation, puis, quelques mois plus tard, leur changement avéré d’alimentation. Ces programmes permettent de répondre à des questions telles que : « Vaut-il mieux ne mentionner au public que l’évaluation de la souffrance animale, ou bien également celle de notre santé ? », « Est-il préférable de mettre en avant des animaux en bonne santé dans un cadre champêtre, ou des animaux blessés dans un élevage industriel ? ». Si les résultats ne sont pas toujours faciles à interpréter, ils invitent en tout cas à la réflexion.

 

Animal Charity Evaluators, une méta-organisation qui s’adresse aux associations et aux donateurs

Créés en 2012, les Animal Charity Evaluators (ACE) agissent, eux, avec la volonté d’aiguiller les donateurs qui veulent réduire la souffrance animale. Pour cela, ils analysent de manière extrêmement poussée un grand nombre d’organisations agissant pour les animaux, incluant des structures stimulant la création de substituts de viande par l’agro-industrie. Sur cette base, ils classifient les associations selon leur efficacité. Sans surprise, the Humane League figure dans le « top three » de leur classement 2017. Seule association européenne classée, la VEBU, grande sœur allemande de l’AVF, figure elle dans la liste des organisations « remarquables ». Point intéressant, les ACE diffusent aussi des guides d’action précis aux associations qui souhaiteraient accroître leur efficacité, dans le but d’épargner un maximum de vies animales, dans une recherche de pragmatisme fondée sur des données rationnelles. Du grain à moudre !

Pour en savoir plus :


D’autres articles de ce dossier « Militer végé » seront disponibles sur ce site dans les prochaines semaines. Leur mise en ligne sera annoncée sur la page Facebook de l’AVF, où l’on pourra à loisir échanger, commenter et partager !