Un article issu du blog The Vegan Strategist de Tobias Leenaert (30 mai 2016), traduit de l’anglais par Sandrine Pantel.

 

Par défaut, le succès du mouvement végane/de défense des animaux est souvent mesuré à l’aune du nombre de véganes. Mais s’agit-il de l’unité de mesure la plus pertinente ? Je pense que d’autres indicateurs peuvent nous en dire bien plus quant à l’évolution de ce mouvement que le simple nombre de véganes. Ce chiffre reste très bas, à tel point qu’il est en fait très difficile de le mesurer sans une marge d’erreur conséquente. De leur côté, les personnes réduisant leur consommation de viande représentent une large proportion de la population lors des sondages et il se pourrait que ces dernières soient finalement bien plus représentatives. Mais leur mode de vie est-il comparable à celui des véganes en termes d’impact ?

Plus précisément, ma question concrète est la suivante : deux semi-véganes équivalent-ils à un végane ? (Bien évidemment, je parle ici en termes d’impact à court et à long terme sur l’évolution du nombre d’animaux abattus). Si, selon vous, l’idée d’être semi-végane ou végane à 70 % par ex. est parfaitement absurde, je vous invite à lire cet article.

Si l’on considère qu’un végane à 50 % est une personne ne choisissant des alternatives véganes que la moitié du temps par rapport à un végane à 100 %, alors il semble juste de croire que deux véganes à 50 % ont le même impact qu’un végane à 100 % au regard de leur consommation. Mais tout n’est peut-être pas si simple.

Il faut, d’une part, tenir compte du potentiel de ces personnes à en influencer d’autres (voir Le fétichisme autour du véganisme, article dans lequel il est démontré que la communication est potentiellement bien plus importante que la consommation elle-même). Au premier abord, les véganes sont susceptibles d’être beaucoup plus motivés à promouvoir leur mode de vie et il est presque certain qu’ils seront également bien plus bavards à ce sujet. Ils semblent être enclins à considérer qu’ils ont une mission sacrée et donc à devenir de véritables militants engagés. Lorsque nous observons notre mouvement, les gens y prenant part et faisant bouger les choses, il semble que la plupart d’entre eux sont de toute évidence des véganes.

Mais reconsidérons les choses. La personne végane passe peut-être plus de temps à communiquer sur son éthique que les deux semi-véganes, mais obtiendra-t-elle pour autant de meilleurs résultats ? Les gens sont peut-être plus inspirés par les personnes réduisant leur consommation de viande que par les véganes afin de réduire leur propre consommation (bien entendu, pour ceux d’entre nous qui pensent que réduire, sans stopper, sa consommation de viande ne sert à rien, ceci n’est pas un argument). Le simple fait d’être végane peut avoir tendance à décourager les autres (car, pour beaucoup de personnes, cela semble irréalisable), comparé à ceux qui ne font que réduire leur consommation, ce qui peut paraître déjà plus réaliste.

Une autre idée importante à prendre en compte est ce que j’appelle le facteur diffusion. L’impact et les efforts d’un végane, à la fois en termes de consommation et de militantisme, seront plus concentrés (puisqu’il ne s’agit que d’une seule personne) que l’impact et les efforts de deux semi-véganes (et, bien sûr, que ceux de cinq véganes à 20 %). Je ne suis pas mathématicien et je ne me suis pas penché en profondeur sur ce point, mais il me semble que plus ce facteur diffusion est élevé, plus les personnes (à la fois consommateurs et fabricants) seront nombreuses à prendre conscience de la demande en produits véganes.

On peut également se demander si la demande émanant de plusieurs personnes n’a pas un impact plus conséquent qu’une demande de même volume émanant d’une seule personne. Imaginez que vous gérez un restaurant. Quelle personne serait plus susceptible de vous influencer et de vous faire changer votre menu : un végane ou deux semi-véganes ? Vous allez me dire que les semi-véganes peuvent manger tout ce qu’il y a à la carte, mais ce n’est pas chez vous qu’ils viendront pour leurs repas véganes : ce sont donc deux clients de perdus. Vous aurez peut-être plus à gagner à faire un effort pour deux clients (ou pour cinq véganes à 20 %, par ex.) que pour un seul végane que vous pouvez vous permettre d’ignorer.

Ce débat peut sembler quelque peu académique et abstrait, mais mon but, comme bien souvent, est de faire prendre conscience aux véganes de la valeur et de l’importance des personnes réduisant leur consommation de viande et qu’il vaut mieux éviter de se concentrer uniquement sur les véganes. Comme je l’ai déjà écrit dans plusieurs posts sur ce blog, je pense qu’une évolution dans notre société se fera plus rapidement à travers un grand nombre de personnes réduisant leur consommation de viande qu’à travers un petit pourcentage de véganes (voir Ce que le véganisme peut apprendre de la tendance du sans gluten). Ce sont les personnes réduisant leur consommation de viande, bien plus nombreuses, qui influencent la demande, obligeant ainsi les fabricants à y répondre avec de plus en plus d’alternatives véganes, nous rendant ainsi la vie plus facile en tant que véganes à plein temps. J’ajouterais, pour ceux d’entre vous qui craignent que les personnes réduisant leur consommation de viande n’aient pas la même motivation éthique que nous : il se peut très bien que leur évolution morale se fasse après leur changement d’alimentation.

Bien évidemment, je ne sous-entends pas ici que l’augmentation du nombre de véganes n’est pas nécessaire ou importante. Selon moi, les véganes sont beaucoup plus enclins à s’engager sérieusement en tant que militants, à faire des dons pour la cause, à tourner des documentaires ou ouvrir des restaurants véganes, etc. Je suggère simplement une approche à double face : faire augmenter à la fois le nombre de véganes et le nombre de personnes réduisant leur consommation de viande.


A lire également, d’autres articles de Tobias Leenaert, traduits de l’anglais :

Et si la promotion du véganisme ne venait pas des véganes eux-mêmes ?

Pourquoi être végane, ce n’est pas une attitude radicale

« Qu’ils mangent donc de la viande in vitro! Interview de Cor Van Der Weele, chercheuse et professeure aux Pays-Bas ».